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Au même titre que la pierre, le bois, le verre et l’acier, la lumière est matière d’architecture. À la différence près, qu’elle est, pour la plupart d’entre nous, immatérielle. C’est seulement lorsque nous sommes en présence d’une source émettrice, d’une matière opaque, translucide, transparente ou d’un corps transparent incolore éclairé, que jaillit la sensation lumineuse dans notre oeil comme sur la pellicule photographique.
L’image lumière nocturne y ajoute le paramètre temporel, selon la pose, de quelques secondes à de longues minutes. Surexposée et traduisant d’autres contrastes que ceux perçus in situ, elle révèle des luminosités originales en fonction de la météo du lieu. Ainsi, la photographie est, ici, la trace visible des mises en écho ou en abyme éphémère grâce aux images géantes projetées. En éclairage pérenne, la lumière accentue, souligne, contraste, rythme des colonnes, des poutres, des membrures ou des escaliers. Enfin, l’image photographiée enregistre le mouvement des corps lumineux mobiles : « esconces », flambeaux, feux d’artifices, écritures projetées.
En France, à la fin du siècle dernier, concomitant à l’évolution des techniques en éclairage, de nouveaux intervenants sont apparus en milieu urbain : artistes, sculpteurs ou plasticiens, éclairagistes, concepteurs lumière, scénographes. Leurs approches variées ont créé une sorte de révolution culturelle, esthétique et pratique en lumière architecturale. Cette étude iconographique, limitée par l’usage du noir et blanc, propose ainsi un autre regard sur la lumière à travers quelques réalisations originales.
Figure 1
Accentuation ponctuelle des colonnettes et chapiteaux des maisons gothiques par de petits projecteurs intégrés à l’architecture.
Figure 2
Chaque niveau de l’édifice s’éclaire de manière douce en fondu enchaîné grâce à l’usage de lampe halogène dichroïque gradable.
Cordes, Centre médiéval à 50 km à l’est de Toulouse.
Concepteurs lumière : Pierre et Jean-François Arnaud.
Photographe : Vincent Laganier, juin 2001.
Figure 3
De manière éphémère, des projections d’images géantes donnent à voir les tracés régulateurs de la façade classique.
Château d’Azay le Rideau, « Les Imaginaires », parcours nocturne déambulatoire entre parc et château.
Scénographes du parcours : Christine De Vichet et Philipe Noir.
Concepteur lumière : Vladimir Lyszczynski.
Photographe : Vincent Laganier, août 2000.
Figure 4
Tandis qu’un mur de lumière souligne la stucture de l’édifice de l’extérieur, les membrures de l’escalier mécanique sont accentuées de l’intérieur.
Paris, Centre Pompidou, façade côté Piazza.
Concepteurs lumière : Jacques Rouveyrollis et Roland Jéol.
Photographe : Vincent Laganier, novembre 2002.
Figure 5
Telles des lucioles mesurant 3,5m de diamètre, les oeuvres de lumière sont projetées sur le mur en pierre le long de la rivière.
Grenoble, Quai de l’Isère, « Berge 2000 », opus 3,Lu Shengzhong, artiste chinois.
Concepteur du projet : Philippe Mouillon.
Photographe : Vincent Laganier, août 2002.
Figure 6
Coulures de lumière sur la façade, « Dripping » à la manière de Pollock et grattage lumineux de la toilesont les trois actes de cette oeuvre vidéo.
Lyon, Fête des Lumières, Théâtre des Célestins, « Peinture lumière ».
Réalisateur : Laurent Langlois.
Photographe : Vincent Laganier, décembre 2001.
Figure 7
Mise en abyme de l’architecture du premier étage par des projections d’escaliers, de porches, de faux-éclairages.
Figure 8
Traces des « esconces » – petites lanternes individuelles remises aux visiteurs –, des ombres des arbres du domaine, sur le sol et les murs du rez-de-chaussée.
Figure 9
« Esconce » : réinterprétation moderne d’une lanterne du Moyen Âge de lumière diffuse par laquelle le spectateur devient acteur de sa déambulation.
Château de Chambord, « Les Métamorphoses », parcours nocturne déambulatoire du parc au château.
Scénographes du parcours : Hélène Richard et Jean-Michel Quesne.
Concepteur lumière : Roger Narboni.
Photographe : Vincent Laganier, août 2000.
Figure 10
Par l’usage de projecteur à rai de lumière, contremarches et murs latéraux en pierre sont zébrés de lumière.
Rochefort-en-Terre, Les Chemins Lumineux.
Eclairagiste : Pascal Gougeon.
Photographe : Vincent Laganier, août 2002.
Figure 11
Chandelles romaines « tronc de palmier » verticales alternent avec bombe blanche aux perles précieuses.
Nantes, Ancien chantier naval Dubigeon sur l’Île Sainte-Anne, feu d’artifice du 14 juillet.
Photographe : Vincent Laganier, juillet 1995.
Figure 12
Des mâts spécifiques à éclairage indirect ponctuent la promenade et se fondent dans la trame aléatoire de l’éclairage des bureaux de la Tour Montparnasse en arrière-plan.
Paris, Jardin de l’Atlantique, Gare Montparnasse.
Concepteur lumière : Louis Clair.
Photographe : Vincent Laganier, décembre 1995.
Figure 13
Traces des flambeaux portés par les fidèles en procession sur la colline.
Lyon, Montée de la Cathédrale Saint-Jean à la Basilique de Fourvière, 150e anniversaire de la Fête des Lumières.
Photographe : Vincent Laganier, 8 décembre 2002.
Figure 14
Les poutres principales de l’ouvrage d’art sont accentuées ponctuellement, jouant des reflets dans les eaux de la Saône.
Lyon, Viaduc de la Mulatière.
Concepteur lumière : Alain Guilhot.
Photographe : Vincent Laganier, septembre 1996.
Figure 15
À la tombée de la nuit, la lumière artificielle sculpte l’architecture de cette entrée de ville à la manière d’un plasticien.
Bordeaux, Porte de Bourgogne.
Architecte et concepteur lumière : Sylvie Sieg.
Photographe : Vincent Laganier, septembre 1998.
Figure 16
Jeux de contraste, positif et négatif, entre piliers au rez-de-chaussée et fenêtres serliennes à l’étage.
Paris, Place Stalingrad, Rotonde Claude Nicolas Ledoux.
Concepteur lumière : Louis Clair.
Photographe : Vincent Laganier, avril 1999.
Figure 17
Figure 18
Figure 19
Figure 20
Dissolution de l’architecture des trois façades.
Lyon, Fête des Lumières, Place des Terreaux.
Scénographes : Hélène Richard et Jean-Michel Quesne.
Photographe : Vincent Laganier, décembre 2002.
Parties annexes
Note biographique
Vincent Laganier
Vincent Laganier est architecte éclairagiste, diplômé de l’École d’Architecture de Nantes (1997). Il est conseiller en éclairage urbain au sein du LiDAC Outdoor Europe (Lighting Design and Application Centre), vice-président du centre régional Rhône-Alpes de l’AFE (Association française de l’éclairage) et webmestre du site Internet : www.afera-eclairage.org. Vincent Laganier publie depuis 1997 dans différentes revues : Architecture d’Aujourd’hui, Actualité de la Scénographie, Professional Lighting Design, International Lighting Review, LICHT, Planung-Design-Technick-Handel, LUX (revue de l’éclairage), Talents 44, et donne des conférences en France et à l’étranger. Il fera paraître en 2003 : Lumières architecturales en France 1985-2000, ouvrage rétrospectif sur la pratique de l’éclairage en architecture, qui présentera 70 réalisations d’éclairage extérieur de concepteur lumière et de plasticien (www.as-editions.fr).
Liste des figures
Figure 1
Figure 2
Figure 3
De manière éphémère, des projections d’images géantes donnent à voir les tracés régulateurs de la façade classique.
Château d’Azay le Rideau, « Les Imaginaires », parcours nocturne déambulatoire entre parc et château.
Scénographes du parcours : Christine De Vichet et Philipe Noir.
Concepteur lumière : Vladimir Lyszczynski.
Photographe : Vincent Laganier, août 2000.
Figure 4
Figure 5
Figure 6
Figure 7
Figure 8
Figure 9
« Esconce » : réinterprétation moderne d’une lanterne du Moyen Âge de lumière diffuse par laquelle le spectateur devient acteur de sa déambulation.
Château de Chambord, « Les Métamorphoses », parcours nocturne déambulatoire du parc au château.
Scénographes du parcours : Hélène Richard et Jean-Michel Quesne.
Concepteur lumière : Roger Narboni.
Photographe : Vincent Laganier, août 2000.
Figure 10
Figure 11
Figure 12
Des mâts spécifiques à éclairage indirect ponctuent la promenade et se fondent dans la trame aléatoire de l’éclairage des bureaux de la Tour Montparnasse en arrière-plan.
Paris, Jardin de l’Atlantique, Gare Montparnasse.
Concepteur lumière : Louis Clair.
Photographe : Vincent Laganier, décembre 1995.
Figure 13
Figure 14
Figure 15
Figure 16
Figure 17
Figure 18
Figure 19
Figure 20