Comptes rendus

Ilana Löwy et Hélène Rouch (dir.) « La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture »,Cahiers du genre, no 34, 2003, 258 p.[Notice]

  • Yolande Pelchat

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  • Yolande Pelchat
    Direction de l’enseignement et de la recherche
    CLSC-CHSLD Haute-Ville-Des-Rivières
    Centre affilié universitaire

Le thème retenu pour le 34e numéro des Cahiers du Genre (auparavant Cahiers du Gedisst) a déjà provoqué d’enrichissants débats et fait couler beaucoup d’encre. Pourtant, il n’a rien perdu de sa propension à susciter de nouvelles pistes de travail pour penser le monde contemporain, plus précisément les pratiques et les lieux où se construit et se redéfinit la ligne de démarcation entre la nature et la culture. Cet ouvrage, qui regroupe sept textes (principalement de sociologues ainsi que d’historiens et d’historiennes des sciences), m’est apparu comme l’expression d’une volonté de mener plus avant le travail déjà entrepris dans L’invention du naturel (Gardey et Löwy 2000). Alors que le précédent ouvrage posait les premiers jalons d’un dialogue entre des chercheurs et des chercheuses, de part et d’autre de l’Atlantique, sur les « multiples façons dont les sciences d’hier et d’aujourd’hui ont été amenées à faire des hommes et des femmes, et de la différence entre les sexes, un objet d’investigation et une source de connaissance » (Gardey et Löwy 2000 : 10), le récent numéro des Cahiers du genre propose une histoire en trois périodes de la séparation effectuée entre sexe et genre. L’exercice consiste donc à « retracer non seulement le faisceau de relations qui ont conduit à l’établissement de cette distinction, mais aussi les modifications de la signification de ces termes » (p. 8). Ce faisant, la conception de cet ouvrage tente un déplacement majeur : empêcher que les notions de sexe et de genre « demeurent trop fixées l’un [sic] à un contenu biologique, l’autre à un contenu sociologique » et éviter que la séparation sexe/genre soit comprise comme le simple reflet d’un « partage entre les traits biologiques (présumés immuables) et les attitudes, comportements et rôles (présumés flexibles) » (p. 8). La première période établie par Löwy et Rouch court sur près de 100 ans, soit de 1860 à 1940. Durant cette période, les sciences auraient opéré une « dissociation graduelle entre des structures anatomiques, des fonctions physiologiques, l’identité sexuée, le désir sexuel et le rôle social » (p. 9). La deuxième période, beaucoup plus courte, débute avec la Seconde Guerre mondiale et se poursuit jusqu’au tournant des années 60. Pour les auteures, il s’agit d’une période charnière où les scientifiques assimilent le genre et l’identité profonde de l’individu. La troisième période commence au début des années 70 avec l’attribution par les chercheuses féministes d’un sens particulier au terme « genre ». Ce vocable, tout comme ceux de « sexe social » ou de « rapports sociaux de sexe » que lui a jusqu’à récemment préféré la France, sert ici à signifier une relation de domination d’un groupe social par un autre. À sa façon, chaque collaborateur ou collaboratrice de l’ouvrage donne à voir la participation des sciences du xixe et du xxe siècle au maintien de l’opposition entre un « sexe biologique » et un « sexe social », même si elles en redéfinissent constamment les frontières. En ce qui concerne la première période, les textes d’Ivan Crozier sur la sexologie de la seconde moitié du xixe siècle et de Christiane Sinding sur les débuts de l’endocrinologie racontent comment ces sciences en émergence créent de nouvelles façons de lier le sexe biologique, la féminité et la masculinité. Pour sa part, Hélène Rouch réintroduit une auteure féministe en bonne partie ignorée, Adrienne Sahuqué, dont les travaux parus pendant l’entre-deux-guerres dénonçaient déjà les liens complices entre les connaissances produites par les scientifiques et la domination masculine. Plusieurs textes tracent les contours de la deuxième période (1940-1960) de l’histoire de la …

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