Résumés
Résumé
En 1832, dans Le curé de Tours, Balzac augmente la série de ses sciences favorites : à la physiognomonie, à la phrénologie, mais aussi aux plus personnelles vestignomonie et élégantologie, s’ajoute la cognomologie. Si la conformation externe du visage ou crâne conditionne les instincts et facultés, la forme graphique et phonique du nom propre déterminerait le caractère de l’individu qu’il désigne. Le paradigme indiciaire mis en place par les sciences de Lavater et Gall s’étend donc dans La comédie humaine aux noms propres. La cognomologie, discipline désignée par un néologisme et précurseur de l’onomastique, participe de l’observation méthodique du réel et plus précisément des personnages. La mobilisation simultanée dans certains portraits d’indices physiques et onomastiques sert alors des desseins narratifs, esthétiques et épistémologiques. Le nom de certains personnages (Gobseck et Z. Marcas par exemple) ne doit cependant être réduit au statut de simple indice : talisman occulte, le nom peut, chez Balzac, donner accès au plus secret de l’individu. Le statut de la cognomologie balzacienne, ou plus généralement de la réflexion de l’auteur sur les noms, est donc à préciser. Légitimée par son lien avec la physiognomonie et la phrénologie, elle relève néanmoins de l’intuition démiurgique et place les noms propres au coeur d’une réflexion plus générale sur la création littéraire.
Abstract
In Le curé de Tours (1832), Balzac adds a new item to his list of favourite sciences: cognomologie joins physiognomy, phrenology and the two sciences he has already invented, vestignomonie and élégantologie. If the shape of the face or the bumps of the skull can determine an individual’s psychological attributes, so can the shape and the sound of their name. In La comédie humaine, the evidential paradigm based on clues and based on Lavater and Gall’s sciences is extended to names. Cognomologie becomes yet another means of methodically observing society and, more specifically, the characters of a novel. Balzac’s frequent combinations of physical and onomastic clues in his portraits serve narrative, aesthetic and epistemological purposes. But some characters’ names (Gobseck and Z. Marcas, for example) cannot be reduced to mere clues: for Balzac, the name is also endowed with talismanic powers, giving access to the character’s secret nature. Even though cognomologie is ranked as a science alongside physiognomy and phrenology, it is also a crucial resource in Balzac’s creative process.