Comptes rendus : Régionalisme et régions - Moyen-Orient

Pratt, Nicola, Democracy & Authoritarianism in the Arab World, Boulder, co, Lynne Rienner, 2007, 236 p.[Notice]

  • Simon Petermann

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  • Simon Petermann
    Département de science politique
    Université de Liège, Belgique

L’ouvrage de Nicola Pratt arrive au bon moment pour permettre de comprendre les évolutions dans le monde arabe. Développé à partir de sa thèse de doctorat consacrée au potentiel démocratique en Égypte, l’auteur nous livre ici une analyse comparative approfondie des différents régimes politiques existant dans le monde arabe (Égypte, Algérie, Tunisie, Irak, etc.). Il se base, pour ce faire, sur un certain nombre de théoriciens de l’autoritarisme (Linz, etc.). Son premier chapitre est d’ailleurs consacré à dresser le cadre conceptuel de son livre. Il y prête une attention particulière au rôle de la société civile dans les pays arabes. Celle-ci est plus ou moins active selon les régimes étudiés et elle constitue parfois une alternative démocratique potentielle. Le deuxième chapitre est consacré à la période s’étendant de la Première Guerre mondiale aux années 1960. L’auteur caractérise cette période comme étant la phase initiale de construction et de normalisation de l’autoritarisme. En effet, c’est pendant cette période que des mouvements nationalistes vont surgir et s’activer pour lutter contre le colonialisme européen et que les premiers États modernes vont se construire, après les indépendances parfois durement acquises. L’auteur nous montre bien comment le nationalisme arabe, qui prend surtout son essor après la crise de Suez en 1956, va acquérir une immense popularité et déstabiliser les vieilles élites liées à la période coloniale. De fait, de nouvelles hiérarchies sociales et politiques vont apparaître dans le cadre de la construction de l’État nation. À l’époque, la société civile tombera rapidement sous le contrôle de ces nouvelles élites et cette prise de contrôle contribuera à consolider les régimes autoritaires. Le troisième chapitre s’attache à analyser les développements dans le monde arabe depuis les années 1960. Pendant cette période, les crises et les changements de régime vont se succéder. Des mouvements d’opposition vont apparaître qui vont remettre en question la capacité des dirigeants à conduire la modernisation sur le plan national. C’est surtout après la défaite des armées arabes en juin 1967 que le panarabisme d’abord, et la rhétorique nationale socialiste ensuite, seront remises en question. C’est à partir de là, en effet, que l’on va voir les régimes arabes se tourner vers le capital privé, national et étranger, en vue de mener la modernisation indispensable à la consolidation de l’État-nation et de leurs propres privilèges. Cette phase est caractérisée par l’introduction de l’infitah (littéralement la politique de la porte ouverte) dans la sphère politique comme dans la sphère économique. C’est l’époque où certains régimes renversent les alliances, se tournent vers les États-Unis (c’est le cas de l’Égypte du président Sadate) et introduisent sous des formes variées une dose relative de libéralisme politique dans le fonctionnement des institutions. Dans le même temps, des mouvements de protestation se développeront dans les mondes étudiant et ouvrier et l’on assiste à l’émergence de mouvements islamistes qui cherchent à récupérer la protestation sociale. Nicola Pratt montre bien que les élites en place parviennent alors à récupérer ces mouvements qui vont, paradoxalement, contribuer à consolider les pouvoirs en place. Le quatrième chapitre permet de percevoir très clairement comment les élites en place vont gérer la situation à leur profit au moment où la situation économique se dégrade. Tout en cherchant à maintenir le cap de la libéralisation économique indispensable à la modernisation de leur pays, les leaders en place vont chercher à décompresser, c’est-à-dire à canaliser le mouvement de protestation et à contrôler la société civile. Dans un certain nombre de cas, l’auteur nous montre que la répression a été inopérante et n’a fait qu’exacerber les tensions. Le cinquième chapitre revient sur les conséquences de l’échec de ces …