Chronique

Recherches et publications récentes autour de Vatican II[Record]

  • Gilles Routhier,
  • Michael Quisinsky,
  • Philippe J. Roy and
  • Ward De Pril

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  • Gilles Routhier
    Université Laval, Québec

  • Michael Quisinsky
    Albert-Ludwigs-Universität, Freiburg im Breisgau

  • Philippe J. Roy
    Université Laval, Québec

  • Ward De Pril
    Katholieke Universiteit, Leuven

Voir les chroniques précédentes dans les livraisons du Laval théologique et philosophique, 53, 2 (1997), p. 435-454 ; 55, 1 (1999), p. 115-149 ; 56, 3 (2000), p. 543-583 ; 58, 1 (2002), p. 177-203 ; 59, 3 (2003), p. 583-606 ; 60, 3 (2004), p. 561-577 ; 61, 3 (2005), p. 613-653 et 64, 3 (2008), p. 783-824.

On pourrait penser que le Journal de Jan Willebrands des années 1958-1961 est d’un intérêt certain pour les oecuménistes, en particulier pour ceux qui veulent éclairer son éclosion à travers la Conférence catholique. Toutefois, l’intérêt de ce Journal va bien au-delà. D’abord, sur le plan géographique. En effet, aussi étonnant que cela puisse paraître, ce Journal donne une bonne idée de la géographie de l’oecuménisme catholique avant le Concile Vatican II. À suivre les déplacements de Jan Willebrands, on a vite fait le tour : Genève (siège du Conseil oecuménique des Églises), Paderborn (siège d’un institut oecuménique), Chevetogne (site du monastère fondé par Olivier Rousseau), Bossey (où loge l’Institut oecuménique du COE), Milan (avec la villa Cagnola de Gazzada où l’on projetait de faire un Bossey catholique), Paris (avec le Centre Istina), Strasbourg (lieu frontalier qui favorisait la rencontre entre les gens d’Istina, Congar, les Belges et les Néerlandais) et Rome. Rien sur l’Amérique du Nord avant la p. 142, même si l’activité oecuménique y produisait ses premiers fruits, rien non plus sur l’Amérique latine avant la p. 218. L’Orient demeure également pratiquement ignoré, jusqu’au début des années 1960. Ainsi, les seuls Nord-américains mentionnés fréquemment dans ce Journal sont Thomas Stransky, rencontré… à Rome, où il poursuivait un séjour d’étude, et Georges Tavard, rencontré… à Paris ! Lorsqu’on parle d’une possible rencontre secrète entre catholiques et orthodoxes en mai 1960 et que l’on énumère des noms, Willebrands observe : « Dumont and also a Père Lambert, of whom I had never heard » (p. 155). Pourtant, Bernard Lambert était engagé dans le domaine de l’oecuménisme depuis quelques années et, en 1960, il avait fait un stage au Conseil oecuménique des Églises à Genève, réalisé un voyage d’étude dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Turquie, pour connaître les Églises orthodoxes, préparant de longue main la publication de son maître ouvrage en deux volumes, Le problème oecuménique, publié en juin 1962. Seulement quelques années plus tard, les agendas conciliaires du même Willebrands montrent que, soudainement, la conscience que l’on a du monde s’est transformée et significativement élargie. Par comparaison, la géographie du Conseil oecuménique des Églises semble beaucoup plus large, avec une ouverture vers le monde orthodoxe (grec, russe et turc) et anglo-saxon, et surtout plus décentralisé, avec les assemblées de Rhodes et de St. Andrews, monde qui demeurait pratiquement inconnu dans l’Église catholique. D’ailleurs, Willebrands prend conscience de cette lacune lors de la rencontre de St. Andrews, observant qu’il faudra « ouvrir aux anglo-saxons notre Conférence catholique » (p. 188). Rahner a parfaitement raison lorsqu’il dit que le Concile Vatican II a signifié le passage d’un catholicisme eurocentré à un catholicisme aux dimensions du monde. Cette thèse se vérifie à la lecture des notes préconciliaires de Willebrands. On est dans un monde aux horizons restreints par rapport à ce que l’on connaît à Vatican II. Ce Journal est également intéressant en raison des informations dont il dispose quant à la préparation du Concile, ainsi que sur les premiers pas du Secrétariat pour l’Unité des chrétiens et sa délicate insertion dans les organes de la curie. Dès le départ (p. 175), on était conscient non seulement du potentiel que recélait ce nouvel organisme, mais également des difficultés à venir, en particulier dans les rapports avec le Saint-Office et la Congrégation pour les Églises orientales. L’attitude condescendante de Tromp à l’égard du Secrétariat, qu’il considère comme un simple organe d’information (p. 155), et son opposition persistante à la création d’un commissio mixta entre le Secrétariat et la Commission théologique (p. 267), sont ici bien documentées. La même attitude se retrouve chez Felici, …