Résumés
Résumé
Certaines personnes ne répondent que partiellement aux traitements usuels offerts en intervention précoce pour la psychose. Des modalités d’intervention complémentaires, telles que la thérapie par l’aventure (TA), sont donc utilisées. L’analyse thématique d’entretiens auprès de 15 adultes suivis à la Clinique jeunes adultes psychotiques du Centre hospitalier de l’Université de Montréal met en lumière six composantes perçues par les participants comme significatives dans leur expérience de la TA : a) espace-temps hors du quotidien; b) espace-temps en nature; c) programmation; d) activités d’aventure à haute intensité émotionnelle; e) vie de groupe; f) présence des intervenants.
Mots-clés :
- thérapie par l’aventure,
- premier épisode psychotique,
- intervention précoce
Abstract
Some individuals only show a limited response to commonly-used treatments in early intervention for psychosis. In such cases, many advocate the use of adjunct interventions, such as Adventure Therapy (AT). A thematic analysis of interviews conducted with 15 adults followed at the Early Intervention for Psychosis services of the Centre hospitalier de l’Université de Montréal identified six therapeutic components perceived by the participants as significant in their experience of an AT program: a) space-time outside of everyday life; b) space-time in nature; c) programming; d) emotionally intense adventure activities; e) group life; and f) inclusion of health practitioners.
Keywords:
- adventure therapy,
- early psychosis,
- early intervention
Corps de l’article
Depuis le milieu des années 1990, d’importants efforts sont déployés sur le plan de l’intervention précoce (IP) auprès des jeunes adultes présentant un trouble psychotique. Les troubles psychotiques non traités étant associés à un mauvais pronostic, les visées de l’IP sont d’aider la personne à s’engager rapidement dans un processus de rétablissement afin de réduire le risque de rechute et de chronicité (Iyer et Malla, 2014; Ouellet-Plamondon et Abdel-Baki, 2011). L’IP se base sur l’hypothèse de la période critique qui stipule que les facteurs prédicteurs de l’évolution du trouble psychotique sont plus malléables au début des manifestations symptomatiques de la maladie et que l’intervention au cours de cette période favorise le rétablissement (Iyer et Malla, 2014).
Deux perspectives coexistent à propos du rétablissement. D’une part, le point de vue biomédical met l’accent sur la rémission des symptômes et l'amélioration du fonctionnement global et social, selon des critères objectifs mesurables par des instruments psychométriques (Whitehorn et al., 2002). D’autre part, la perspective des usagers de services, de plus en plus préconisée dans le domaine de la santé mentale, définit le rétablissement comme un processus multidimensionnel et idiosyncrasique relié, entre autres, à l’autonomie, à la qualité de vie, au bien-être, au pouvoir d’agir et à la croissance personnelle (Windell et al., 2015; Wood et Alsawy, 2018). Selon cette perspective, le rétablissement est un processus non linéaire, sans finalité prédéterminée, n’incluant pas nécessairement une rémission complète des symptômes (Wood et Alsawy, 2018).
Les troubles psychotiques entrainent une grande détresse psychologique ainsi que de sérieuses perturbations sur le plan du fonctionnement global et du développement de l’identité, d’un projet vocationnel et/ou des relations intimes (Ouellet-Plamondon et Abdel-Baki, 2011). Le rétablissement qui s'ensuit est souvent complexe et ardu. Les symptômes négatifs (avolition, anhédonie, alogie, etc.) peuvent notamment nuire au fonctionnement social et à l'engagement dans le traitement, par contre les modalités usuelles de traitement ont peu d'effets sur ces symptômes de surmonter ces défis thérapeutiques, l’utilisation de modalités d’intervention alternatives telles que la thérapie par l’art, la musique ou la danse est suggérée (Martin et al., 2016; National Collaborating Centre for Mental Health, 2014; Parkinson et Whiter, 2016; Solli et Rolvsjord, 2015). Ces activités thérapeutiques engagent la personne sur un registre sensori-moteur, ce qui pourrait être bénéfique sur le plan thérapeutique lorsque l’utilisation unique de la parole est difficile ou insuffisante (Rabeyron, 2017). À cet égard, considérant le langage comme une source fréquente de malentendus avec la personne souffrant de psychose, Mornet (2006) considère « le corps […] comme un lieu privilégié de rencontre » avec la personne souffrant de psychose (p. 146). De plus, ces modalités thérapeutiques permettent de médiatiser la relation thérapeutique dyadique pouvant être vécue comme menaçante par la personne. Parmi ces modalités alternatives qui impliquent le corps et médiatisent la relation thérapeutique, des études ont mis de l’avant le potentiel thérapeutique de la thérapie par l’aventure (TA) auprès de personnes ayant fait l’expérience d’un épisode psychotique (Bryson et al., 2013; Kelley et al., 1997; Voruganti et al., 2006).
Thérapie par l’aventure
Au sens large, la TA réfère à l'utilisation d’activités d’aventure généralement réalisées en plein air (randonnée pédestre, kayak, etc.), se situant sur un continuum allant d'expériences de contemplation (ex : contempler le paysage au sommet d’une montagne) à des défis de haute intensité (ex : canyoning) (Gabrielsen et al., 2018), qui engagent les participants sur les plans kinesthésique, cognitif, affectif et comportemental (Gass et al., 2012). Les programmes de TA sont d’une durée variable, allant d’une heure à quelques jours, et sont offerts en complément au traitement usuel ou comme traitement principal pour diverses problématiques reliées à la santé mentale (Gass et al., 2012). Plusieurs termes sont également utilisés pour désigner ce type de modalité d'intervention tels que Therapeutic Adventure, Wilderness Therapy, Adventure-Based Counselling, Outdoor Behavioral Healthcare, Outdoor Education ainsi qu’Adventure Education (Gargano et Turcotte, 2018; Ritchie et al., 2016). Cette modalité d'intervention s'inscrit dans un vaste domaine de recherche et de pratique qui intègre certains principes de l’éducation expérientielle stipulant que les apprentissages sont plus significatifs quand la personne est impliquée activement dans le processus.
La TA se caractérise, entre autres, par la mise en place dans un environnement non familier, d'activités perçues comme risquées par les participants, alors que le risque réel est moindre. Ce contexte contribue à l'émergence d'un état de déséquilibre chez les participants qui doivent alors utiliser leurs ressources afin de s'adapter aux défis physiques et psychologiques qui se présentent à eux. Des sentiments d'accomplissement et de réussite peuvent découler de ce processus (Gargano, 2018; Newes et Bandoroff, 2004). La TA se caractérise également par le contexte groupal au sein duquel peut se développer, entre autres, une communauté de soutien et un sentiment d’appartenance (Gass et al., 2012; Newes et Bandoroff, 2004).
Des études ont porté sur l’utilisation de la TA dans le domaine de la santé mentale. Une étude récente effectuée auprès de 32 adolescents souffrant de divers troubles mentaux tels que l’anxiété sociale et la dépression, suggère que la TA a contribué à l’amélioration de la santé mentale et du fonctionnement au quotidien de la plupart des participants (Gabrielsen et al., 2018). D’autres études réalisées auprès d’adultes souffrant de troubles mentaux ont montré une augmentation de l’estime de soi et du sentiment de contrôle, ainsi qu'une amélioration des relations sociales et des habiletés à accomplir leurs buts personnels (Cotton et Butselaar, 2013; Schell et al., 2012). En revanche, peu d’études se sont intéressées à la TA auprès d’adultes présentant un trouble psychotique. D'abord, Kelley et al. (1997) ont rapporté une augmentation du sentiment d’efficacité personnelle et de l’estime de soi, ainsi qu’une diminution significative du niveau d’anxiété et de dépression chez 57 participants souffrant de schizophrénie, de troubles affectifs ou troubles schizoaffectifs, à la suite d’un programme de TA et ce, en comparaison à un groupe contrôle (n = 19). Ensuite, Voruganti et al. (2006) ont rapporté une augmentation de l’estime de soi, une amélioration du fonctionnement global, ainsi qu'un sentiment de satisfaction et d’accomplissement chez 23 adultes aux prises avec la schizophrénie ou un trouble schizoaffectif en comparaison avec un groupe contrôle (n = 31). Un an après le programme, les résultats s'étaient maintenus. Enfin, une amélioration significative dans le processus de rétablissement, le bien-être émotionnel ainsi que le niveau d’énergie de 15 adultes souffrant de psychose, a été rapportée par Bryson et al. (2013).
Ces études montrent le potentiel thérapeutique de la TA pour les personnes souffrant de psychose, bien qu’aucune ne porte spécifiquement sur les jeunes adultes à la suite d’un premier épisode psychotique. De plus, la plupart des études ont porté sur l'efficacité globale de la TA et peu sur les processus de changement ainsi que sur les composantes de cette modalité susceptibles de favoriser le changement thérapeutique (Fernee et al., 2016; Norton et al., 2014).
Notre équipe de recherche s'intéresse donc à l'expérience subjective de jeunes adultes atteints d’un premier épisode psychotique, participant à un programme de TA, en lien avec leur processus de rétablissement. Nous avons conçu une recherche en deux volets distincts d’emblée, intégrés dans une unique collecte de données. Nous avons choisi une méthodologie qualitative permettant de nous intéresser à l'expérience subjective de chaque participant par le biais d’entretiens semi-structurés (Morrow, 2007). Une première étude (Girard et al., 2021) visait à explorer et à décrire l'expérience des participants, puis à mettre en relief les facteurs de cette expérience perçus par les participants comme significatifs ou non sur le plan du rétablissement. Les résultats ont permis de mettre en évidence dans l’expérience des participants, entre autres, des thèmes reliés à la relation de soi à soi et de soi aux autres contribuant à l’expérience positive de la TA : a) expériences émotionnelles intenses, bien que contenues; b) développement de nouvelles perceptions sur soi concernant ses habiletés, qualités ou intérêts; c) développement de nouvelles perceptions sur soi par le biais du regard d’autrui; d) expériences d’interaction sociales positives; et e) partage à propos de son expérience de la psychose.
La seconde étude, qui est présentée ici, avait comme objectif d’explorer et de décrire les composantes thérapeutiques de la TA telles que perçues et identifiées subjectivement par les participants.
MÉTHODOLOGIE
Participants
Les participants ont été recrutés à la Clinique jeunes adultes psychotiques (JAP)[3] du Centre hospitalier de l'Université de Montréal qui est spécialisée en IP pour la psychose. Guidée par les principes et les meilleures pratiques d'IP, la clinique JAP fourni des soins individualisés et intensifs pouvant inclure : un suivi individuel avec un intervenant-pivot professionnel en santé mentale et un psychiatre, des interventions familiales; de la thérapie cognitivo-comportementale ainsi que plusieurs séances de groupes thérapeutiques (ergothérapie, éducation psychologique, activité physique en groupe et thérapie motivationnelle pour les troubles concomitants de toxicomanie) (Early Psychosis Guidelines Writing Group and EPPIC National Support Program, 2016; Ministère de la Santé et Services Sociaux, 2017).
Les participants ont été sélectionnés et approchés par les professionnels en santé mentale de la clinique afin de leur offrir le programme de TA dans le cadre de leur suivi. Ceux-ci ont été sélectionnés selon les critères suivants : isolement social, difficulté à maintenir un projet vocationnel ou à adhérer au traitement offert à la clinique. Les participants présentant une incapacité d’abstinence à la consommation de drogues ou d’alcool durant l’expédition (quatre jours); un handicap physique significatif; un trouble de comportement majeur et/ou des symptômes psychotiques aigus et sévères pouvant nuire au déroulement sécuritaire des activités ne pouvaient participer au programme de TA. Au cours de la première rencontre du programme de TA, l'étude a été présentée aux participants, et ceux-ci ont été invités à s’y joindre sur une base volontaire et sans que leur participation, ait ou non, une incidence sur leur poursuite du programme de TA ou sur leur traitement à la clinique.
Dix-neuf des 20 participants sélectionnés pour participer au programme de TA ont initialement accepté de s’impliquer dans cette étude. Les 19 participants ont donné leur consentement éclairé par écrit et les comités d'éthique concernés (hospitalier et universitaire) ont chacun approuvé l'étude. Toutefois, quatre d’entre eux n’ont pas poursuivi le programme de TA en raison d’une exacerbation de leurs symptômes et/ou d’absentéisme aux rencontres préparatoires. Au total, cinq femmes et dix hommes (N = 15), âgés entre 19 et 30 ans, ont participé à cette étude. Ayant vécu leur premier épisode psychotique au cours des deux années précédant le programme de TA, les participants présentaient divers troubles psychotiques : trouble affectif bipolaire (n = 3), schizophrénie (n = 3), trouble schizo-affectif (n = 7), dépression psychotique (n = 1) et trouble psychotique non spécifié (n = 1).
Programme de thérapie par l’aventure (TA)
Le programme de TA est le résultat d’une collaboration entre la clinique JAP et Face aux vents[4] (FAV), organisme à but non lucratif spécialisé en intervention par la nature et l’aventure dans le domaine de la santé mentale. Il a été conçu de manière à correspondre aux capacités physiques et psychologiques de la clientèle tout en offrant des expériences variées et des défis favorisant les expériences d’accomplissement. Deux intervenants de la clinique JAP (ergothérapeutes, infirmiers et/ou travailleurs sociaux) ainsi que le guide d’aventure de FAV ont accompagné les groupes (deux cohortes), tout au long du programme qui s’est déroulé au cours des étés 2015 et 2016.
La première phase du programme (quatre à six semaines selon la cohorte) était constituée de rencontres préparatoires hebdomadaires visant la familiarisation avec l’équipement de plein air et l'activité physique, la planification et le partage des tâches pour l’expédition ainsi que l’identification d’objectifs personnels. Par exemple, les participants étaient invités à effectuer des activités sportives afin de permettre, entre autres, une évaluation sommaire de leur capacité à participer aux activités d’aventure proposées et à ajuster celles-ci au besoin. La deuxième phase du programme était constituée de quatre jours d'expédition dans la Vallée du Bras-du-Nord au Québec (Canada) durant laquelle les participants ont effectué de la randonnée pédestre, du canyoning, de la tyrolienne et des activités reliées au campement (cuisiner les repas, faire le feu de camp, etc.). À la fin de chaque journée avait lieu une rencontre thérapeutique de groupe animée par les professionnels en santé mentale participant au programme. Lors de la troisième phase, les participants étaient conviés à une rencontre bilan à la clinique JAP, environ une semaine suivant le retour de l’expédition. Au cours de cette rencontre, ils étaient invités à partager leur expérience de la TA en lien avec leur rétablissement et les objectifs personnels qu’ils avaient formulés au début du programme.
Collecte de données
La première auteure ainsi qu’une assistante de recherche ont conduit des entretiens individuels semi-structurés d’une durée approximative de trente minutes, au cours des deux semaines suivant le retour de l’expédition ainsi que six mois plus tard. Les participants étaient alors invités à partager leur expérience de la TA en lien avec leur processus de rétablissement. Les thèmes abordés concernaient, entre autres, leur appréciation du programme de TA, les moments significatifs et/ou difficiles vécus au cours de la TA, les impacts de cette expérience dans leur vie et les apprentissages à propos de soi et/ou des autres. À partir de ces thèmes principaux, des questions de relance étaient formulées en cours d’entretien afin de soutenir l’élaboration des participants, permettant ainsi d’avoir accès à de multiples facettes de leur expérience de la TA telles que leur perspective sur les composantes du programme. Chaque entretien était enregistré à l’aide d’un enregistreur audio et a été retranscrit verbatim par deux assistantes de recherche aux fins d'analyse.
Analyse qualitative
La première auteure a procédé à une analyse thématique inductive et descriptive des entretiens transcrits (Paillé et Mucchielli, 2012). L’analyse inductive permet de faire ressortir des dimensions parfois inexplorées à partir de la perspective subjective des participants. Cette méthode semblait appropriée pour répondre à notre objectif de recherche qui consistait à explorer et décrire les composantes de la TA, à partir de l'expérience subjective des participants. Toutes les transcriptions ont d’abord été lues pour permettre une familiarisation avec les données. Des thèmes ont ensuite été attribués en continu au fil de la lecture des transcriptions et par la suite, des regroupements ont été effectués. Les résultats de cette analyse préliminaire ont été discutés avec deux assistantes de recherche, formées en analyse qualitative, ainsi qu'avec les co-auteurs de l'étude afin de peaufiner la sélection, l’organisation et la description des thèmes.
RÉSULTATS
Six composantes du programme de TA ont émergé au fil de notre analyse : a) un espace-temps hors du quotidien; b) un espace-temps en nature; c) la programmation; d) des activités à haute intensité émotionnelle; e) la vie de groupe; et f) la présence des intervenants. Ces composantes sont décrites ci-dessous.
Espace-temps hors du quotidien
D’abord, selon les participants, la TA offre un espace-temps hors du quotidien, c’est-à-dire que ceux-ci se retrouvent dans un environnement physique, interpersonnel et occupationnel complètement différent de leur quotidien. Pour plusieurs participants (n = 8), cela leur a permis de vivre de nouvelles expériences ainsi que d’acquérir de nouvelles connaissances, entre autres, à propos des activités reliées au plein air (ex : camping, etc.). Aussi, cette composante de la TA a eu divers effets auprès des participants. Par exemple, pour les consommateurs de drogues et/ou d’alcool, il s’agissait d’un environnement sans consommation. Malgré une certaine ambivalence à l’égard de cette abstinence imposée, il semble que celle-ci ait été bénéfique pour certains tel que le mentionne ce participant : « […] j’ai aimé ça parce que personne consomme, on faisait une activité, on est contents, on rigolait, on riait ». Il semble également que ce séjour hors du quotidien ait permis à un participant de prendre du recul face à l'entretien de son lieu de vie; recul l’ayant motivé à apporter des changements à son retour de l’expédition. Enfin, pour un autre participant, il s’agissait d’une expérience positive de sortir de son quotidien et par le fait même, de se détacher des appareils technologiques pendant quelques jours.
Espace-temps en nature
Une autre particularité de la TA qui est ressortie de l'analyse est l'espace-temps en nature. Quelques participants (n = 5) ont mentionné que l’environnement naturel dans lequel s’est déroulé le programme leur a permis d’apaiser leur stress, de se détendre, de ressentir un bien-être ou encore, de mieux connecter avec eux-mêmes. Par exemple, au retour de l’expédition, un participant a indiqué qu’en nature il s’est senti « beaucoup plus calme […] beaucoup moins stressé » ainsi que plus conscient de son état et de son énergie. Ce même participant a mentionné six mois plus tard qu’il considérait le contact avec la nature important pour tous « mais pour les gens qui ont besoin de guérir d’un choc dans tête, je pense que ça peut les aider. » Aussi, un participant a rapporté que cet environnement naturel l’avait aidé à demeurer dans le moment présent et à être en contact avec son environnement :
C'est plus facile là-bas d’être dans le moment présent qu’ici en ville […] j’ai pu observer les affaires qui étaient autour de moi, les apprécier, c’est plus facile d’apprécier les arbres pis la nature que les autos et ce qu’il y a en ville […], ça me ramène sur terre quand je suis dans la nature.
Programmation
La programmation semble être une composante importante de la TA pour plusieurs participants, car elle les placerait, selon eux, dans un rôle actif en les incitant à se mobiliser afin d’accomplir leurs tâches et les activités proposées. Par exemple, l’un des participants qui réside dans une ressource d’hébergement où les repas sont préparés, a indiqué qu’il trouvait « spécial » que ce soit lui qui cuisine l’un des repas alors qu’il est habitué à ce que ce soient les intervenants qui cuisinent. Quelques autres participants (n = 6) ont fait mention de la programmation comme ayant été importante dans leur expérience pour différentes raisons. Un participant a ainsi mentionné que cette posture active lui a permis de diminuer son anxiété et d’apprécier le moment présent :
Une chose que j’ai beaucoup aimée c’est que pendant tout le voyage t’es beaucoup dans le présent […] Fait que mon stress y’était pas là, j’avais pas le temps d’être dans mon stress […] tu buvais ton café après il fallait penser à la bouffe, ou sinon t’étais déjà en train de marcher […] t’es pas dans ta tête, t’es dans le présent, tu fais les choses, les gens parlent pis tu penses pas à « qu’est-ce que j’vais dire? ». T’es juste là pis t’interagis avec le monde. Ça se passe naturellement, c’est bien agréable.
Pour d’autres, la programmation a eu un effet d’apaisement des tracas quotidiens (n = 2), c’est-à-dire que cela les a soulagés des soucis tels que la préparation de tous leurs repas et la gestion de leur budget.
Enfin, pour un participant, cette composante lui a permis de réaliser qu’il est en mesure d’accomplir des choses :
Selon ce que moi ça m’a apporté, je le recommanderais à des gens qui ont moins d’énergie, justement pour leur faire réaliser qu’en réalité ils sont capables d’en faire des choses dans leur journée s’ils sont bien guidés, s’ils sont dans une bonne structure parce que des fois quand t’es laissé à toi-même, c’est sûr t’en fais moins des choses, pis tu te sens fatigué, c’est encore pire, mais si t’es dans une certaine structure et y a des activités plaisantes, tu vas être plus incité à agir et à te dépenser.
Activités d’aventure à haute intensité émotionnelle
Cette composante de la TA apparait comme importante puisque plusieurs thèmes saillants de l’expérience des participants sont reliés aux activités d’aventure à haute intensité émotionnelle. Par exemple, le sentiment d’accomplissement, thème au coeur de l’expérience des participants, apparait avoir été vécu particulièrement lors des activités de tyrolienne et de canyoning ayant suscité des émotions fortes, de par, entre autres, le risque perçu. Un autre exemple est celui d'un participant présentant des idéations suicidaires qui a expliqué que l’activité de canyoning, l’a aidé à être dans le moment présent et à réaliser qu’il avait encore envie de vivre :
J’étais dans le moment présent à cause que j'avais peur […] quand on était sur le bord de descendre la chute, comme je pouvais pas penser à autre chose que « faut que je descende et faut que je survive » […] ça m’a fait réaliser que oui j’ai encore peur de mourir, des fois même je veux mourir, j’ai comme des mauvaises idées, mais ça me dit que oui j’ai encore peur de mourir pis j’ai encore des sentiments comme « je veux quand même vivre ».
Pour plusieurs participants (n = 8), la randonnée pédestre a suscité des émotions intenses en sollicitant leur persévérance au cours de cette activité de longue durée. Par exemple, ce participant a mentionné :
Je suis content de ne pas avoir abandonné, on aurait pu retourner de bord facilement [...] le plus gros défi physiquement, c’était le plus dur [...] c’était physique, mais aussi fallait pas que je me décourage mentalement parce que physiquement j’ai été capable de le faire.
Vie de groupe
La vie de groupe avec des pairs ayant vécu une expérience similaire (épisode psychotique) ressort aussi comme un élément essentiel de la TA selon les participants. En effet, plusieurs thèmes saillants de leur expérience font référence à cette composante. Les participants (n = 15) ont abordé le groupe comme ayant été une source de plaisir, d’entraide, de soutien, de partage et de création de nouvelles relations. Par exemple, un participant a mentionné que le contexte était favorable pour surmonter son anxiété sociale :
[…] ça crée une dynamique assez particulière, on a tous passé par une psychose, tu te sens plus à l’aise, t’es en train de partager comme la vie, tu te couches pis tu te lèves avec les mêmes personnes […] je me sentais très à l’aise, pas si stressé. C’est ça que j’ai beaucoup aimé.
D’une part, cette expérience commune de la psychose semble avoir créé un environnement confortable, ainsi que sécurisant pour les participants et d’autre part, elle apparait avoir donné lieu à des échanges significatifs entre certains participants. À cet égard, un participant a indiqué :
[…] les conversations qu’on a eues autour du feu vraiment c’tait l’fun, on a échangé sur plein de choses pas seulement sur la musique ou sur la vie, c’est comme quelque chose rattaché plus à la psychose qui faisait un peu plus spécifique au groupe. Ces conversations, j’vais les tenir à coeur.
Certains participants ont également fait mention que la vie de groupe a contribué à les sortir de leur isolement social. Un participant a expliqué qu’« en ville je suis plus toute seul, dans ma bulle, je fais mes choses, c’est moins comme une communauté. Je me sens plus seul ici que quand on était là-bas. » À ce propos, un autre participant a mentionné que « chacun semblait trouver quelque chose dans cette aventure, j’étais pas le seul, on semblait tous en profiter […] je suis pas le seul à être comme ça, à vivre ce que je vis. »
Présence des intervenants
De nombreux participants (n = 8) ont souligné positivement le soutien et la disponibilité constante des intervenants au cours de l’expédition. Par exemple, deux participants ont décrit un moment de crise qu’ils ont vécu au cours de l’expédition et lors duquel les intervenants les ont soutenus. Un participant a expliqué :
[…] j’ai eu un petit moment de panique […] j’ai ressenti des choses que j’ai vécues dans la psychose […] ça m’a donné beaucoup de stress, beaucoup de peur […] l’intervenant m’a demandé : « Ça va? » et j’ai dit : « Non ça va pas. ». Je lui ai expliqué toute la situation, j’étais vraiment en détresse […] finalement c’est passé, j’me suis senti beaucoup plus à l’aise par la suite […] ç’a été intense, mais ç’a été tout un petit moment de panique qu’on a bien géré. J’étais très content de pouvoir en parler […] Ça m’a vraiment beaucoup aidé […].
D’autres participants (n = 4) ont rapporté qu'en raison du temps partagé dans un contexte différent de celui de la clinique, les intervenants et eux ont pu apprendre à se connaitre autrement. Par exemple, un participant a expliqué qu’un moment significatif de l’expédition était « d’être avec les intervenants de JAP, on pouvait plus apprendre à se connaitre vu qu’on se voyait 24 heures sur 24. » Un autre participant a mentionné : « c’était cool de le voir [l’intervenant] en dehors de la clinique, on découvre d’autres aspects de sa personnalité, des choses qu’il a accomplies à travers les années. »
Enfin, lors des entretiens six mois après l’expédition, certains participants (n = 2) ont rapporté une amélioration de leur rapport avec leur intervenant et la clinique depuis leur participation à la TA. Par exemple, un participant a expliqué :
L’activité m’a aidé à avoir un meilleur rapport à l’équipe de soutien de l’hôpital […] c’est différent de parler à son ergothérapeute dans le bureau ou autour du feu en plein bois. On parle pas nécessairement des mêmes affaires, ça reste le même rapport professionnel, mais on peut tomber sur d’autres sujets pis changer la relation un peu […] je trouve que c’est comme humanisant […] d’avoir tout le temps des rapports professionnels derrière un bureau avec un crayon pis t’as l’impression qu’il faut que tu répondes la bonne affaire tandis que, autour du feu, tu dis plus qu’est-ce que tu ressens pis comment tu vois les choses […] [Q: perception de la clinique JAP?] Elle a changé positivement. Des fois, le parcours du patient c’est quasiment administratif. Faut que tu passes par telle case, après ça quand t’as rempli tel document, il faut que t’ailles là, pis là « Prends tes pilules. ». Mais d’inclure des activités qui ont rien à voir avec les paperasses de l’hôpital, ça donne l’impression que c’est un peu plus vivant, un peu plus humain que c’est plus normal […] des fois j’ai l’impression quand je vais voir un professionnel de la santé, il fait sa job, tout ce qu'il fait c’est appliquer son savoir. Mais là je veux dire on est deux à la monter la montagne, lui aussi faut qu'il marche. Fait que c’est le fun de voir comme une espèce d’équité de statut.
DISCUSSION
De notre analyse ont émergé six composantes thérapeutiques de la TA apparaissant avoir joué un rôle important dans l’expérience des participants. Fidèles à la méthode utilisée pour nos analyses, nous avons tenté de retenir, pour les désigner, des expressions au plus près de l’esprit des propos des participants. Certains recoupements et parallèles avec des efforts antérieurs visant à décrire ces composantes par d’autres moyens semblent néanmoins exister et nous allons tenter de les souligner dans ce qui suit.
D’abord, au coeur de l’espace-temps hors du quotidien, les participants ont mentionné avoir acquis de nouvelles expériences et connaissances, en plus de prendre un recul par rapport à leur quotidien, leur permettant ainsi d’adopter une perspective différente sur celui-ci. Cette composante semble correspondre à une caractéristique reconnue de la TA, soit l’environnement non familier qui entraine un état de déséquilibre chez le participant qui doit alors recourir à ses ressources personnelles pour s’adapter et retrouver son équilibre (Gargano et Turcotte, 2018; Newes et Bandoroff, 2004).
À cela s’ajoute la composante des activités d’aventure à haute intensité émotionnelle, lesquelles semblent avoir suscité des émotions intenses en raison du risque perçu au cours des activités de tyrolienne et de canyoning, ainsi qu’en raison de l’expérience multisensorielle qu’elles impliquent. De plus, bien que le risque perçu puisse être faible au cours de la randonnée pédestre, cette activité semble également avoir éveillé des émotions fortes chez les participants en lien avec la persévérance et l’endurance qui sont sollicitées par les efforts requis afin d'accomplir cette activité. Le risque perçu élevé par rapport au risque réel est l’une des caractéristiques identifiées antérieurement comme au coeur de la TA (Newes et Bandoroff, 2004). La combinaison du risque perçu comme élevé avec l’environnement non familier apparaît contribuer à créer un état de déséquilibre chez le participant qui doit alors rechercher des moyens pour s’adapter aux nouvelles situations auxquelles il est confronté. En cohérence avec les écrits et certaines études à propos de la TA (Russell et Phillips-Miller, 2002; Newes et Bandoroff, 2004), nos résultats suggèrent que la combinaison de cette mise en mouvement hors de la « zone de confort » des participants d’une part, et de cette intensité émotionnelle et sensorielle des activités d’autre part, ouvre un espace potentiel de découvertes à propos de soi et d’occasions de réussite contribuant au sentiment d’accomplissement. Par ailleurs, il est possible de faire des liens entre la composante des activités d’aventure à haute intensité émotionnelle et le domaine des médiations thérapeutiques, en particulier des médiations corporelles qui impliquent le mouvement dans le processus thérapeutique par le biais d’activités telles que la voile et l’escalade (Sabouret, 2006; Saint-André et al., 2011). Cela rejoint également l’approche d’embodiment qui suggère d’impliquer le corps dans la thérapie, en particulier, auprès des personnes souffrant de troubles de santé mentale sévères avec lesquelles l’utilisation unique de la parole et de l’entretien en dyade peut être difficile (Martin et al., 2016). Selon cette perspective, en intégrant la sensorialité et le mouvement, les perturbations sur le plan de l’image de soi (schémas corporels et/ou limites mal intégrées), présentes dans l’expérience de la psychose, sont ciblées et les comportements expressifs ainsi que communicatifs sont favorisés, permettant ainsi de diminuer le retrait affectif (Röhricht et al., 2011).
L’espace-temps en nature apparaît contribuer également à l’environnement non familier dans lequel se retrouvent les participants et semble permettre un apaisement de l’anxiété chez certains participants. Ceci est cohérent avec les études montrant les bienfaits du contact avec la nature sur la santé mentale (Bratman et al., 2019). Par ailleurs, Taylor et al. (2010) ont proposé que la nature soit considérée comme co-facilitateur du changement thérapeutique dans le cadre de la TA. Dans le même sens, Russell et Farnum (2004) considèrent le contact avec la nature comme l’un des facteurs déterminants dans le processus de changement thérapeutique engendré par la TA.
Quant à la programmation de TA, elle placerait les participants dans un rôle actif avec la réalisation des activités et de certaines responsabilités (cuisiner le repas, laver la vaisselle, etc.). Cette prise en charge de la routine a semblé soulager certains d'entre eux de leurs soucis quotidiens. Cette composante semble opérer sur les difficultés à se mobiliser que vivent plusieurs jeunes adultes à la suite d'un épisode psychotique en raison des symptômes négatifs, en stimulant la motivation et le sentiment d'efficacité personnelle comme l’ont souligné d’autres études (Fulford et al., 2018; Lyne et al., 2018; Vass et al., 2017).
La vie de groupe est également ressortie comme une composante importante pour les participants à notre étude. Il semble que la TA favorise la socialisation par les activités et les moments de vie partagés donnant lieu à des échanges informels. De surcroît, ce contexte particulier semble permettre aux participants de briser l'isolement social et/ou de surmonter l'anxiété sociale en prenant contact avec des pairs auxquels ils peuvent s’identifier, ayant tous vécu un épisode psychotique. En effet, des participants ont rapporté avoir eu des échanges significatifs à propos de leur expérience de la psychose avec d’autres participants et pour certains, ces échanges ont été source d’espoir quant au rétablissement possible. Évidemment, cette composante est partagée avec d’autres modalités thérapeutiques groupales qui permettent de pallier le sentiment de menace parfois ressenti dans les entretiens en dyade (Martin et al, 2016). Toutefois, le groupe de participants à la TA est confronté, entre autres, à des défis et des problèmes concrets à résoudre qui demandent, à notre avis, l’implication de chaque participant de manière plus marquée que la thérapie de groupe traditionnelle. Cela pourrait contribuer au développement d’un climat de coopération et d’entraide au sein du groupe (Newes et Bandoroff, 2004) qui serait, en soi, thérapeutique. Il est également possible de penser que cela favorise l’engagement des participants pour lesquels la thérapie par la parole convient moins à leurs besoins (Newes et Bandoroff, 2004).
Enfin, une composante essentielle de la TA dont les participants ont fait mention est la présence des intervenants. Il importe d'abord de souligner le contexte très différent dans lequel se vit la relation entre l’intervenant et la personne en comparaison avec le contexte d'intervention en clinique externe au sein d'un milieu hospitalier. En effet, tel que rapporté par d’autres auteurs (Newes et Bandoroff, 2004; Russell et Phillips-Miller, 2002), la TA semble créer un espace partagé dans le quotidien permettant ainsi une relation plus symétrique. Au cours des quelques jours d’expédition, il semble que la problématique psychotique ne se soit plus trouvée au coeur de la rencontre. En effet, tel que mentionné par les participants, les intervenants et eux auraient appris à se connaitre autrement, de manière plus globale. De même, il semble que la gestion d’un moment de crise pendant l’expédition, peut être hautement significative pour la dyade thérapeutique, puisqu’elle permettrait aux deux protagonistes de mieux comprendre ce qui se passe lors d’une crise et elle permettrait à la personne en crise de mettre en pratique, in vivo et in situ, des moyens pour se réguler, et ce, avec le soutien de l’intervenant. De retour en clinique, l’intervenant pourrait reprendre ce qui a été vécu au sein de cet espace partagé qu’est l’expédition, au service du processus thérapeutique avec le participant concerné. Ces éléments reliés à la présence des intervenants sont également ressortis d'une étude qualitative de Séguin-Green et al. (2019) portant sur ce même programme de TA, mais s'intéressant plutôt à la perspective des intervenants accompagnateurs.
Aussi, par le fait que la TA permette à l’intervenant et au participant de se considérer de manière plus globale, il est possible de penser que la TA ait un effet bénéfique contre la fragmentation qui est au coeur de la problématique psychotique et qui peut être accentuée par le contexte psychiatrique lorsque, par exemple, les interventions sont centrées sur la maladie et les symptômes. En partageant le quotidien avec une personne ayant vécu un épisode psychotique, l’intervenant la découvre sous de multiples facettes ce qui pourrait l’aider à éviter la collusion avec la fragmentation, c’est-à-dire à se relier seulement aux fragments que présente cette personne dans le cadre du suivi et non à ce qu’elle est dans sa globalité (Hamm et al., 2017).
De plus, cet espace partagé permet de sortir d'une relation thérapeutique dyadique qui peut être vécue comme menaçante pour les jeunes adultes souffrant de psychose; cette relation duelle pouvant par exemple, faire écho à des angoisses d’intrusion ou de persécution. Cet aspect de la TA rejoint les postulats du domaine des médiations thérapeutiques dont nous avons traité précédemment. En effet, l’activité thérapeutique que constitue la TA peut être pensée comme un objet médiateur qui d’une part, est un prétexte à la rencontre et qui d’autre part, sépare, rendant le lien plus tolérable comme le mentionne Saint-André et al. (2011). Le fait d’être à l’extérieur de l’hôpital, de « dépsychiatriser » l’intervention, peut aussi permettre un relâchement défensif chez la personne rendant ainsi l’échange plus aisé (Newes et Bandoroff, 2004; Sabouret, 2006). Établir une alliance avec la personne qui consulte est une étape préalable à tout processus thérapeutique et cela représente un défi, particulièrement dans la psychose, où le rapport à soi et aux autres est grandement perturbé, souvent teinté par la méfiance psychotique. Il est possible que le « faire avec » dans cet espace partagé puisse contribuer à créer une alliance implicite, ainsi que les conditions pour qu’émerge le plaisir d’être en lien (Mille et al., 2015). À cet égard, certains participants ont rapporté une amélioration de leur relation avec leur intervenant, ainsi que de leur rapport avec la clinique JAP, à la suite de leur participation au programme de TA.
LIMITES
Nos résultats, tout stimulants en soi et cohérents avec les résultats de travaux antérieurs soient-ils, proviennent exclusivement de l’analyse d’entretiens semi-structurés effectués auprès de 15 jeunes adultes issus du même milieu de soin. Cela invite à la prudence dans leur interprétation et leur transférabilité. Tel que mentionné précédemment, pour plusieurs jeunes adultes souffrant de psychose, il est difficile d’élaborer sur ce qu’ils ressentent et pensent, entre autres, en raison des symptômes négatifs et des perturbations cognitives causés par la psychose. Ainsi, il pourrait avoir été pertinent qu’au moins un des chercheurs participe au programme de TA en tant qu'observateur afin d’accéder à d’autres facettes de l’expérience des participants et des composantes de la TA.
CONCLUSION
Notre étude suggère que l’utilisation de la TA peut être pertinente sur le plan clinique pour promouvoir le rétablissement des jeunes adultes souffrant de psychose. En effet, les six composantes de la TA qui ont émergé de nos analyses renvoient à des enjeux importants du rétablissement des troubles psychotiques. Le contexte unique de la TA permet aux participants de faire l’expérience de situations nouvelles et de formes nouvelles de relation à soi et à l’autre, et il semble ouvrir ainsi un espace potentiel aux réussites et au plaisir d’être en lien, permettant ainsi de progresser vers le rétablissement.
Si les composantes qui ont émergé recoupent un ensemble d’autres composantes identifiées parfois isolément dans des études précédentes, il semble important de noter que la TA tend à combiner ces composantes en un tout complexe et cohérent, qui pourrait donner lieu à des interinfluences, les potentialisant, ou encore, agissant de manière différentielle, selon les besoins individuels des participants. D'autres études et réflexions cliniques sont donc requises concernant la TA et son utilisation dans le traitement de personnes souffrant de premiers épisodes de psychose. Afin de maximiser le potentiel thérapeutique de cette modalité d’intervention, il est nécessaire de poursuivre l’identification des composantes actives au coeur de la TA, de mieux comprendre de quelle façon elles s’interinfluencent et de mieux saisir ce qui potentialise les effets de cette expérience au long cours afin de soutenir le processus de rétablissement des jeunes adultes souffrant de troubles psychotiques.
Parties annexes
Notes
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[1]
Les auteurs souhaitent remercier Catherine Séguin-Green pour son soutien au cours de la collecte de données et de la transcription de certains entretiens avec les participants ainsi qu'Ariane Matton et Ariane Boyer pour leur soutien au cours de l'analyse qualitative.
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[2]
Adresse de correspondance : Clinique JAP, CHUM, 1051, rue Sanguinet, pavillon C, 11e étage, Montréal (QC), H2X 0C1. Courriel : clairelaine.ouellet-plamondon@umontreal.ca
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