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Entretien avec Britt-Mari Barth

  • Adrien Bourg

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  • Réalisé par
    Adrien Bourg
    Faculté d’éducation et de formation, Institut catholique de Paris

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Couverture de Volume 50, numéro 1, 2024, Revue des sciences de l’éducation

Une première difficulté observée en classe était la confusion que les élèves font entre le « mot » et le « sens » – comme si les mots étaient le sens ! Si, de plus, le mot lui-même est mal mémorisé, la confusion est totale… Je pense à cette petite fille qui avait appris les nombres « pères » et « grands-pères »… C’est tout ce qu’elle avait retenu... Une deuxième difficulté était la confusion entre les éléments « pertinents » et « non pertinents ». Je me souviens de ce jeune garçon qui, malgré les explications de ce qu’est un rectangle et le découpage des rectangles dans du papier, a vite oublié ce qui n’avait pas de signification pour lui et n’a retenu que ce qu’il savait déjà : la couleur. Le hasard a fait que, ce jour-là, il n’y avait que du papier bleu à l’école et quand la question a été posée de ce qu’est un rectangle, il a agité sa main pour répondre : « Maitresse, maitresse, un rectangle, c’est bleu ! » Tout le monde a ri, il s’est senti confus. Mais ce jour-là, il a surtout appris que quand on n’est pas sûr d’avoir la bonne réponse, il vaut mieux se taire et ne pas courir le risque de se ridiculiser... Ce n’est pas une bonne théorie d’apprentissage ! Le rectangle bleu peut symboliser nombre de situations quotidiennes : on ne sait souvent pas sur quoi il faut porter son attention devant un problème posé : qu’est-ce qui est essentiel ? Qu’est-ce qui est secondaire ? Pour faire quoi ? Dans quel contexte ? Comment savoir ? Les élèves ne semblaient pas avoir une compréhension très claire de ce qu’il fallait comprendre ni de ce que veut dire comprendre – et on ne parle pas de cela en classe. Ils semblaient plutôt attendre qu’on leur apporte le savoir déjà construit. Ils pensaient que pour apprendre, il faut mémoriser des réponses plutôt que chercher du sens. Être continuellement en difficulté ou en échec mène facilement vers un état d’« impuissance apprise » – décrit dans plusieurs ouvrages étatsuniens comme learned helplessness. C’est l’état d’un enfant, qui, petit à petit, par la force de choses, acquiert la conviction de son impuissance : c’est le destin, il n’a aucune chance de sortir de cette situation de l’échec, donc, il va la subir passivement. Ce phénomène peut jouer au niveau d’un individu, mais aussi de tout un groupe défavorisé, avec des conséquences encore plus graves contre lesquelles il faut à tout prix lutter. C’est en permettant à l’individu de réussir qu’on peut le convaincre que c’est possible. À l’école, pour réussir, il faut savoir entrer dans les modes d’apprentissage qui sont proposés. Comment aider les élèves à y parvenir ? Dans un premier temps, il fallait donc chercher à comprendre par quel processus la pensée chemine pour arriver à comprendre quelque chose, à donner du sens aux savoirs, à chercher la signification… Mémoriser une réponse ne suffit pas pour agir avec le savoir. C’est alors, pendant un séjour studieux aux États-Unis, en 1975, en passant du temps dans une grande librairie newyorkaise, que mon regard est attiré par le titre d’un livre : A study of thinking, une étude de la pensée. Le nom de son auteur principal, Jerome Bruner, m’était inconnu. Je ne savais pas, à l’époque, que ce livre, publié près de 20 ans auparavant (en 1956), marquait le début de ladite « Révolution cognitive ». Pour moi, c’était l’entrée dans un courant de pensée qui cherche à comprendre comment l’esprit fonctionne… Comment il …

Parties annexes