Notes de lecture

CASELLI, Graziella, Jacques VALLIN et Guillaume WUNSCH, dir. 2002. Les déterminants de la fécondité. II. Démographie : analyse et synthèse. Éditions de l’Institut national d’études démographiques.[Notice]

  • Évelyne Lapierre-Adamcyk

…plus d’informations

  • Évelyne Lapierre-Adamcyk
    Centre interuniversitaire d’études démographiques
    Département de démographie, Université de Montréal

La première partie est consacrée au principal déterminant de la fécondité : la formation du couple. Le chapitre 25 (les chapitres sont numérotés par rapport à l’ensemble du traité), rédigé par P. Festy, rappelle avec une grande clarté la méthodologie pertinente pour mesurer sans biais la formation et la dissolution des unions, en insistant sur la nécessité de tenir compte de l’enchaînement des événements les uns par rapport aux autres pour bien en saisir la fréquence et le calendrier, que le point de vue soit longitudinal ou transversal. Le lien entre nuptialité et fécondité n’est abordé que brièvement, pour faire ressortir que cette relation s’est considérablement affaiblie dans le monde occidental. Enfin, l’auteur constate aussi que la démographie semble pour l’instant avoir renoncé à une étude de la nuptialité qui rechercherait un indice unique prenant en compte simultanément les effectifs masculins et féminins en présence. Les exemples retenus sont européens. Les deux chapitres suivants portent sur la polygamie en Afrique. Rédigés par P. Antoine, ils abordent d’abord une question méthodologique fondamentale en plaçant la question de l’état matrimonial observé à un moment donné en opposition avec les différents statuts qui marquent le cycle de vie de l’individu (chapitre 26). Seule une approche qui tient compte de ce cycle peut témoigner de la complexité et de la diversité des cheminements individuels, et cette réalité est amplifiée dans les sociétés où, non seulement le divorce existe, mais la polygamie — plutôt la polygynie — est acceptée et fréquente. L’auteur insiste sur la nécessité de recueillir des données biographiques et de les analyser avec les méthodes appropriées qui permettent de neutraliser l’effet des troncatures. Il suggère aussi le recours à l’analyse des transitions (modèle de Cox), qui introduit la durée dans l’analyse de régression. Dans le chapitre 27, l’auteur s’attaque à la complexité de la nuptialité africaine en analysant le lien entre l’âge au mariage, l’écart d’âge entre conjoints et l’importance de la polygamie. Insistant sur les embûches que pose la définition même du mariage, P. Antoine met en évidence l’augmentation de l’âge au mariage chez les femmes et identifie dans la littérature de nombreux facteurs qui y sont sous-jacents, dont l’urbanisation et ses corollaires, la scolarisation de plus en plus fréquente, l’activité dans le secteur moderne, l’adoption de nouvelles conceptions des relations amoureuses avant le mariage ainsi que de nouvelles règles juridiques qui attribuent de nouveaux droits aux femmes; par contre, chez les hommes, seules les difficultés matérielles semblent influencer les changements dans l’âge au premier mariage. L’augmentation de l’âge au mariage chez les femmes et chez les hommes a contribué à maintenir l’écart d’âge important entre les conjoints africains; cet écart, combiné à une pyramide des âges à base large, fournit les conditions démographiques nécessaires au maintien de la polygamie. Cette caractéristique du système matrimonial présente de fortes variations, mais les zones de forte polygamie sont centrées sur l’Afrique de l’Ouest; la polygamie est aussi plus fréquente en milieu rural qu’en milieu urbain (attention : les légendes désignant les zones urbaines et rurales ont été inversées dans les figures 3 et 4); par ailleurs, la vie en milieu urbain ne semble pas avoir atténué la prévalence de la polygamie. La section 4 de ce chapitre, intitulée « La perception démographique de la polygamie », est particulièrement intéressante et éclairante par la présentation détaillée et raffinée de la dynamique de ce phénomène très contrasté entre les hommes et les femmes : « si tout homme polygame a d’abord été monogame, une femme peut passer directement du célibat à la polygamie en épousant un homme déjà marié » (p. 92). L’auteur explore de …

Parties annexes