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1.Plus d’information
Cet article étudie les lettres que Françoise de Motteville, Anne-Marie-Louise d'Orléans et Catherine d'Aspremont rédigent au printemps 1660. Les épistolières assistent alors au mariage de Louis XIV. Elles adressent plusieurs lettres à un réseau de correspondantes désireuses d'être informées des dernières nouvelles de la cour. L'étude de la correspondance permet d'approcher un réseau aristocratique féminin, ses pratiques de publication et les actions que ses membres entreprennent par le biais de l'épistolaire. Cet article s'intéresse également à la correspondance que nouent les deux mémorialistes, Françoise de Motteville et Anne-Marie-Louise d'Orléans, qui reprend les codes des jeux d'écriture mondains. Nous analysons les liens qu'entretiennent chez elles l'écriture épistolaire et l'écriture mémorialiste, la lettre étant commentée ou reprise dans les mémoires. L'étude rend ainsi compte des gestes d'échange, de circulation, de conservation et de réemploi de la lettre par les autrices du xviie siècle. Pratique collégiale, écriture de l'immédiateté, la lettre participe à terme à la construction d'un récit de soi, l'écriture épistolaire trouvant in fine une continuation dans l'oeuvre mémorielle.
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6.Plus d’information
RésuméQue tout commerce épistolaire repose sur une pragmatique du don, sur un geste qui, parce que sans garantie de retour, engendre une dette permanente entre les partenaires de l'échange, c'est ce que suggère la lettre de Saint-Denys Garneau écrite à Sainte-Catherine-de-Portneuf le 30 décembre 1932. Là, l'épistolier s'adonne à une intense activité comptable qui a pour effet de conférer à son offrande une valeur inestimable. La présente étude propose de replacer cette pratique du don épistolaire dans le contexte discursif du Québec des années trente, à une époque où le système du don apparaît aux principaux doxographes comme une alternative à la morale utilitariste et à l'économie de marché qui ont précipité le Québec dans la Crise. Profondément engagé dans l'idéologie de son temps, Saint-Denys Garneau fait également figure d'usurier épistolaire, spéculant sur la logique corporatiste du don afin d'amorcer sa carrière d'écrivain.
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8.Plus d’information
RésuméLa correspondance publiée dans les Oeuvres de Saint-Denys Garneau (1971) et ses Lettres à ses amis (1967) peut-elle être lue dans une perspective sociale? Devant des lettres où ne semble primer que l'expression d'une sensibilité déchirée entre l'" exaltation " et l'" affaissement ", quels choix s'offrent au lecteur intéressé par leur inscription dans la polis ? Trois protocoles de lecture sont ici exposés. Le premier, le plus traditionnel, consiste à lire les textes épistolaires de Garneau en tant que réservoir d'analyses et de récits ayant le monde sociopolitique pour thème. Le deuxième repose sur une comparaison de la prose épistolaire garnélienne avec le sociogramme montréalais des années trente tel que l'a décrit Pierre Popovic. Le troisième, enfin, suppose que la lecture d'une correspondance rende possible une interrogation nouvelle du discours social québécois de la décennie de la Crise. Aucune de ces façons de faire n'est plus légitime que l'autre, ni exclusive des autres, mais chacune suppose une conception différente de cette forme spécifique d'écrit qu'est la lettre familière.
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10.Plus d’information
Publié en 2008, le recueil De la vie dans son art, de l'art dans sa vie (Paris, Seuil) reproduit la correspondance entre la comédienne et écrivaine Anny Duperey et la peintre Nina Vidrovitch sur une période de cinq ans, de 1993 à 1998. La présente étude examine d'abord la naissance de cette correspondance et puis la genèse du projet de publication, tout en soulignant quelques aspects formels de l'oeuvre en question. Les deux épistolières abordent une variété de sujets dans leurs échanges, mais un fil conducteur réunit toutes les lettres reproduites dans le livre : la question d'assumer son identité en tant que « femme artiste ». Nous nous penchons sur trois thèmes incontournables de ce recueil : d'abord, la question de la bonne gestion de son image en tant que femme artiste ; ensuite la question de l'imbrication des vies privées et publiques des deux femmes ; et finalement le rapport entre la création artistique et la pratique épistolaire.