Comptes rendus

Guyot, Julie, Les Insoumis de l’empire. Le refus de la domination au Bas-Canada et en Irlande, 1790-1840 (Sillery, Septentrion, 2016), 227 p.[Notice]

  • André Poulin

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  • André Poulin
    Université de Sherbrooke

Depuis quelques années, nous assistons à un intérêt marqué en histoire pour les études comparatives entre l’Irlande et le Québec. La publication de colloques, de monographies, d’ouvrages collectifs et d’articles de revues démontre la vitalité de ce champ de recherche. En effet, les similitudes entre l’Irlande et le Québec, deux sociétés majoritairement catholiques, sous domination coloniale britannique et assujetties à une minorité protestante qui contrôle l’économie et tient les rênes du pouvoir, s’avèrent un terreau fertile, mais encore sous-exploité, pour des études comparatives. Les Insoumis de l’Empire de Julie Guyot s’inscrit dans ce courant. Cet ouvrage propose une étude comparative du discours public de Theobald Wolfe Tone et de Louis-Joseph Papineau portant sur « la dépendance à l’Angleterre et la démocratisation constitutionnelle et parlementaire ». Pour Guyot, bien que les deux tribuns aient été actifs durant des périodes historiques différentes, la dernière décennie du XVIIIe siècle, pour Tone, et les premières décennies du XIXe siècle, pour Papineau, l’étude comparative de leurs discours politiques demeure pertinente puisque l’on peut y déceler une évolution similaire. Tone et Papineau « partisans d’une application autonomiste d’une constitution britannique […] éprouvent ensuite les limites du possible dans l’ordre établi par ces constitutions, puis croient nécessaire de sortir de cet ordre constitutionnel par l’indépendance ». Cette marche vers l’indépendance prend deux chemins toutefois. Si Tone est partisan de la révolution et de la lutte armée, Papineau, lui, préconise l’approche graduelle et réformiste. Guyot divise son étude en quatre chapitres. Le premier est consacré à Wolfe Tone et à l’Irlande de la fin du XVIIIe siècle. Le second présente Papineau et un aperçu du Bas-Canda d’avant 1837. Dans le troisième chapitre, l’auteure analyse le discours public de Tone et de Papineau portant sur la dépendance de leur nation envers la Grande-Bretagne. Finalement, le dernier chapitre traite de la constitution dans le discours de ces deux « insoumis ». Dès la lecture du premier chapitre, nous pouvons déjà entrevoir l’intérêt de cet ouvrage, mais aussi ses limites. Nous pouvons remercier Guyot de présenter à un lectorat québécois le père du républicanisme irlandais. Theobald Wolfe Tone, fils d’un protestant et d’une mère catholique convertie au protestantisme, membre fondateur des Irlandais Unis, épousa les idées de la Révolution française au début des années 1790. L’entrée en guerre de la Grande-Bretagne contre la France révolutionnaire forcera Tone à l’exil. Aux États-Unis, puis en France, il consacra le reste de sa vie à la réalisation de la révolution en Irlande. En France, il réussit à convaincre le gouvernement révolutionnaire de participer à cette aventure. En 1796, une première tentative se solda par un échec. L’expédition française ne put accoster sur les côtes irlandaises en raison du mauvais temps. Deux ans plus tard, une rébellion généralisée orchestrée par les Irlandais unis secoua l’Irlande. Cette fois-ci, la flotte française arriva à destination. Malheureusement, débarquée quelques mois après que la rébellion fut mâtée par les forces coloniales, l’armée révolutionnaire ne put changer le cours des choses. Membre de l’équipage français, Tone fut arrêté et condamné à mort. L’échec de la rébellion eut de lourdes conséquences pour l’Irlande. Le gouvernement britannique abolit le parlement irlandais et imposa l’Acte d’Union entre l’Irlande et la Grande-Bretagne en 1801. En se concentrant uniquement sur les discours de Tone qui portent sur le lien de dépendance et la démocratisation de la constitution, Guyot présente un portrait parcellaire du tribun irlandais. En effet, si ces questions politiques préoccupaient l’élite de la société irlandaise, parce qu’elles touchaient à ses privilèges, elles ne mobilisaient pas la majorité de la population catholique. Alors que les parlementaires irlandais, exclusivement protestants, s’affrontaient sur …