Résumés
Mots-clés :
- acteur·trices,
- étudiant·es,
- université,
- études,
- théâtre
Alors qu’à l’université les filières arts du spectacle mention théâtre accueillent chaque année un nombre important d’étudiant·es, la majorité d’entre eux et elles semble vouloir devenir acteur·trice. Cette idée n’est pas corroborée par des chiffres à valeur de statistiques; elle découle d’un constat issu de discussions avec des élèves au cours de deux années d’enseignement en études théâtrales au sein de l’Université Bordeaux Montaigne. Ce constat n’est pas sans ouvrir une porte derrière laquelle s’entremêlent une série d’interrogations. Parmi elles, la première, et la plus évidente à notre sens, concerne les motivations liées à ce choix. Autrement dit, pourquoi se destiner à cette profession? Certes, la question peut être posée à toute personne décidée à embrasser cette carrière à n’importe quel moment de sa vie et selon n’importe quel protocole (universités, écoles privées ou publiques, conservatoires). Pourtant, elle retient particulièrement notre attention dans la mesure où elle s’adresse ici à un public composé (sauf exception) de personnes fraîchement diplômées du baccalauréat et entrant dans ce que nous pourrions appeler « l’âge de la transition », une période au cours de laquelle l’individu est poussé à faire un choix déterminant quant à son orientation professionnelle. Cette période paraît d’autant plus charnière qu’elle est aussi celle où les contours de l’identité personnelle s’affirment à mesure que ceux de l’identité professionnelle commencent à voir le jour. Dès lors, la volonté d’être acteur·trice peut être examinée à la lumière de ce moment qui touche à la construction de soi : cette ambition d’être un·e autre prend-elle un sens particulier à l’âge de la transition? Nul doute que, pour le découvrir, il faudrait accéder à la part invisible et complexe des individus concernés et cheminer dans les souterrains de leur parcours personnel. Si tel n’est pas notre objectif, nous tenterons néanmoins d’apporter des éléments de réponse à travers les témoignages d’étudiant·es s’étant confronté·es à la question plus large : « Pour vous, qu’est-ce qu’être acteur·trice? » Qu’il s’agisse de Benjamin, de Lorène, de Thibault, etc., ces étudiant·es étaient tous et toutes en première année de licence théâtre lorsqu’il·elles se sont prêté·es à cet exercice imposé en début d’année scolaire dans le cadre du cours de méthodologie dont j’étais responsable en 2016, puis en 2017. D’une certaine manière, cette démarche n’est pas sans rappeler celle de Vsevolod Meyerhold qui demandait à chaque nouveau membre de son école-laboratoire, le Studio de la rue Borodine (1913-1917), d’établir une sorte de curriculum vitae où devait être précisée leur « conception du théâtre », si bien que le metteur en scène russe pouvait ainsi cerner leur jeu et « avec justesse, deviner les caprices les plus subtils de l’acteur en train de créer sur l’espace scénique » (Meyerhold, 2001 : 257). Concernant les textes publiés ici, l’idée n’était pas de chercher à mieux connaître les étudiant·es pour mieux les faire jouer, ni même de lire entre les lignes de leur vie, mais bien de tester leur niveau à l’écrit à partir de ce sujet proche d’eux et elles, c’est-à-dire directement en lien avec leur intention d’être acteur·trice, comme il·elles ont pu l’exprimer après un bref tour de table. Et pour ceux et celles qui envisageaient une autre voie, il suffisait d’adapter la question « pour vous, qu’est-ce qu’être… » en y mentionnant le métier qu’il·elles visaient. Notons qu’il·elles n’étaient pas majoritaires, puisqu’il·elles représentaient moins d’un tiers du groupe et disaient vouloir être metteur·e en scène, art-thérapeute, costumier·ère, voire même spectateur·trice, plus atypique ou poétique. Tout en ayant donc la valeur d’une évaluation de la maîtrise de la langue et de l’expression, l’exercice servait également, en retour, à les …
Parties annexes
Bibliographie
- BANU, Georges (1999), « Le début, émergence et stagnation : entretien avec Laurent Fréchuret, Jean-Lambert-Wild, Vincent Goethals, Marcel Bozonnet, Sandrine Charlemagne, Armel Veilhan, Sophie Perez, Pascale Simon, Clyde Chabot, Olivier Besson, Bernard Levy », Alternatives théâtrales, n° 62, p. 14-19.
- CORNALBA, Vincent (2016), « La fonction de l’adversité dans le processus adolescent », Adolescence, vol. 34, n° 2, p. 419-434.
- GUÉNOUN, Denis (2000), Théâtre et universités : rapport pour le ministère de la Culture, Agence Rhône-Alpes de services aux entreprises culturelles (ARSEC), fgimello.free.fr/documents/theatreuniversite%5B1%5D.pdf
- MEYERHOLD, Vsevolod (2001), Écrits sur le théâtre, trad. Béatrice Picon-Vallin, Lausanne, La Cité / L’Âge d’Homme, « Théâtre années 20 », Tome I (« 1891-1917 »).
- VALÉRY, Paul (1957), « Enseignement », dans Oeuvres, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », Tome 1, p. 1436.