En étudiant la notion du raisonnement, on se rend vite compte que la signification de ce mot est équivoque. Bien qu’il en existe plusieurs définitions, théories et types, nous nous intéresserons aux fins de cet article au raisonnement lié à l’acte clinique en train de se faire, au raisonnement qui surgit dans, par et à travers les activités professionnelles. Nous désirons plus particulièrement attirer l’attention sur la façon dont le professionnel fait face, par le raisonnement, le jugement et l’action, aux situations d’intervention difficiles rencontrées dans l’exercice de ses fonctions. Parce que le mot raisonnement demeure ambigu, nous nous efforcerons d’éclairer cette notion dans les deux extraits qui suivent. Nous en profiterons également pour présenter une définition d’un type de raisonnement qui fait actuellement l’enjeu d’un nombre considérable de recherches dans le domaine des sciences humaines et de la santé : le raisonnement clinique. L’utilisation des caractères gras est de nous : Partant de ces citations, on peut déduire que le raisonnement (clinique) procède par une activité de l’esprit, par une activité intellectuelle ou mentale par laquelle un individu perçoit, connaît, analyse, comprend ou juge l’information obtenue dans une situation à un moment donné. De plus, parce que le raisonnement est une opération inséparable d’un langage qui peut se communiquer et se préciser aux autres, le raisonnement est intrinsèque et extrinsèque à l’individu. Si l’on se fie à l’esprit de la deuxième citation, on peut remarquer que le raisonnement clinique est lié volontairement au processus de pensée et de prise de décision. Ce rapprochement est intéressant si on considère par exemple que le but ultime du raisonnement peut être d’orienter la conduite humaine, l’exercice professionnel. Parce qu’il prépare une travailleuse ou un travailleur social à agir d’une manière plutôt que d’une autre, le raisonnement clinique se présente comme une « réaction organisée », un processus intérieur qui s’active face à un phénomène, à un événement ou à une situation. S’il s’agit d’une « réaction organisée » pouvant se communiquer et s’extérioriser dans le langage parlé ou écrit, chaque travailleuse et travailleur social devrait ainsi pouvoir démontrer et justifier sa conduite. Cela, à partir des arguments à la base du jugement pratique, de l’opinion professionnelle. Chaque professionnel devrait ainsi être en mesure de répondre à la question suivante : pourquoi agir de la sorte? Répondre à cette question, c’est prendre conscience, et les éclairer, des opérations mentales par lesquelles on perçoit, connaît, analyse, comprend, juge et traite les faits obtenus dans une situation d’intervention. C’est indéniable, lorsqu’un professionnel vit un dilemme et se sent vulnérabilisé par la non-réponse, l’inquiétude ou l’incertitude, il cherche en lui et à l’extérieur de lui des balises claires et précises pour tenter de dénouer ce qui ne va pas, pour connaître ce qu’il convient ou non de faire pour être dans le bien. Il inscrit alors tout son être dans un effort de raisonnement qui acquiert, traite, conserve, récupère ou utilise toutes les informations disponibles qui surgissent en contexte délibératif. Et cela, dans le but d’acquérir des connaissances en vue de porter un jugement éclairé sur la situation et d’intervenir avec efficacité dans l’intérêt des individus impliqués dans le dilemme éthique. Attardons-nous maintenant aux trois types de raisonnement (instinctuel, normatif et éthique) que peuvent emprunter les travailleuses et travailleurs sociaux pour dénouer les situations d’intervention difficiles rencontrées dans leurs activités professionnelles. Nombreux sont les professionnels qui n’ont pas suffisamment de temps, de connaissances, de ressources, d’expérience ou de soutien pour faire face à des contextes d’intervention complexes, nécessitant des décisions difficiles. Ils utilisent souvent leur « instinct ». Il faut toujours garder à l’esprit que …
Parties annexes
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