FR :
Cet article étudie les pérégrinations et le rapport à l’exil de l’écologiste Pierre Dansereau, l’un des acteurs les plus actifs, mais les moins connus du champ d’études des migrations savantes au Québec. À la fois « retour d’Europe » et « retour d’Amérique », Dansereau possédait tous les atouts et les privilèges pour incarner le chercheur migrant idéal. Son habileté à susciter des appartenances temporaires et non contraignantes allait de pair avec son extraordinaire activité comme passeur scientifique et culturel. Nous montrons que si ceux que l’on nomme les « retours d’Amérique » adoptent une approche plus pragmatique ou carriériste que les « retours d’Europe », certains n’en ont pas moins vécu une expérience renversante sur place et éprouvante à leur retour. Les réenracinements au Québec ont été, de fait, difficiles pour Dansereau après des années passées dans des universités, européennes mais surtout américaines, dont la diversité culturelle et l’envergure scientifique contrastaient avec celles des universités québécoises. La trajectoire de Dansereau, dont l’expérience exilique s’est manifestée en fonction de ses ambitions scientifiques, de ses ancrages institutionnels et de l’évolution sociopolitique du Québec, invite à nuancer la polarité entre les retours « paisibles » d’Amérique et ceux beaucoup plus « tourmentés » d’Europe. Elle éclaire également le cas de ces contemporains qui, au lieu de répondre à l’appel de l’apostolat de la compétence des années 1960, ont vécu la Révolution tranquille à distance.
EN :
This article examines the peregrinations and exile of ecologist Pierre Dansereau, one of the most active but least-known players in the field of scholarly migration studies in Quebec. At once a “retour d’Europe” and a “retour d’Amérique”, Dansereau possessed all the assets and privileges to embody the ideal migrant researcher. His ability to create temporary, non-binding affiliations went hand in hand with his extraordinary activity as a scientific and cultural facilitator. We show that, although the so-called “retours d’Amérique” adopt a more pragmatic or careerist approach than the “retours d’Europe”, some of them have nonetheless had a transformative experience on the spot, and a trying one on their return. For Dansereau, re-establishing roots in Quebec was difficult after years spent in European and, above all, American universities, whose cultural diversity and scientific scope contrasted with those he knew at home. The trajectory of Dansereau, whose exile experience was shaped by his scientific ambitions, his institutional roots and Quebec’s socio-political evolution, invites us to nuance the polarity between the “peaceful” returns from America and the much more “tormented” ones from Europe. It also sheds light on the case of those contemporaries who, instead of answering the call of the apostolate of competence in the 1960s, experienced the Quiet Revolution afar.