Résumés
Résumé
Cet article s’intéresse à la fondation historique d’un champ disciplinaire national, c’est-à-dire au processus de traditionalisation scientifique. Plus spécifiquement, il cherche à mieux comprendre, et ce en la comparant sans cesse au développement de la sociologie du Canada anglophone, comment la sociologie du Québec francophone a progressivement créé un espace référentiel, méthodologique, théorique et politique, et comment celle-ci a cherché, surtout dans les années 1960 et 1970, à promouvoir une connaissance enracinée dans la réalité nationale. C’est ainsi que l’auteur est amené à souligner trois dimensions inhérentes à la constitution d’un champ sociologique national, soit la définition d’une société globale, l’écriture d’une histoire, ainsi que la formulation de méthodes et de théories spécifiques — marginalisant donc les dimensions idéologiques et institutionnelles invoquées par Harry H. Hiller dans ses travaux sur l’établissement des traditions sociologiques canadiennes.
Abstract
This paper examines the historical foundation of a national disciplinary field, namely the process of scientific traditionalization. More specifically, it seeks a better understanding, through a continuous comparison with the development of sociology in English-speaking Canada, of how the sociology of French-speaking Quebec has gradually created a refential, methodological, theoretical and political space, and how it tried, especially in the ‘60s and ‘70s, to promote knowledge rooted in the national reality. The author is thus led to emphasize three dimensions inherent in the constitution of a national sociological field, namely the definition of a global society, the writing of a history, as well as the formulation of specific methods and theories — thus marginalising the ideological and institutional dimensions invoked by Harry H. Hiller in his studies on the establishment of Canadian sociological traditions.
Resumen
Este artículo se interesa por la fundación histórica de un campo disciplinario nacional, es decir, el proceso de tradicionalización científico. Más específicamente, pretende comprender mejor, y esto comparándolo sin cesar al desarrollo de la sociología del Canadá anglófono, cómo la sociología del Quebec francófono ha creado progresivamente un espacio de referencia, metodológico, teórico y político, y cómo ésta ha pretendido, sobre todo en los años 1960 y 1970, promover un conocimiento arraigado en la realidad nacional. Por ello el autor destaca tres dimensiones inherentes a la constitución de un campo sociológico nacional, o sea la definición de una sociedad global, la escritura de una historia, así como la formulación de métodos y teorías específicas — marginalizando entonces las dimensiones ideológicas e institucionales invocadas por Harry H. Hiller en sus trabajos sobre el establecimiento de las tradiciones sociológicas canadienses-.
Parties annexes
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