Des pratiques à notre image

On veut, on peut, on s’unit… On l’aura! Le militantisme comme « déclic identitaire »[Notice]

  • Jérémie J. Spadafora,
  • Geneviève L. Latour et
  • Sylvain Bérubé

…plus d’informations

  • Jérémie J. Spadafora
    Président sortant de la FESFO, Ancien de l’École secondaire catholique Nouvelle-Alliance à Barrie

  • Geneviève L. Latour
    Fédération de la jeunesse franco-ontarienne

  • Idée originale de
    Sylvain Bérubé
    Fédération de la jeunesse franco-ontarienne

Le présent article est issu d’une réflexion dont l’objectif était d’explorer la question de la politisation et du développement identitaire lié à l’implication militante en s’appuyant sur l’expérience d’un élève du secondaire. L’implication militante en question est celle de Jérémie J. Spadafora au sein du mouvement pour la création d’une université franco-ontarienne. Ce mouvement, porté majoritairement par la jeunesse franco-ontarienne, revendique la mise sur pied d’une université unilingue francophone. Le mouvement a connu un souffle nouveau depuis 2012, et Jérémie, alors en 10e année, s’y est d’abord engagé grâce à la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne. Le milieu du travail social reconnaît l’importance des mouvements sociaux comme instigateurs de transformations communautaires et collectives. Lavoie et Panet-Raymond définissent le mouvement social comme les conduites collectives présentant un caractère conflictuel et proposant des changements (Lavoie et Panet-Raymond, 2014, p. 7). Le présent article cherche à s’éloigner de l’étude des répercussions communautaires et collectives des mouvements sociaux afin de se concentrer sur les impacts sur l’individu. Afin de cerner les origines et les motivations derrière son expérience, Jérémie a tenu un journal de bord relatant les évènements déclencheurs et les moments marquants de son implication au sein du mouvement. Accompagné par Geneviève L. Latour, il a parcouru la littérature afin de faire la lumière sur son expérience en tant que jeune militant francophone en situation minoritaire. En raison de ce recul permettant d’analyser son expérience, et du fait de sa corédaction avec Geneviève, le présent article est écrit à la forme impersonnelle. C’est à l’automne 2013 que le parcours militant de Jérémie a débuté. Sa première expérience d’action collective a été la consultation régionale du Grand Toronto, tenue dans le cadre des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français. Son expérience de participation sociale est l’un des éléments à l’origine de son engagement (Quéniart et Jacques, 2008, p. 221). Sans en être alors conscient, il avait amorcé son cheminement en tant que militant. À cet égard, son parcours rejoint celui d’autres avec lui : « Le contexte sociopolitique agit souvent comme déclencheur, surtout chez les militants, certains d’entre eux ayant été marqués par des évènements politiques comme l’Accord du Lac Meech, le Référendum de 1995 ou la Marche mondiale des femmes » (Quéniart et Jacques, 2008, p. 225). Dallaire, Prévost et Houle avaient déjà reconnu cette approche gagnante chez la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) : La FESFO encourage l’engagement communautaire des jeunes par la formation et par l’action pour développer leur participation politique et, de ce fait, susciter leur contribution à l’avenir collectif de la minorité francophone. Quintelier (2008) explique qu’une telle participation associative s’avère en effet une stratégie avantageuse pour attirer les jeunes vers l’action politique. Elle ajoute que, plus ils s’investissent à un jeune âge, plus l’action politique devient une habitude, et on peut donc présumer un gage de succès pour assurer leur engagement continu au sein de la communauté francophone. (Dallaire, Prévost et Houle, 2016, p. 150) Après avoir fait l’expérience de cet évènement déclencheur, Jérémie a poursuivi son engagement. On peut identifier plusieurs motivations à la participation militante de Jérémie. Celles-ci viennent rejoindre les raisons qui amènent à faire le choix de militer, selon Quéniart : s’engager pour autrui (vouloir contribuer au changement social, s’indigner et agir contre les injustices et les inégalités sociales) et s’engager pour soi (l’engagement comme pratique contribuant à la construction identitaire, s’engager pour harmoniser le discours et l’action, s’engager pour créer un lien social et les bénéfices de l’engagement) (Quéniart, 2016). Il est évident dans le journal de bord de Jérémie qu’il éprouve le sentiment de contribuer au changement social. …

Parties annexes