Résumés
Mots-clés :
- Création,
- Poésie,
- Deuil,
- Mère,
- Mémoire,
- Care,
- Queer,
- Dépression,
- Solitude,
- Héritage
Keywords:
- Creation,
- Poetry,
- Mourning,
- Mother,
- Memory,
- Care,
- Queer,
- Depression,
- Solitude,
- Inheritance
Corps de l’article
mars a duré quatre ans ma mère, ma morte et
me voilà usé comme le blanc souvenir de ta
main dans la mienne
bras repliés, respiration roulante, yeux clos sans
mirages, ton corps patient au bord du vide m’a
nargué à la moindre insomnie, tu sais, j’ai tant
vieilli
je pratique l’hygiène du deuil, ma mère, j’habite
la vapeur acide de ton absence, à nouveau, je
fréquente l’image de tes poings affrontant la
terre, le ciel, sa perte
mon visage porte tes rides avec une grise
élégance, ton héritage, un orgueil miroir aux
reflets qui s’insultent
quatre ans le coeur dans un étui et j’ignore
comment revenir : je n’ai plus l’alibi de la
jeunesse ni la dignité du mourant, je n’ai que
doute et honte et trop peu d’épaules à offrir
longtemps j’ai réparé l’avenir : ta fin, je l’avais
écrite, souhaitant faire du réel une langue, un
ennemi à la mesure de ma faiblesse, un jardin où
le sens m’aurait berné
je me suis parfois réfugié à l’intérieur de mon
nom, il existe plus que moi, il cultive mes
punitions par la mémoire, les erreurs qui m’ont
contraint à rêver seul
encore j’hésite et récolte de courtes phrases,
racines de roches prêtes à exciter la chute – je
me saisis d’un mot, jamais le bon, jamais assez
féroce pour contrer la parole, son piétinement
d'enfant gâté – tu m’excuseras, je m’en remets
à des symboles surannés, épuisé d’être l’ultime
gardien de ton silence
quatre ans de mars ma mère, ma morte, je
n’attends rien du printemps, je déteste sa boue
comme sa poussière, je suis une rumeur
d’automne clouée aux arbres noirs dans la
blancheur de l’air
un tournis à la fois, j’ai appris à m’effacer, à
m’asseoir en moi, à devenir le clandestin qui se
nourrit de sel et d’injures
ma gestation perpétuelle, quatre murs et autant
d’années, traître garçon cracheur de promesses,
étranglé là, au fond du cachot qui était, je l’ai
cru, ma dernière tête
le déni a couvert mes yeux de braises, m’a
bercé, m’a menti : c’est là ton legs, ta robe
portée en secret, une pensée bleu et rose,
aveugle aux utopies du couchant
mars a duré quatre ans, ma mère, ma morte et
c’était la guerre – ci-gît mon corps garçon parmi
les cendres mon corps du
lendemain t’adresse ses premiers babils, sa paix
souffle ton nom qu’un jour, il saura écrire
Parties annexes
Note biographique
Depuis 2001, Jean-Simon DesRochers déploie une pratique d’écriture qui aborde le roman, la poésie, la nouvelle, l’essai et le scénario. Récipiendaire du prix Émile-Nelligan, finaliste au prix du Gouverneur général, au prix des Collégiens ainsi qu’au prix des Libraires, son œuvre est reconnue tant par la critique que par le grand public. Iel est professeur agrégé en recherche-création au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal.