Comptes rendus

Groulx, Patrice. François-Xavier Garneau. Poète, historien et patriote. Montréal, Boréal, 2020, 264 p.[Notice]

  • Karim Chahine

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  • Karim Chahine
    Université Laval

Après avoir abordé l’oeuvre de Benjamin Sulte dans un ouvrage publié en 2009, Patrice Groulx, un habitué des enjeux de mémoire et de commémoration, nous livre la biographie d’un autre historien canadien-français. Dans François-Xavier Garneau. Poète, historien et patriote, Groulx s’applique à déterminer qui était l’homme « dans son milieu et avant sa mythification » (p. 16) ainsi qu’à éclairer la genèse de certaines de ses idées. Si l’importance de Garneau dans l’historiographie canadienne-française n’est plus à démontrer, l’auteur souligne qu’une mise à jour globale des connaissances sur lui s’imposait. Pour ce faire, Groulx, suivant une approche chronologique, retrace la vie de Garneau selon deux plans : la vie privée et celle de l’érudit dans la cité. Les trois premiers chapitres abordent les moments formateurs pour le jeune François-Xavier : d’abord, jusqu’à l’âge de seize ans, à l’école mutuelle fondée en 1821 à Québec par Joseph-François Perrault ; puis à l’étude d’Archibald Campbell, auprès de qui il apprend le métier de notaire ; et enfin à Londres, comme secrétaire de l’émissaire de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, Denis-Benjamin Viger. Avec ce dernier, le jeune autodidacte devient plus sensible à la « défense des droits de son peuple » et fait la découverte d’un « culte de la mémoire nationale presque inexistant chez lui auparavant » (p. 57). En côtoyant ces trois hommes et leurs cercles sociaux respectifs, Garneau s’initie à un panorama littéraire qui fonde sa culture personnelle et qui contribue à parfaire sa « culture seconde » (p. 256). Les années suivantes (1833-1839), abordées dans les chapitres 4 et 5, sont décrites par Groulx comme des moments d’incertitude pour Garneau. À son retour d’Europe, il reprend son emploi de notaire un peu à contrecoeur. Ses deux tentatives de lancer un journal se soldent par un échec, faute de souscripteurs. Politiquement, au moment où les 92 résolutions sont adoptées (1834), il est tiraillé entre le radicalisme de certains patriotes et la modération. Parallèlement à ce bouillonnement politique et professionnel, Garneau se marie et fonde une famille. Après l’écriture et la publication de quelques poèmes, Garneau réfléchit à un moyen de « rendre compte de cette situation inédite où un peuple issu d’un autre continent, et encore dans l’enfance, n’a qu’une conscience limitée » (p. 97) de son histoire et de son avenir politique. La publication d’un prospectus lance le projet de son Histoire du Canada. Le chapitre 6 est l’occasion pour l’auteur de clarifier la position politique de Garneau : « Nos institutions, notre langue et nos lois, sous l’égide de l’Angleterre et de la liberté » (p. 102), affirme ce dernier dans une conférence publique. Les chapitres 7, 8 et 9 abordent le travail acharné de Garneau pour publier les deux premières éditions de son Histoire. Après quelques timides réactions positives, l’historien doit affronter un véritable « branle-bas de combat clérical » (p. 119) contre certaines de ses critiques sur l’intervention de l’Église dans les affaires de l’État. L’un des apports de cette biographie est sans contredit la mise au jour de la position de Jacques Viger, homme politique et journaliste, et de Charles-Félix Cazeau, secrétaire de l’archidiocèse de Québec, et de leur travail en coulisse pour nuire à Garneau. Malgré les critiques qu’il encaisse, ses problèmes d’épilepsie, son travail très prenant de greffier au conseil municipal de la Ville de Québec et ses obligations familiales, Garneau persiste : l’historien réussit à se faire un nom. En témoignent son implication dans la commémoration des « Braves » de la bataille de Sainte-Foy en 1854 ainsi que la publication d’un abrégé de son Histoire du Canada en …