Recensions

Carley, Michael J. Une guerre sourde : l’émergence de l’Union soviétique et les puissances occidentales, Gatineau, Presses de l’Université de Montréal, 2016, 590 p.[Notice]

  • Kaouthar Koulmi

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  • Kaouthar Koulmi
    Étudiant au baccalauréat, Département d’histoire, Université de Montréal, Canada

Alors que la Russie est de plus en plus présente dans l’actualité, le professeur-titulaire de l’Université de Montréal, Michael J. Carley, historien spécialiste des relations internationales au XXe siècle et de la Russie-URSS, publie Une guerresourde : l’émergence de l’Union soviétique et les puissances occidentales. Il s’agit d’un ouvrage qui retrace les relations entre l’URSS et les grandes puissances occidentales (l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis) de la Révolution russe jusqu’à la fin des années 1920, durant ce que Carley qualifie de guerre « dissimulée » (p. 12). L’auteur dresse un portrait des embuches internes et externes que les diplomates ont rencontrées. Cet ouvrage remet les choses en perspective quant à l’image très négative de la Russie soviétique véhiculée durant la Guerre froide. Le récit commence avec un portrait de la Révolution russe de 1917, ses origines, ses acteurs ainsi que ses impacts. Les chapitres 1 à 5 et 10-11, dressent un portrait des relations qu’entretient la Russie soviétique avec la France. Celles-ci sont souvent entravées par l’anticommunisme des élites et de la population, alimenté par les médias. Cependant, notamment par crainte d’une montée en puissance de l’Allemagne, Paris a intérêt à s’allier avec Moscou et elle reconnaît diplomatiquement la Russie au chapitre 4, tout comme le fera la Grande-Bretagne. Les enjeux entourant les liens soviéto-britanniques sont présentés principalement aux chapitres 1 à 4, 6, 7, 9 et 11, enjeux surtout motivés par des intérêts économiques. Ces rapprochements seront freinés par la question des dettes du tsar, par l’anticommunisme et par la situation en Orient, où les intérêts des deux partis sont divergents. Étant donné que la question orientale est aussi intimement liée aux relations avec les grandes puissances, puisque rappelons-le, cela a été un facteur ayant contribué à la rupture diplomatique soviéto-britannique en 1927, il était important et judicieux d’en traiter dans l’ouvrage aux chapitres 2, 4, 6, 7, 9 et 11. Finalement, face aux tensions avec les autres puissances et par intérêts économiques communs, on tente aux chapitres 1 à 3, 7, 10 et 11 de s’allier avec les Américains. Mais, le gouvernement refusera, par principe, d’accorder la reconnaissance diplomatique à Moscou. La question des dettes du tsar sera également un facteur de litige. Encore par crainte d’autarcie, on opère des rapprochements avec Berlin, aux chapitres 1 à 3, 5, 8 et 12, qui aboutissent aux accords de Rapallo en 1922. Les deux pays ayant intérêt à faire front commun, on tente toujours de ne pas froisser l’autre, même si les rapprochements des deux côtés avec les autres puissances, ainsi que les erreurs de la propagande à la fois allemande et russe, notamment celle du Komintern, rendent les choses difficiles pour les diplomates. En somme, c’est un livre qui, bien qu’assez imposant et très détaillé, se lit facilement et est écrit dans un ton assez léger. Certes, on peut reprocher à l’auteur d’avoir un parti pris pour les Soviétiques, mais ses arguments sont bien appuyés par les archives. Nous invitons tous ceux qui veulent voir les relations soviéto-occidentales d’un oeil nouveau à se pencher sur cet ouvrage. Après tout, c’est là, au lendemain de la Révolution russe et durant les années 1920, que se sont établies les bases des relations soviétiques avec l’Occident qui perdurent encore aujourd’hui…