Résumés
Résumé
Le titre des Tragiques d’Agrippa d’Aubigné définit moins un genre que la tension générique du poème entre différents repères (théâtre, histoire tragique) : un éclatement du discours, une recherche de l’excès et de la violence, pour prendre de front les poétiques apaisées, civiles et régulières du temps de l’Édit de Nantes. Le poème est ainsi solidaire de l’argumentaire politique et historique que construisent l’Histoire universelle et les Écrits politiques : la violence poétique refuse la pacification que la pensée politique prétend démasquer. De là l’importance de l’inspiration tragique : même si les références précises au théâtre sont rares à l’exception d’un emprunt capital au Jephte sive votum de Buchanan, la volonté de choquer et de faire surgir l’horreur inspire l’invocation à Melpomène au début de Miseres, et inscrit tout le poème sous le signe du chaos, du thrène funèbre, de l’« hymne discordant des Érinyes » (Les sept contre Thèbes), où Nicole Loraux a reconnu l’inspiration anti-apollinienne des Tragiques grecs.
Abstract
The title of Agrippa d’Aubigné’s Tragiques defines less a genre than the generic tension of the poem amid various themes (theatre, tragic history): a burst of discourse, an inquiry into excess and violence, confronting the assuaged, civil and regular poetics at the time of the Edict of Nantes. The poem affirms the political and historical argumentation developed in Histoire universelle and Écrits politiques: poetic violence rejects the pacification that political thought claims to uphold. Hence the importance of tragic inspiration: while there is scant theatrical reference, except for a major borrowing from Buchanan’s Jephthes sive votum, the will to shock and arouse horror inspires the invocation to Melpomene as the Miseres opens, thereby infusing the poem with chaos, a funeral chant, Erinyes’s discordant hymn (Les sept contre Thèbes), in which Nicole Loraux perceived the anti-Apollinarian inspiration of Greek Tragedy.