Recensions

Becker, H. (2020). Faire preuve. Des faits aux théories. La Découverte

  • René Salem

…plus d’informations

  • René Salem
    Université de Montréal

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Seuls les 600 premiers mots du texte seront affichés.

Options d’accès :

  • via un accès institutionnel. Si vous êtes membre de l’une des 1200 bibliothèques abonnées ou partenaires d’Érudit (bibliothèques universitaires et collégiales, bibliothèques publiques, centres de recherche, etc.), vous pouvez vous connecter au portail de ressources numériques de votre bibliothèque. Si votre institution n’est pas abonnée, vous pouvez lui faire part de votre intérêt pour Érudit et cette revue en cliquant sur le bouton “Options d’accès”.

  • via un accès individuel. Certaines revues proposent un abonnement individuel numérique. Connectez-vous si vous possédez déjà un abonnement, ou cliquez sur le bouton “Options d’accès” pour obtenir plus d’informations sur l’abonnement individuel.

Dans le cadre de l’engagement d’Érudit en faveur du libre accès, seuls les derniers numéros de cette revue sont sous restriction. L’ensemble des numéros antérieurs est consultable librement sur la plateforme.

Options d’accès
Couverture de Volume 50, numéro 1, 2024, Revue des sciences de l’éducation

Becker est l’une des personnalités marquantes de la sociologie américaine, notamment pour son influence au sein de l’école de Chicago. Il est connu pour ses apports fondateurs et novateurs à la recherche en sciences sociales. Dans Faire preuve, il examine la nature de la preuve tout en remettant en cause les préjugés et en proposant une vision éclairante de la construction des données et de l’interprétation des résultats de recherche par les chercheur⋅se⋅s. Tout au long des dix chapitres répartis en deux parties, l’auteur présente avec rigueur et clarté le processus de construction des données collectées sur le terrain et leur transformation en preuves pour soutenir des théories ou des idées. En bref, c’est la transformation de « la matière brute avec laquelle les chercheurs produisent de la science » (p. 15), qui forme le soubassement d’un triptyque constitué de trois notions-clés imbriquées : données, preuves et idées. L’approche originale adoptée par Becker s’attache plus particulièrement à identifier les diverses sources d’erreurs qui peuvent se présenter à travers les différentes étapes du processus de recherche, plutôt que de se limiter à de simples prescriptions pratiques destinées aux chercheur⋅se⋅s. Cet écrit se distingue aussi par le recours à une variété de recherches provenant de différents domaines (sciences naturelles, sciences sociales et sciences humaines), fournissant des exemples concrets et éclairants. Becker arbore également une posture réflexive et critique sur ses propres pratiques. Dans la première partie du livre, englobant les chapitres un à quatre, l’auteur traite de la scientificité des recherches en sciences sociales, tout en explorant les significations des trois notions-clés nommées ci-dessus. Dans les chapitres un et deux, l’auteur évoque des obstacles et des erreurs à éviter dans la conduite de recherches en sciences sociales. Dans le chapitre trois, il propose aux chercheur⋅se⋅s de repenser aux erreurs commises lors d’une enquête, de les assumer et d’en faire des sources génératrices de nouveaux savoirs. En se basant sur les travaux de Desrosières portant sur l’évolution des modèles d’enquêtes en sciences sociales et naturelles, ainsi que sur les perspectives divergentes de naturalistes du 18e siècle concernant la classification des phénomènes étudiés, Becker révèle sa position dans le débat, toujours vif, opposant les méthodes quantitatives et qualitatives, quant à la primauté de l’une sur l’autre ou encore leur fiabilité. En outre, il soutient que cette dichotomie est désormais obsolète. Pour Becker, la valeur scientifique d’une recherche qu’elle soit qualitative ou quantitative réside dans la réflexion critique et itérative sur la démarche de collecte et d’analyse des données. Son « objectif est […] de montrer que les tâches des deux méthodes se chevauchent, s’interpénètrent et décuplent les chances de trouver des résultats intéressants » (p. 74), ayant valeur de preuves. Dans le chapitre quatre, Becker part des procédures scientifiques en physique et en géologie pour proposer une certaine transposabilité de leurs démarches en sciences sociales, dans le but « de rendre explicites les étapes du raisonnement et les données avancées comme preuve, puis de vérifier l’exactitude de chaque étape de la démarche » (p. 87). Dans sa deuxième partie (les chapitres cinq à dix), l’ouvrage adopte une approche plus pragmatique. Becker y explore une diversité de situations d’enquête et examine les différentes méthodes de collecte et d’analyse des données. L’objectif est de souligner les erreurs fréquemment rencontrées dans ce processus par les chercheur⋅se⋅s, enquêteur⋅se⋅s et institutions. Le chapitre cinq met en lumière les biais pouvant découler de l’intervention de différent⋅e⋅s acteur⋅rice⋅s dans le processus de collecte des données. Dans le chapitre six, l’auteur aborde les recensements réalisés par les gouvernements et remet en question l’exactitude des données collectées. Dans le chapitre sept, …