Résumés
Mots-clés :
- arts de la marionnette,
- formes animées,
- festival de Casteliers,
- lecture féministe,
- queer
Tu marches sur une petite rue au coeur du quartier Outremont. Tu regardes à nouveau l’adresse au creux de ta main : 30, avenue Saint-Just. Entre la cour et la caserne de pompierères, tu ne vois d’abord rien. Puis un chemin se dessine et une bâtisse rouge se dresse. En 2019, c’est grâce au joyeux brouhaha que tu repères la Maison internationale des arts de la marionnette (MIAM), sur le point d’être inaugurée. Par la suite, plus habitué·e des lieux, tu restes animé·e d’une sorte de jubilation chaque fois que tu les retrouves, au fil des évènements et des transformations. De la petite appréhension de l’entrevue d’embauche à la joie enfantine d’une présentation de saison agrémentée d’épis de maïs frais dévorés en nombre indécent; de l’effervescence créative d’une résidence, les mains dans l’argile, à l’installation des gradins rétractables sur mesure tant attendus; de la patiente attention des bénévoles qui entretiennent les désormais très beaux espaces verts fleurissant ce qui était d’abord un quasi-terrain vague, aux incursions (pas toujours appréciées desdit·es bénévoles) d’une famille de marmottes : la MIAM est désormais un lieu important pour toi et rempli de souvenirs, non seulement en raison des spectacles, aboutis ou en chantier, que tu viens y voir régulièrement, ou des formations de l’Association québécoise des marionnettistes qui y sont données, mais aussi parce que la convivialité et le sens de communauté qui lui sont propres en font un espace singulier dans l’écosystème artistique montréalais. Un espace précieux. En mars 2022, lors de la dix-septième édition du festival de Casteliers, c’est d’abord une odeur de pain frais qui te happe les sens alors que tu arrives à la MIAM pour t’y voir confier tes tâches de bénévole. Cet arôme est la première trace sensorielle que tu rencontres d’une performance invisible qui va se jouer tout au long du festival, inconnue du public, mais qui irrigue en souterrain toute cette édition – une performance tout à fait marionnettique en cela que le travail nécessaire à sa réalisation est d’une discrétion absolue et que celle-ci participe de la puissance affective du résultat. Il s’agit de la focaccia de Denise Babin, fidèle amoureuse de la marionnette qui oeuvre chaque année, avec toustes les autres membres de l’équipe, pour qu’existe le festival. Aussi réservée et bienveillante que son sens de l’organisation et de la logistique est impeccable, Denise se lève aux aurores chaque jour afin de rendre un discret, mais délicieux hommage au Bread and Puppet Theatre, compagnie mise en valeur cette année par le biais du parcours-exposition Marionnettes en vitrines! Le groupe, cofondé en 1963 par Elka et Peter Schumann et basé au Vermont, partage son pain au levain lors des représentations de ses spectacles politiques et autres parades contestataires de marionnettes géantes. Denise s’en inspire et régale ainsi la communauté gravitant autour de la MIAM, qui porte alors bien son nom tant les effluves qui en émanent sont alléchants! Cet engagement à nourrir la communauté, de façon aussi tangible que métaphorique, te semble à l’image du milieu de la marionnette québécois (et au-delà) qui, depuis bien avant la création de la MIAM, se rassemble chaque année autour du festival de Casteliers. Si celui-ci est unique à Montréal dans son envergure – et, à l’exception du Festival international des arts de la marionnette à Saguenay (FIAMS), dans toute la province –, c’est aussi par l’esprit de famille choisie qui s’en dégage. Il offre non seulement un éventail de spectacles locaux et internationaux de marionnette pour adultes et enfants, mais aussi des temps de rencontre, dans une belle horizontalité, entre les artistes émergent·es et celleux dont le parcours …
Parties annexes
Bibliographie
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