Note liminaire

Périphéries du XXIe siècle[Notice]

  • Marc-Urbain Proulx et
  • Marie-Claude Prémont

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Si les années 1950-1960 correspondent à une période faste de connaissances nouvelles en analyse spatiale (Benko, 1998 ; Claval, 2006), les périphéries de la planète sont maintenant négligées. Certes les prospecteurs, extracteurs et courtiers sont toujours actifs dans ces contrées qui font face par ailleurs à divers facteurs de changement. Mais les analystes de l’espace braquent largement leurs projecteurs sur le phénomène urbain, soit les centres-villes et leurs aires de rayonnement continues qui s’étalent allégrement désormais dans les franges (Batty, 2013). Au sein de ces larges entités urbaines, multiformes et aux limites souvent floues, l’analyse scientifique cible particulièrement des zones spécialisées, des technopoles, des milieux innovateurs et autres écosystèmes locaux de soutien à l’innovation (Moulaert et Sekia, 2003). Au-delà de ces métropoles diffuses, métapoles (Ascher, 2001) ou global city-regions (Scott, 2012), l’espace périphérique semble moins intéressant pour la recherche. Pourtant, les périphéries offrent un terrain de grande pertinence scientifique et sociale pour les analystes, en pointant des enjeux anciens et nouveaux qui demeurent encore trop ombragés. Avec leurs réserves de matières premières diverses et dispersées à travers d’immenses superficies, elles constituent la source principale d’alimentation du tandem industrialisation-urbanisation qui, depuis plus de deux siècles, améliore la qualité de vie générale des citoyens tout en consommant beaucoup de ressources. Hospitalières et généreuses, les périphéries sont ainsi envahies de toutes parts par des intérêts extérieurs friands de rentes. Structurellement, les villes dépendent des munificentes périphéries mises sous tutelle pour les spolier, presque aveuglément. Cela est déplorable puisque les périphéries sont nécessaires à l’équilibre écologique de la planète, ne serait-ce que sous les angles du renouvellement de l’oxygène, de la préservation de la diversité écologique, de la production d’énergie renouvelable, du défi climatique à relever et de la fourniture de minerais aux générations futures. Ces zones lointaines bien dotées sont aussi habitées, souvent par de très anciens peuples. La problématique culturelle s’y révèle variée. Innus, Chachapoyas, Pygmées, Nahuas et autres Papous possèdent tous leurs particularités en matière d’occupation territoriale. Bref, la réalité des territoires qui composent la périphérie planétaire illustre des situations environnementales, sociales, économiques, culturelles et institutionnelles complexes. Sur la base du corpus de connaissances acquises dans le passé, nous avançons qu’il est temps de rediriger les projecteurs vers l’espace non métropolitain. Ce numéro thématique s’inscrit dans cet esprit de renouvellement. Il propose une série de textes sélectionnés pour leur apport scientifique original. Ceux-ci éclairent des composantes autant classiques (attractivité, accessibilité, domination, intégration, etc.) que nouvelles (cohabitation culturelle, droits de propriété, migrations, attraits, institutions, entrepreneuriat, appropriation, etc.). À travers les apports divers, notre compréhension des périphéries s’avère enrichie, même si d’importantes questions ouvertes demeurent toujours sans réponses satisfaisantes. En substance, ce numéro permet de constater que les enjeux des périphéries sont nombreux et importants, alimentés par des pressions diverses issues de grandes forces naturelles, culturelles et structurelles en évolution. Du point de vue des centres urbains, les périphéries ont toujours été considérées comme des réservoirs de ressources naturelles à prélever pour satisfaire leurs besoins en matières premières (produits agricoles, bois, eau douce, minerais, énergies fossiles). Ce type d’intégration dans le giron urbain conduit souvent à l’épuisement des bassins et gisements et, inéluctablement, au délaissement de lieux d’extraction jadis prospères (Reynaud, 1981). Or, la durabilité des bassins et gisements face à la forte demande contemporaine causée par l’universalisation des critères occidentaux du développement humain est largement questionnée depuis quelques décennies (Meadows et Meadows, 1972), sans que ne s’affirme encore une vision globale partagée de l’avenir souhaitable des périphéries. Selon le Groupe international d’experts sur les ressources de l’ONU, mandaté par l’OCDE (2018) sous la présidence d’Isabella Teixeira et Janez Potocnik, l’extraction de ressources …

Parties annexes