Abstracts
Résumé
Cette revue systématique de la littérature montre que des similitudes et des divergences émergent entre les entrepreneurs, qu’ils soient en situation de handicap ou non. Premièrement, certaines raisons d’entreprendre, et facteurs inhérents à la création et au développement d’entreprise, sont communes à tout entrepreneur selon différents degrés d’intensité. Deuxièmement, le handicap et les besoins qu’il crée peuvent être effectivement des facteurs de motivation pour entreprendre, même si un certain soutien ou support est nécessaire aux différents stades du processus entrepreneurial afin de faciliter le passage à l’acte. Des recommandations et des pistes de recherche sont explorées en conclusion.
Mots-clés :
- entrepreneur,
- handicap,
- barrière,
- social,
- capital,
- intention entrepreneuriale
Abstract
This systematic literature review shows that similarities and divergences emerge between entrepreneurs, whether they are disabled or not. First, some reasons leading to entrepreneurship, as well as factors inherent to business creation and development, are common to all entrepreneurs to varying degrees of intensity. Secondly, disability and the needs it creates can indeed be motivating factors for entrepreneurship, even if some support is needed at different stages of the entrepreneurial process in order to facilitate the transition to action. Recommendations and avenues of research are explored in the conclusion.
Keywords:
- entrepreneur,
- disability,
- barrier,
- social,
- capital,
- entrepreneurial intention
Resumen
Esta revisión sistemática de la literatura muestra que surgen similitudes y divergencias entre los empresarios, sean o no discapacitados. En primer lugar, algunas de las razones que conducen al espíritu empresarial, así como los factores inherentes a la creación y el desarrollo de empresas, son comunes a todos los empresarios en distintos grados de intensidad. En segundo lugar, la discapacidad y las necesidades que genera pueden ser, de hecho, factores motivadores del espíritu empresarial, aunque se necesite cierto apoyo en las distintas fases del proceso empresarial para facilitar la transición a la acción. En la conclusión se exploran recomendaciones y vías de investigación.
Palabras clave:
- emprendedor,
- discapacidad,
- barrera,
- social,
- capital,
- intención emprendedora
Article body
Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT, 2016)[1], 15 % de la population mondiale, dont près de 80 % sont en âge de travailler, vivent avec un handicap. Dans cette étude, nous nous basons sur la définition de l’OMS (2011, p.4)[2] selon laquelle le handicap est un « terme générique pour les déficiences, les limitations d’activité et les restrictions de participation, se référant aux aspects négatifs de l’interaction entre un individu (avec un problème de santé) et les facteurs contextuels de cet individu (facteurs environnementaux et personnels) ». Le handicap peut prendre plusieurs formes : cécité et déficience visuelle, surdité et perte d’audition, handicap moteur, déficience intellectuelle et mentale ou encore troubles envahissants du développement et autisme. Le handicap constitue donc un facteur impactant la vie professionnelle des personnes, qui seront dénommées par la suite personnes en situation de handicap (PSH). Même s’il existe peu de données disponibles à l’échelle mondiale permettant de comparer de manière fiable le taux d’emploi des PSH entre plusieurs pays, plusieurs études suggèrent que la situation de l’emploi de ces personnes est caractérisée par un taux d’inactivité et un taux de chômage plus élevés que ceux de la population dans son ensemble (OIT, 2016). Par ailleurs, les PSH occupent souvent des emplois peu qualifiés. Cette situation résulte du manque de compétences de la PSH, généralement moins qualifiée que l’ensemble des demandeurs d’emploi, et d’une arrivée plus tardive sur le marché du travail (Renko et al., 2016).
De plus, une grande partie de cette population se trouve exclue des activités sociales, culturelles économiques ou politiques (OMS, 2018)[3]. Dans ce contexte, de nombreuses PSH se sont lancés dans l’aventure entrepreneuriale pour se soustraire aux discriminations au travail liées au handicap, échapper à la pauvreté, ou être inclus socialement et économiquement (Renko et al., 2016). Ainsi, les entreprises fondées par des ESH peuvent générer des emplois pour d’autres PSH au fur et à mesure de leur croissance créant ainsi un cercle vertueux. Ils sont 75 000 en France en 2021 qui créent 2 000 nouvelles entreprises par an, dont 75 % dépassent le cap des 3 ans[4]. Dans ce contexte, l’entrepreneuriat apparaît souvent comme un objet de politique économique pour résoudre les problèmes de chômage et favoriser l’insertion des PSH. Mais comme le soulignent Mota et al. (2020), notre compréhension actuelle des phénomènes entrepreneuriaux pour les groupes sociaux défavorisés comme les PSH laisse beaucoup à désirer. Il est donc nécessaire d’examiner théoriquement et empiriquement l’handipreneuriat défini comme l’entrepreneuriat des PSH (Nga Nkouma Tsanga, 2020).
Bien qu’il existe diverses raisons pour devenir entrepreneur, un grand nombre d’études ont classé les entrepreneurs en deux catégories en fonction de leur motivation : les entrepreneurs motivés par l’opportunité et les entrepreneurs motivés par la nécessité (Raynolds et al., 2001; Mazra et al., 2019). Les concepts d’entrepreneuriat d’opportunité et de nécessité ont été introduits pour la première fois par Raynolds et al. (2001) dans le cadre du programme de recherche Global Entrepreneurship Monitor (GEM). Selon ces auteurs, les entrepreneurs d’opportunité saisissent une opportunité commerciale par intérêt personnel, souvent en même temps qu’ils occupent un emploi régulier, tandis que les entrepreneurs de nécessité créent une entreprise parce que c’est la meilleure option disponible pour avoir un emploi, mais pas nécessairement la préférée.
Cette classification du comportement de l’entrepreneur en termes d’opportunité et de nécessité découle implicitement de travaux antérieurs sur les concepts d’attraction (pull) et de répulsion (push). En substance, l’approche push (Raynolds et al., 2001) correspond à l’entrepreneuriat par nécessité avec deux causes sous-jacentes : d’une part économique (le fait de ne pas avoir d’emploi) et, d’autre part, non-économique (l’insatisfaction professionnelle). L’approche pull correspond à l’entrepreneuriat par opportunité comportant également deux volets : d’une part économique (la réussite financière) et, d’autre part, non-économique (le désir d’indépendance, la reconnaissance, et l’épanouissement personnel). Dans ce cadre, les dimensions « pull » et « push » peuvent caractériser l’entrepreneuriat et, par ricochet, l’handipreneuriat.
La littérature a tout d’abord considéré que l’entrepreneuriat par des PSH est principalement un entrepreneuriat par nécessité en raison des discriminations au travail liées à leur handicap engendrant leur insatisfaction au travail ou le chômage (Renko et al., 2016; Renouf, 2022). Même si l’entrepreneuriat est souvent subi par ces individus, Angulo-Guerrero et al. (2017) soulignent qu’ils peuvent aussi détecter et s’engouffrer dans des opportunités entrepreneuriales comme tout à chacun.
Un thème central dans la littérature entrepreneurial porte sur les motivations et les caractéristiques socio-économiques des entrepreneurs aboutissant in fine à des typologies d’entrepreneurs (Marchesnay, 2016). En examinant comment les entrepreneurs sont similaires ou diffèrent de la population générale, ce courant de littérature vise à identifier des caractéristiques types des entrepreneurs. Selon cette approche, l’élaboration de typologie par l’analyse de la motivation des entrepreneurs, de leur comportement, et de leurs interrelations avec les sujets et les objets pertinents de leurs activités entrepreneuriales permet d’apporter des éléments de compréhension au succès (ou à l’échec) des phénomènes entrepreneuriaux.
Malgré ses détracteurs, cette approche typologique continue de mobiliser les chercheurs, compte tenu de ses implications pratiques (Branchet et al., 2017). En particulier, elle s’est avérée utile pour étudier les minorités sociales telles que les femmes (par ex. Sullivan et Meek, 2012), les séniors (Maâlaoui et al., 2013) ou les réfugiés (de la Chaux et Haugh, 2020), mais cette approche reste sous-explorée pour les PSH (Nga Nkouma Tsanga, 2020). L’entrepreneuriat s’incarne ainsi dans la variété des profils des femmes et des hommes, de leurs parcours, situations, et ressources (Fayolle, Le Loarne-Lemaire et Maâlaoui, 2014). Comment des individus différents par l’âge, le sexe, l’origine sociale ou ethnique, la culture, la formation et le métier travaillent ensemble en vue d’un objectif commun relèvent par ailleurs des problématiques de gestion (Chanlat et al., 2013). La diversité inhérente à ces différences est fondée sur une vision de l’égalité de traitement et des chances. Les différences doivent être considérées comme un atout et ne doivent pas devenir un facteur d’exclusion (Marbot et Nivet, 2013).
Selon Maâlaoui et al. (2020), l’existence du concept d’entrepreneurs défavorisés (dont la cause est aussi diverse que l’identité nationale, le handicap, l’orientation sexuelle, l’âge, la religion ou l’affiliation politique) souligne l’inégalité des individus. De plus, tous les entrepreneurs défavorisés ne le sont pas également. Ils diffèrent en fonction des contextes, et incorporent un large éventail d’individus et de groupes qui varient en fonction de leurs attributs et de leurs circonstances socio-démographiques. La littérature a également montré que ces entrepreneurs peuvent être catégorisés sur la base des défis spécifiques qu’ils rencontrent, à savoir les défis physiques, émotionnels, cognitifs, socio-culturels, et économiques (Miller et Breton-Miller, 2017).
Cet article s’intéresse à une catégorie particulière d’entrepreneurs défavorisés : les entrepreneurs en situation de handicap (ESH). Il est donc crucial de comprendre les sources et les conséquences du handicap dans le processus entrepreneurial, qui relèvent pour l’instant de travaux morcelés, pour mieux les aider et les accompagner (Maâlaoui et al., 2020; Powers et al., 2021). Ainsi, nous nous interrogeons sur le profil de ces entrepreneurs et les défis particuliers qu’ils doivent relever comme le suggèrent Miller et Breton-Miller (2017). Plus globalement, notre problématique est comment l’expérience entrepreneuriale des ESH peut-elle être mise en perspective avec celles des entrepreneurs valides, et contribuer plus largement à la recherche en entrepreneuriat ?
Afin de répondre à cette question, cet article fait appel à une revue systématique de la littérature sur les ESH. Tout d’abord, nous limitons les théories et concepts sous-jacents à la littérature sur l’ESH. Puis, la méthode de sélection et d’analyse des articles scientifiques est exposée. Par la suite, les résultats de ces recherches sont catégorisés en fonction des particularités de l’ESH, en particulier pour les défis à relever, puis ils sont mis en perspective avec ceux des entrepreneurs valides. Enfin, la question de l’entrepreneur est considérée au sens large, et des pistes originales de recherche sont proposées.
Revue de la littérature de la motivation entrepreneuriale
Introduction des théories pull/push
En substance, la motivation entrepreneuriale a été examinée sous différents angles. À titre d’exemple, Carsrud et Brännback (2011) mettent en exergue les études d’essence économiques ou psychologiques. Les motivations entrepreneuriales peuvent également être classées en fonction de deux groupes (Shane et al., 2003) : d’une part, les théories générales qui s’intéressent aux besoins d’accomplissement, de contrôle, à la vision, au désir d’indépendance et à la passion de l’entrepreneur et, d’autre part, les théories associées à la fixation d’objectifs ou au sentiment d’auto-efficacité.
Privilégiant une vision économique, un pan de la littérature entrepreneuriale considère que la décision d’entreprendre résulte d’un calcul économique avec pour objectif la maximisation du résultat dans lequel l’individu choisit la solution la plus rentable (Mazra et al., 2019).
Comme nous l’avons mentionné dans l’introduction, la littérature sur la motivation entrepreneuriale a mis en exergue les motivations push et pull (Kirkwood et Campbell-Hunt, 2010). Selon cette approche, un individu se tourne vers l’entrepreneuriat si cela lui permet un meilleur rendement économique, en raison soit d’un manque d’emploi (push) ou soit d’une espérance de gain (pull). Fondamentalement, cette approche permet un distinguo entre les entrepreneurs « par nécessité » ou « par opportunité », même si les analyses basées sur cette distinction sont parfois difficiles à interpréter car certains facteurs comme le désir d’indépendance ou l’épanouissement par le travail peuvent attirer ou pousser les personnes à devenir entrepreneur (Laine et Kibler, 2020). À l’instar de Angulo-Guerrero et al. (2017), on peut considérer que les PSH se lancent dans l’entrepreneuriat en raison d’une opportunité de marché ou par nécessité.
Théorie du pull : entre opportunité et indépendance
Selon la théorie du pull, l’entrepreneuriat est considéré comme le résultat d’une culture entrepreneuriale motivée par une recherche d’indépendance et d’autonomie, d’être son propre patron, ainsi que le fait d’exploiter une opportunité d’affaires (Kirkwood et Walton, 2010).
Selon Shane et al. (2003), le fait de reconnaître et détecter une opportunité d’affaires est un trait fondamental de l’entrepreneur. Face à cette opportunité, l’entrepreneur peut chercher à revendre cette idée à une firme, ou l’exploiter via la création d’une entreprise nouvelle. Cette décision de commencer une activité indépendante dépend d’un calcul économique intégrant la nature de l’opportunité mais également de sa perception de ses capacités à en tirer profit et notamment de son optimisme.
Les deux dimensions désirs d’indépendance et d’autonomie sont considérées comme des valeurs positives qui amènent les individus à se lancer dans l’entrepreneuriat dans la mesure où leur choix est individuel et volontaire (Kirkwood et Campbell-Hunt, 2010). Dans cette perspective, le travail entrepreneurial conduit à l’épanouissement de la personne par le travail (Laine et Kibler, 2020) qu’elle soit sa condition.
Théorie du push : entre nécessité économique et insatisfaction au travail
La nécessité (c.-à-d. l’absence d’une possibilité d’emploi, le chômage prolongé ou le manque d’employabilité) et l’insatisfaction (dans son travail) constituent les deux piliers de l’approche push. Mazra et al. (2019), parmi d’autres, font valoir que la nécessité économique, le contexte, l’impossibilité de trouver un emploi satisfaisant et le chômage représentent les principales motivations push.
Les entrepreneurs en situation de push sont souvent assimilés à des individus rejetés ou en marge de la société qui cherchent à prouver leur valeur via la création d’entreprise. En effet, les facteurs push sont souvent marqués par des connotations négatives en raison des motivations de nécessité (Kirkwood et Campbell-Hunt, 2010). Les PSH peuvent également être poussés ou attirés vers l’entrepreneuriat pour résoudre des problèmes d’insatisfaction au travail, ou surmonter des options de carrière limitées. Selon Logan (2009), les dyslexiques perçoivent que l’entrepreneuriat leur offre plus de flexibilité et de contrôle sur leur travail qu’un emploi salarié, ce qui explique que leur proportion est plus importante chez les entrepreneurs que dans le reste de la population aux Etats-Unis et en Angleterre.
Même si elle est discutable, la dissociation de ces deux formes d’entrepreneuriat push et pull est importante car l’entrepreneuriat d’opportunité (pull) est généralement considéré comme étant de meilleure qualité et est plus clairement lié au développement économique d’un pays (Mazra et al., 2019). La compréhension des facteurs écosystémiques qui affectent chaque forme d’entrepreneuriat est donc cruciale pour développer des politiques publiques efficaces, et aider plus particulièrement des groupes sociaux défavorisés qui sont poussés vers l’entrepreneuriat par nécessité.
Les autres concepts explicatifs sous-jacents
En plus de ces deux théories push et pull, la littérature en entrepreneuriat s’appuie sur de nombreux concepts liés aux caractéristiques des entrepreneurs pour expliquer l’intention entrepreneuriale et le passage à l’acte d’entreprendre. La littérature résume ces caractéristiques en trois formes de capital : psychologique, humain, et social.
La notion de capital psychologique est définie par Luthans (2007) comme « un état de développement psychologique positif d’un individu caractérisé par une forte confiance en soi ».
L’impact du capital psychologique sous ces quatre dimensions (auto-efficacité, optimisme, espoir, résilience) est prégnant dans toutes les étapes du processus entrepreneurial mais crucial dans la phase de création car il permet de surmonter les défis et les barrières (Mazra et al., 2019). Ainsi, les individus qui possèdent un capital psychologique élevé se considèrent comme des entrepreneurs potentiellement à succès. De plus, un capital psychologique élevé et une forte capacité d’apprentissage permettent à un entrepreneur en situation d’échec de rebondir et de lancer de nouveaux projets au lieu d’exprimer un sentiment d’impuissance et de générer de la rumination (Giacomin et al., 2016).
Dans le domaine de l’entrepreneuriat, le capital humain désigne les connaissances et les compétences qui permettent à des individus de réussir des activités entrepreneuriales comme l’identification et l’exploitation d’opportunités d’affaires, l’acquisition de ressources externes, ou encore la définition et la réalisation d’une stratégie (Mazra et al., 2019). De nature multidimensionnelle, ce capital dépend de la formation, des expériences et compétences managériales de l’entrepreneur. De plus, il sert de signal pour les investisseurs. En effet, un capital humain élevé rassure les investisseurs sur la capacité de l’entrepreneur à réussir des projets entrepreneuriaux, en particulier technologiques (Rédis et Sahut, 2013).
Enfin, le capital social se définit selon Bourdieu (1986) comme « la somme des ressources, actuelles ou virtuelles, qui reviennent à un individu ou à un groupe du fait qu’il possède un réseau durable de relations, de connaissances et de reconnaissances mutuelles plus ou moins institutionnalisées ». C’est un concept essentiel en entrepreneuriat car les entrepreneurs ont généralement besoin d’utiliser leurs contacts pour accéder aux ressources (matérielles, financières et cognitives) et favoriser le déroulement du processus de création.
En fait, ces trois formes de capital sont intimement liées, et se renforcent mutuellement (Mazra et al., 2019). Le capital psychologique influence le capital humain et le capital social, et vice-versa. En effet, l’auto-efficacité est un moteur pour chercher de nouvelles solutions et accroître son capital humain. Elle permet aussi d’être proactif, de dégager une image positive de soi, et donc de faciliter les relations sociales. Le capital humain élevé permet d’avoir une certaine confiance en soi et d’aborder plus sereinement des situations complexes et incertaines. Par ailleurs, les ressources psychologiques de l’entrepreneur peuvent être renforcées par l’ensemble des relations et réseaux professionnels qu’il développe, c’est-à-dire son capital social.
Méthodologie et revue systématique de la littérature
L’objectif de cet article est donc de mieux cerner ce que l’étude des ESH apporte à la littérature entrepreneuriale. Compte tenu du nombre d’articles publiés distinctement sur les entrepreneurs et sur le handicap, une revue systématique de la littérature (RSL) peut s’avérer efficace pour atteindre cet objectif, tout en permettant de mieux analyser l’association de ces deux concepts dans la littérature. La RSL a suscité un intérêt croissant dans la communauté universitaire depuis sa création dans les années 90, notamment en sciences de gestion (Crossan et Apaydin, 2010). Choisir de réaliser une RSL indique une volonté d’adopter une méthode aussi neutre que possible, et qui fonctionne de manière plus optimale qu’une analyse documentaire plus traditionnelle. Contrairement aux revues de la littérature plus descriptives, la RSL fait appel à une procédure basée sur une série d’étapes reproductibles, explicites et transparentes pour effectuer une recherche et une évaluation critique de la littérature, améliorant de fait la qualité du processus d’examen des résultats (Crossan et Apaydin, 2010). Conformément à Grégoire et Cherchem (2020), la méthode développée dans cet article consiste en un protocole en trois étapes : la collecte des données, la conservation des données et le regroupement des données pour analyse.
Collecte des données
Il existe différentes approches concernant la collecte de données (Champenois et al., 2020). Conformément à l’approche développée par Le Loarne-Lemaire et al. (2021), nous avons sélectionné les journaux scientifiques identifiés par thématiques de recherche au sein de listes de journaux scientifiques de qualité, puis nous avons fait une recherche par mot clé au sein des articles de ces journaux. Afin de cibler toutes les revues scientifiques anglophones et francophones reconnues, traitant d’entrepreneuriat, d’innovation et de handicap, nous nous sommes basés sur trois listes de journaux scientifiques réputées[5] : le Academic Journal Guide 2021 Ranking list, précédemment intitulé ABS, le classement des revues scientifiques en sciences de gestion de la FNEGE de 2019, et le classement HCERES des revues scientifiques toutes disciplines confondues à jour en 2020. Par conséquent, 99 revues scientifiques d’intérêt répondant à ces critères ont été initialement sélectionnées.
Puis, des recherches par mot clé au sein de ces revues pour trouver des articles pertinents ont été réalisées en français ou en anglais en fonction de la langue de la revue. Par exemple, pour les revues anglophones, les recherches ont combiné les termes suivants dans le titre, le résumé, et les mots-clés : 1) disab* AND entrepreneu*; 2) impair* AND entrepreneu*; et 3) handicap* AND entrepreneu*, 4) deficien* AND entrepreneu*, etc. Les recherches par mots-clés incluent également les paramètres suivants : l’ISSN de la revue scientifique concernée; période comprise entre janvier 1980 et décembre 2020. Cette recherche par mot-clé et par journaux a permis de sélectionner près de 137 articles répartis au sein de 46 journaux présentés dans le tableau 1.
Tableau 1
Liste des revues sélectionnées et nombre d’articles identifiés par catégorie - mots-clés
Sélection et conservation des données
La deuxième étape du protocole de RSL consiste à la sélection et à la conservation des données afin de ne garder que les articles les plus pertinents en les examinant en détail. Les articles conservés apportent explicitement une contribution directe à l’avancement de la compréhension académique de l’ESH. Cette procédure de tri et de conservation a permis de réduire l’ensemble des articles à 37 articles. Cette sélection démontre que même si l’entrepreneuriat et le handicap ne sont pas des sujets d’intérêts récents, le débat sur l’association de ces concepts a en fait été récemment développé, avec près de 90 % des articles publiés entre 2011 et 2020 comme le montre le tableau 2.
Tableau 2
Evolution du nombre d’articles sur l’entrepreneuriat et le handicap (2000 - 2020)
Regroupement des données
La troisième étape du protocole d’une RSL consiste à regrouper et à classer les données pour analyse. En premier lieu, une catégorisation systématique a été réalisée, en encodant les articles comme étant soit des essais conceptuels et états de l’art, soit des études empiriques. Puis une analyse thématique similaire à celle de Champenois et al. (2020) a été réalisée. Un deuxième processus de codage des articles a été établi en fonction : (1) du sujet général de l’article et de ses objectifs; (2) des concepts et idées théoriques existants ou développés par les auteurs; (3) des méthodologies utilisées dans le cadre des articles empiriques (approche méthodologique, données collectées, méthode d’analyse); et (4) des résultats et contributions à la littérature dur l’ESH. Les résultats de cette classification et analyse thématique ne sont pas reproduits ici par manque de place, mais sont disponibles sur demande. Les différentes recherches identifiées suscitent des interrogations et proposent des réponses sur le profil des ESH et des défis spécifiques qu’ils doivent relever.
Le profil particulier des entrepreneurs en situation de handicap
Notre RSL a permis de dégager des résultats prégnants sur le profil et les défis à relever des ESH que nous avons regroupés en quatre thématiques cohérentes.
Le choix du travail indépendant, de l’entrepreneuriat et de l’entrepreneuriat social
Caldwell, Parker Harris et Renko (2020) s’appuient sur la théorie de la citoyenneté pour questionner la politique encourageant le travail indépendant et l’entrepreneuriat en tant que vecteur d’autonomisation et d’autosuffisance chez les PSH. Les politiques publiques contemporaines mettent en avant l’entrepreneuriat et le travail indépendant en tant qu’option d’emploi viable pour les PSH en général. Elles correspondent à une stratégie visant à stimuler la création d’entreprises et d’emplois, à promouvoir l’autonomie, à réduire la dépendance à l’égard des services aidants, et à atténuer les disparités en matière d’emploi (Pagán-Rodríguez, 2012,). Le travail indépendant et l’entrepreneuriat peuvent en effet fournir des options viables pour combattre les inégalités que subissent les PSH (Ashley et Graf, 2018). Globalement, les ESH s’engagent plus facilement dans le travail indépendant comme moyen de répondre à des besoins personnels, économiques et sociaux ou, selon Mota, Marques et Sacramento (2020), pour éviter le chômage. Ils sont donc plus susceptibles d’être des travailleurs indépendants que les autres personnes. Le travail indépendant offre une flexibilité et un meilleur ajustement entre le statut d’invalidité et la vie professionnelle. Pour les PSH, les niveaux de satisfaction vis-à-vis de l’emploi, du type d’emploi et des conditions de travail des travailleurs indépendants sont supérieurs à ceux rapportés par les salariés, comme le remarque Logan (2009) pour les dyslexiques. Les décideurs politiques doivent alors encourager le travail indépendant pour augmenter les niveaux de bien-être et d’emploi des PSH, notamment en Europe (OIT, 2016).
Comme le souligne l’étude de Blass et Ketchen (2014) réalisée aux Etats-Unis, les entreprises des PSH appartiennent principalement au secteur des services et leur propriété demeure généralement individuelle. De plus, elles ont également des taux de faillite plus faibles à trois ans que les autres start-ups aux Etats-Unis. La littérature relève également que les aventures entrepreneuriales des ESH ayant la plus grande probabilité de succès sont celles qui sont basées sur un modèle économique durable, et exploitant les caractéristiques et les expériences uniques de ce type d’entrepreneur (Ng et Arndt, 2019).
Par ailleurs, comme l’indiquent Caldwell, Parker Harris et Renko (2020), l’entrepreneuriat social est devenu une tendance qui prend de l’ampleur dans la communauté des PSH pour plusieurs raisons en concordances avec le double objectif des organisations sociales, servir une finalité sociale tout en générant des bénéfices assurant leur durabilité (Djoutsa Wamba et al., 2018). L’entrepreneuriat social a le potentiel d’être une source d’autonomisation, de création d’emplois, et d’innovation sociale. Il peut enfin être utilisé pour accorder davantage de droits aux PSH et en particulier ceux ayant une déficience intellectuelle ou développementale. De plus, Jasniak et al. (2018) indiquent que l’auto-efficacité entrepreneuriale et le soutien social sont positivement associés à la perception positive de l’entrepreneuriat social par les PSH. Cela suggère que la nature même de l’entrepreneuriat social (domaine où ils pensent être plus efficace) et le réseautage encouragent les PSH à créer des entreprises sociales.
Il est à noter également que certains entrepreneurs peuvent s’appuyer sur leur déficience pour construire leur activité économique. Ainsi certains entrepreneurs souffrant d’une déficience visuelle ont instrumentalisé leur handicap en raison de motivations commerciales ou sociales en créant des entreprises reposant sur les perceptions publiques de la cécité et du handicap (Ng et Arndt, 2019).
D’autres recherches ont montré qu’il existe une relation entre certains problèmes mentaux ou de comportement comme le trouble de l’hyperactivité/le déficit de l’attention TDAH (ADHD en anglais) et les intentions entrepreneuriales (Lerner, Verheul et Thurik, 2019). En particulier, Thurik et al. (2016) soulignent que les propriétaires de petites entreprises présentant des symptômes de TDAH ont une orientation entrepreneuriale plus élevée. En revanche, il n’y aurait pas de lien entre les symptômes d’hyperactivité et la préférence entrepreneuriale des personnes venant du monde académique; les chercheurs, les techniciens et le personnel administratif (Canits et al. 2019).
Obstacles à surmonter et motivation
La littérature montre que des obstacles supplémentaires dans le processus entrepreneurial existent dans le cas des ESH. Les difficultés rencontrées par ces entrepreneurs sont liées à certains facteurs d’incitation, aux faiblesses des politiques publiques, aux soutiens institutionnels, et autres facteurs sociétaux. En effet, dans certains pays, les programmes d’aide à la création d’entreprise imposent des obstacles tels que des restrictions sur les revenus précédemment gagnés et les actifs possédés, ainsi que des mesures dissuasives pour les PSH telles que la menace de perdre l’accès aux services d’assistance personnelle ou l’assurance maladie (Parker Harris et al., 2014b).
Par ailleurs, Heath et Reed (2013) constatent que même si le travail indépendant est une option viable pour les PSH, il ne s’accompagne pas forcément de services nécessaires pour les ESH. Ainsi, on peut donner à titre d’exemple le cas de la Hongrie où, comme l’indiquent Csillag, Gyori et Svastics (2019), les ESH ne sont pas aidés du fait de leur singularité.
Les obstacles à lever peuvent également être liés à des discriminations dans l’accès au financement. La finance comme la microfinance seraient affectées par ce phénomène alors que cette dernière met en avant un objectif de réinsertion sociale. En particulier, Sarker (2020) soutient que les PSH sont confrontées à une discrimination notable dans l’accès à la microfinance. Les attitudes des employés au sein des organisations de microfinance est la principale source de discrimination, ce qui a des implications importantes pour la vie des PSH. Ainsi, ces dernières ont tendance à ne pas postuler pour des prêts de microfinance en raison de l’anticipation d’un refus. Pagán-Rodríguez (2012) donne aussi l’exemple des femmes âgées en situation de handicap. Ces femmes qui travaillaient à leur compte sont moins susceptibles de conserver le même statut professionnel trois ans plus tard. Enfin, le capital social est important pour démarrer et assurer la pérennité d’une entreprise car il favorise l’accès aux ressources externes matérielles, financières ou cognitives (Mazra et al., 2019). Or les PSH sont considérées comme ayant un faible capital social (Hsieh et al., 2019), ce qui limite leur accès à certaines ressources externes. Globalement, comme les ESH font face à des défis particuliers par rapports aux autres entrepreneurs, les efforts qu’ils déploient sont moins susceptibles d’entraîner la naissance d’organisations viables (Renko et al., 2015).
Cependant, les difficultés rencontrées permettent, parfois, de vaincre certains obstacles. Les conditions difficiles et les expériences de discrimination préparent indirectement les ESH à relever les défis de l’entrepreneuriat. Mais, comme le soulignent Hsieh et al. (2019), les obstacles socio-économiques comme la discrimination sociale fondée uniquement sur l’apparence et la condition personnelle auxquels font face les ESH peuvent être surmontés grâce au soutien de divers mécanismes adaptatifs et de leurs proches qui alors jouent un rôle essentiel tout au long de leur processus entrepreneurial.
Par ailleurs, les expériences antérieures en matière de handicap social et d’exclusion sociale constituent une force motrice motivant les PSH à adopter des mécanismes adaptatifs et à obtenir des résultats. De plus, il est possible de surmonter un faible capital social. Hsieh et al. (2019) ont ainsi contribué au développement d’un modèle de soutien axé sur l’industrie, conçu pour dispenser de la formation, fournir les soutiens nécessaires, relier les ESH à faible revenu les uns aux autres et leur permettre d’accéder aux ressources nécessaires à leur projet entrepreneurial.
Image de soi et capital psychologique
Posséder une identité sociale dévalorisée, comme les PSH peuvent en faire l’objet, « constitue un obstacle à l’élaboration ou au maintien d’une image et d’une estime positives de soi » (Dutrévis et Crahay, 2016). A l’inverse, le travail sur une image positive de soi correspond à une manière d’aller de l’avant face aux discriminations. Martin et Honig (2020) mettent en évidence l’amélioration de l’image de soi, la réduction éventuelle de la stigmatisation, et la valeur de « faire » dans le travail indépendant. Ils montrent comment l’image de soi des PSH peut être altérée par un échec professionnel, la stigmatisation et les périodes prolongées de chômage. Ils s’appuient sur la théorie de l’image de soi, qui stipule une relation positive entre l’image de soi d’un individu et sa performance au travail tout en objectant que la construction de l’image de soi évolue selon le contexte. Comme Williams et Patterson (2018) le soulignent, les ESH peuvent renvoyer une image d’eux qui leur est défavorable, notamment par leur aspect physique ou comportemental, et ils doivent la surmonter pour éviter les discriminations.
Malgré cela, les ESH manifestent généralement un capital psychologique élevé, et en particulier dans sa composante auto-efficacité qui constitue d’ailleurs un des prédicteurs majeurs des intentions entrepreneuriales (Castillo et Fischer, 2019). De plus, se connaître est essentiel pour réussir professionnellement. Les ESH, même s’ils présentent des traits de comportement similaires à ceux des autres entrepreneurs, peuvent s’avérer être plus résilients et persévérants face aux défis de l’échec, du stress et de l’incertitude (Saxena et Pandya, 2018). Ces traits psychologiques contribuent en retour à l’amélioration de l’image de soi.
Importance des compétences et de leur développement
L’intention entrepreneuriale et certaines compétences sont nécessaires afin de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Néanmoins, des différences existent concernant les types de compétences, et surtout les défis managériaux auxquels les ESH doivent faire face par rapport aux entrepreneurs non défavorisés. Les PSH doivent déployer certaines compétences pour débuter dans l’entrepreneuriat et rencontrent, en effet, des difficultés spécifiques. Elles doivent développer des compétences entrepreneuriales comportementales et fonctionnelles spécifiques dès le premier stade, c’est-à-dire à la fois pour considérer l’entrepreneuriat comme un choix de carrière possible, puis pour démarrer une activité (Bagheri et Abbariki, 2017). Ces compétences peuvent être acquises grâce à l’enseignement et à la formation, mais leur apprentissage nécessite des adaptations dans le cas des PSH car il est nécessaire de développer en parallèle l’autonomisation de ces personnes qui peuvent de surcroît présenter des difficultés d’apprentissage (Castillo et Fischer, 2019). En fait, l’éducation et la formation constituent des moteurs essentiels pour la réussite entrepreneuriale quelles que soient les caractéristiques des entrepreneurs compte tenu des interactions sociales qui en découlent (Mota, Marques et Sacramento, 2020). Dans le cas des malentendants, le rôle de l’éducation entrepreneuriale et des réseaux hétérogènes au sein des minorités est important pour tirer profit des opportunités sociales (Jasniak et al., 2018).
De plus, la formation à l’entrepreneuriat devrait présenter certaines caractéristiques en faveur de l’inclusion des ESH (Pavey, 2006). L’éducation à l’entrepreneuriat qui expose les PSH à la résolution de problèmes de la vie réelle est capable de renforcer leur confiance et leur capacité à prendre des risques dans le démarrage d’une entreprise (Dakung et al., 2017). Plus les enseignants sont en mesure d’inspirer les ESH, d’être abordable et d’exprimer leur enthousiasme, plus l’aventure entrepreneuriale de ces personnes sera réussie.
Plus globalement, la littérature sur les ESH permet d’affirmer que l’emploi des PSH peut être amélioré grâce à des méthodes d’enseignement et des services de soutien personnel appropriés, des aménagements sur le lieu de travail ainsi que le soutien de leur famille et des personnes qui les emploient (Nevala et al., 2019). Dans l’idéal, la famille et les personnes de soutien aux PSH devraient également recevoir une formation.
Discussion et mise en perspective de l’entrepreneuriat au prisme du handicap
Le positionnement de l’entrepreneur en situation de handicap est-il réellement singulier ?
Les articles de cette RSL tendent à identifier des similitudes et des divergences entre les entrepreneurs en fonction du type de handicap, de leur positionnement entrepreneurial et de leur personnalité dans une logique de définition de typologie d’entrepreneurs. Bien que l’approche typologique fasse l’objet de nombreuses critiques, elle continue à être utilisée dans les recherches récentes car elle permet d’expliquer des phénomènes propres à des catégories d’entrepreneurs (Marchesnay, 2016). Globalement, on peut déduire de nos quatre grands résultats sur le profil et les défis des ESH les trois éléments de discussion suivants.
Premièrement, cette RSL montre que les ESH se positionnent eux-mêmes généralement en raison de facteurs extérieurs, et se comparent par rapport à d’autres entrepreneurs, qu’ils soient en situation de handicap ou non. Ils tendent, néanmoins, à reproduire des représentations normatives en lien avec la figure de l’entrepreneur valide. Or, ces représentations normatives peuvent être influencées par des conversations intérieures opposant leur moi actuel à des moi plus anciens, ambitieux ou impossibles (Jammaers et Zanoni, 2020). Ce besoin d’identification par rapport à un modèle ou un mentor pour construire sa propre identité renvoie à des débats plus larges sur la représentation de la figure de l’entrepreneur de nos jours par rapport aux deux représentations classiques; celle de l’entrepreneur visionnaire et celle de l’entrepreneur expert (Bréchet et al., 2009) qui sous-tendent que l’entrepreneur a des capacités ou compétences extraordinaires, et l’érige comme « une figure héroïque capable d’affronter l’incertitude avec panache » (Bornard et al., 2018).
Deuxièmement, la littérature souligne que les ESH présentent certes des singularités, mais certaines d’entre elles sont à nuancer, voire même à discuter. Certains handicaps ont un impact négatif sur les capitaux psychologiques, humains et sociaux de ces entrepreneurs, et finalement sur leur parcours entrepreneurial mais il est variable selon les contextes. Dans le cas de la dyslexie, Powers et al. (2020) exposent qu’elle a un impact négatif sur la perception de l’auto-efficacité entrepreneuriale d’élèves d’écoles privées aux Etats-Unis, mais qu’il n’y a pas de différence dans l’intention entrepreneuriale entre les élèves dyslexiques et les autres, contrairement au genre. Être femme aurait alors un effet plus négatif sur l’intention entrepreneuriale pour cette population qu’avoir un handicap. Ces singularités des ESH mériteraient d’être examinées au prisme de la théorie de l’intersectionnalité afin de relativiser l’impact du handicap par rapport aux autres différenciations sociales que sont les catégories de genre, classe, race, ethnicité, âge, et orientation sexuelle (Bilge, 2009). En effet, être en situation de handicap constitue une variable de différenciation sociale à considérer au sujet de l’entrepreneur mais ce n’est pas la seule. La théorie de l’intersectionnalité a été explorée par un certain nombre de recherches même si d’autres terminologies telles l’« interconnectivité » ou l’« identités multiplicatives » sont aussi employées afin d’exprimer une idée similaire (Bereni et al., 2008). L’usage de cette théorie favoriserait une compréhension plus globale et fine de la condition de l’ESH, des rapports de domination en se focalisant sur plusieurs variables sociales en simultané tout en ne favorisant pas une variable, comme c’est le cas actuellement dans les recherches sur l’ESH où le handicap écrase les autres facteurs de discrimination, lesquels sont plus au moins forts selon le contexte considéré (Larsson, 2016). Il s’agit là d’une piste importante de recherche à explorer dans la perspective des travaux de Williams et Patterson (2018). Ils proposent un angle conceptuel intersectionnel afin d’explorer un groupe social particulier, les femmes, à un point d’intersection négligé, le handicap, dans le cadre social de l’entrepreneuriat. Quatre synergies théoriques entre la recherche sur le genre, l’entrepreneuriat et le handicap ont ainsi été explorées : la justification économique; la flexibilité, l’individualisme et la méritocratie; ainsi que le capital social et humain.
Autre sous domaine du capital psychologique, la résilience, est une qualité souvent mise en avant chez les ESH compte tenu du taux de faillite moins important de leur firme à 3 ans aux Etats-Unis (Blass et Ketchen, 2014). Elle est également présente chez les valides mais elle est alors souvent développée et démontrée en surmontant des traumatismes de nature familial, politique ou migratoire par exemple (Saxena et Pandya, 2018). Enfin, les PSH peuvent avoir accès à plus de capital social que les personnes valides (Pavey, 2006). Le besoin de réseau n’est donc pas non plus propre aux ESH.
Troisièmement, cette RSL aboutit au constat que les ESH peuvent présenter les mêmes caractéristiques que celles associées aux entrepreneurs valides et les mêmes motivations, mais pas forcément selon le même degré d’intensité. Les PSH recourent à l’entrepreneuriat comme mode d’organisation du travail pour des questions d’autonomie, d’indépendance et de flexibilité, ce qui est également le cas des entrepreneurs valides (motivation reposant sur la théorie pull).
Certains entrepreneurs valides peuvent être également victimes de discrimination mais d’une autre nature comme leur origine, leur niveau d’étude, leur préférence sexuelle, leur religion, etc. Toutefois, il est à souligner que certains ESH peuvent cumuler les discriminations liées à leur handicap avec celles d’autres natures comme par exemple le genre féminin ou un âge plus avancé.
Enfin, certains auteurs démontrent même l’absence de singularité de l’ESH pour certains handicaps, ou dans certains contextes. Par exemple, en Suède, les ESH ayant bénéficié de subventions réussissent à peu près dans la même mesure que les autres entrepreneurs (Larsson, 2016). Pour les symptômes d’hyperactivité, Canits et al. (2019) montrent ainsi que l’intention entrepreneuriale des personnes venant du monde académique est identique pour les deux populations, valides et en situation de handicap. Mais ces résultats peuvent être dû au contexte particulier de ces deux études, le pays (la Suède avec son modèle social particulier), ou le secteur (l’éducation).
De l’importance de la recherche sur le handicap pour mieux comprendre le phénomène entrepreneurial
Certaines recherches sur les ESH contribuent plus largement en termes de théories, de méthodes et de résultats, à la littérature en entrepreneuriat.
Tout d’abord, comme pour les autres entrepreneurs, la dichotomie stricte nécessité versus opportunité reposant sur les théories push et pull, est trop simpliste pour expliquer les motivations des ESH (Giacomin, et al., 2016). Il existe différents types d’ESH de nécessité et/ou d’opportunité qui peuvent adopter des comportements différents durant tout le processus entrepreneurial. De plus, le handicap peut s’avérer être une source d’opportunité pour les ESH en l’instrumentalisant et/ou en s’appuyant sur leurs expériences du handicap (Ng et Arndt, 2019). La nécessité (le fait de ne pas avoir d’emploi du fait du handicap) est devenue une source d’opportunités pour de nombreux ESH (Maâlaoui et Germon, 2014).
En matière de recherche sur le développement d’entreprise, Heath, Ward et Reed, (2013) cherchent à identifier les pratiques prometteuses dans le domaine du travail indépendant dans le cas des PSH. Ils observent une association positive entre le lancement réussi d’une entreprise et l’utilisation de la méthode découverte. Cette méthode vise à identifier les liens et les soutiens, les compétences et les intérêts d’un individu, qu’il soit en situation de handicap ou non, afin de l’aider à imaginer un projet de création. Dakung et al. (2017) se reposent sur la théorie de la régulation des actions pour examiner les actions entrepreneuriales entreprises par des étudiants en situation de handicap à l’issue d’une formation en entrepreneuriat. Cette théorie stipule que la psychologie du travail s’intéresse aux actions, qui sont définies comme des comportements orientés vers un but. Elle fournit un cadre utile pour analyser les actions de ces entrepreneurs en se concentrant sur certains mécanismes, par exemple les intentions de but, les plans d’action, la connaissance de l’action et l’auto-efficacité.
Kašperová, Kitching et Blackburn (2018) proposent une conception de l’identité entrepreneuriale, fondée sur la réalité critique, c’est-à-dire le pouvoir personnel de créer une nouvelle entreprise à partir du cas de trois ESH du Royaume-Uni. En effet, bien que la plupart des gens aient le pouvoir de devenir un entrepreneur, tout le monde ne peut pas, ou n’est pas motivé pour réaliser ce potentiel. D’autres pouvoirs compensatoires — personnels, matériels et sociaux — peuvent limiter ou décourager l’action. En utilisant une ontologie stratifiée et émergente, ils contextualisent l’identité entrepreneuriale dans trois ordres analytiques — naturel, pratique et social. Si l’identité entrepreneuriale est un type d’identité sociale, les préoccupations sous-jacentes qui motivent l’engagement dans un rôle entrepreneurial ne peuvent être réduites à la seule interaction sociale. Le concept de conversation interne est utilisé pour théoriser le lien entre la motivation entrepreneuriale, le contexte et le comportement qui conduit à la création d’entreprise.
Enfin, certains auteurs utilisent également les ESH comme sujets d’étude pour discuter plus en profondeur de la théorie du capital social, ou d’autres théories qui lui sont associées. Jasniak, Baierl et Halberstadt (2020) s’appuient sur la théorie du capital social et sur la théorie de l’identité sociale pour démontrer que les interactions sociales, le soutien social général suscitent un impact positif sur les intentions entrepreneuriales, notamment des personnes sourdes et malentendantes. Par ailleurs, les soutiens provenant de diverses sources, y compris la famille et les amis, les organisations de PSH et les groupes d’aide aux entreprises sont nécessaires à chaque étape du démarrage, de l’exploitation d’une entreprise. Et pourtant, certaines sources de soutien semblent sous-utilisées (Hagner et Davies, 2002).
Conclusion
Cette analyse structurée de la littérature indique que la recherche sur l’entrepreneuriat et le handicap en est encore à ses débuts, même si l’on observe une forte augmentation du nombre de publications sur ce sujet depuis 2011. Les analyses de contenu ont également démontré que le corpus de recherche sur l’entrepreneuriat et le handicap a produit un ensemble de notions et de résultats sur les spécificités de l’ESH et sur les défis qu’il rencontre au travers de la mobilisation de théories existantes et de méthodes d’analyse principalement empiriques.
Il ressort de cet article que des similitudes et des divergences émergent entre les entrepreneurs, qu’ils soient, par ailleurs, en situation de handicap ou non. En premier lieu, certaines raisons d’entreprendre sont communes à tout entrepreneur. L’analyse des barrières tant psychologiques que cognitives que rencontrent les PSH montre qu’en termes de recommandation, il est nécessaire pour rendre l’entrepreneuriat accessible au plus grand nombre :
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de déconstruire le mythe de l’entrepreneur héros, et montrer que tout le monde peut entreprendre,
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d’aider les entrepreneurs potentiels (PSH ou non) à imaginer des projets et identifier des opportunités. En effet, comme le montre Heath et al. (2013), le projet reste la base de toute activité entrepreneuriale, et les individus ont souvent besoin d’aide pour identifier leurs liens et leurs soutiens, leurs compétences ainsi que leurs intérêts qu’ils pourront ensuite mobiliser dans un projet entrepreneurial.
En revanche, le handicap et les besoins qu’il crée peuvent être des facteurs de motivation pour entreprendre. L’expérience du chômage, d’expériences négatives en entreprise classique, ou la prépondérance d’une personnalité entrepreneuriale sont également des raisons menant à l’entrepreneuriat. Les difficultés rencontrées dans leur vie personnelle peuvent les conduire à développer des solutions à des besoins qu’ils ont précisément identifiés. Mais cela suppose souvent un soutien des proches et un soutien institutionnel (via des programmes d’aide et d’accompagnement) afin que le passage à l’acte des PSH soit réussi (Csillag et al., 2019). Cette RSL recommande également un support dans les phases plus amont via des programmes de formation et d’éducation spécifiques.
Par ailleurs, les différents résultats démontrent que plusieurs des problématiques inhérentes aux ESH ne sont pas purement entrepreneuriales, mais relèvent plus généralement des défis inhérents au handicap. Faire face à la discrimination ou au manque de soutien institutionnel et social s’avère être des problématiques communes à toute PSH. Cependant, ces défis peuvent devenir des facteurs de motivation, des besoins à résoudre, et, somme toute, des raisons d’entreprendre. Ainsi, développer ses compétences sociales constituent une pratique entrepreneuriale que ce soit pour les ESH ou pour les entrepreneurs valides. En effet, les pratiques entrepreneuriales correspondent à des stratégies d’adaptation à des contextes d’action mouvants et peuvent prendre la forme d’élargissement du réseau des entrepreneurs (Champenois, 2020).
Cet article permet également d’établir en conclusion trois pistes potentielles de recherche. Premièrement, l’entrepreneuriat défavorisé représente une aire de recherche émergente (Maâlaoui et al., 2020). Dans le même temps, la littérature en entrepreneuriat est pensée, analysée, de manière générale, comme si l’entrepreneur est, de fait, valide. Les recherches sur les ESH analysées dans le cadre de cet article n’incluent pas d’analyses comparatives à l’aide d’échantillons constitués d’entrepreneurs valides. Ces deux champs de recherche ne se croisent pas. Ainsi, des recherches incluant à la fois des ESH et des entrepreneurs valides permettraient peut-être de faire avancer la connaissance sur les entrepreneurs défavorisés et, plus globalement, sur les entrepreneurs au sens large.
Deuxièmement, il apparaît un manque d’approches pluridisciplinaires. Or réfléchir au croisement de champs disciplinaires (avec l’apport de la sociologie et en particulier de la théorie de l’intersectionnalité comme discuté ci-dessus), aux méthodes de collecte et d’analyse de données, et aux modes de représentation des résultats permet de susciter des approches créatives, de contribuer à l’exploration de différentes dimensions en lien avec l’entrepreneuriat et le handicap et donc de produire un savoir original.
Troisièmement, il existe un déséquilibre entre les différents terrains nationaux analysés en termes de production de connaissance sur les ESH, au profit des territoires anglophones. Or le contexte (pays ou secteur) n’est pas neutre sur le comportement des ESH (Canits et al., 2019). Ainsi, réaliser des terrains dans des pays inexplorés sur ce type de sujet et/ou des comparaisons internationales permettraient potentiellement de percevoir autrement certaines spécificités nationales ou régionales relatives aux ESH.
Nous espérons que notre examen des articulations théoriques et empiriques de la recherche sur ces thèmes aidera à favoriser l’émergence de recherches originales. La recherche sur l’entrepreneuriat et le handicap demeure certes confrontée à des défis théoriques et méthodologiques importants, mais suscite manifestement un intérêt grandissant des chercheurs dans le monde. Bien que certaines de nos observations puissent être complétées par une littérature en continuelle expansion, de nombreuses possibilités existent afin de contribuer à une nouvelle compréhension des pratiques entrepreneuriales chez les PSH.
Appendices
Notes biographiques
Julien Billion est docteur en sciences de gestion (Institut Polytechnique de Paris) et docteur en sociologie (EHESS en co-direction avec l’université Columbia). Enseignant-chercheur à l’ISC Paris, il est spécialiste en innovation sociale et en entrepreneuriat social. Il est l’auteur de deux ouvrages, d’un documentaire et d’articles notamment sur les jeunes sans domicile et les entrepreneurs en situation de handicap.
Jean Michel Sahut (Docteur et HdR) est professeur à l’IDRAC Business School, France. Il enseigne la finance entrepreneuriale, la finance d’entreprise, les marchés financiers, les paiements électroniques, les Fintech, la méthodologie de recherche et les jeux d’entreprise. Auparavant, il a été professeur à University of Applied Sciences and Arts Western Switzerland (Ch), professeur et directeur du laboratoire RESFIN à l’Institut Mines-Telecom. Il a été l’organisateur principal de 31 conférences internationales. Il a publié plus de 150 articles scientifiques sur la finance, les Fintech, les cryptomonnaies, l’entrepreneuriat, l’intelligence artificielle et l’innovation dans des revues internationales à comité de lecture, ainsi que cinq livres. https://www.researchgate.net/profile/Jean-Michel_Sahut (plus de 200 000 lus).
Claire Doussard (Docteur) est enseignante chercheuse à l’Ecole Spéciale d’Architecture, France. Elle enseigne l’atelier de projet urbain et de paysage, la géomatique, et la méthodologie de recherche. Elle a été auparavant chercheuse à l’Université de Lausanne en Suisse, et enseignante à l’Université de Cergy Pontoise en France. Elle est également entrepreneure et réalise des missions de recherche action auprès d’acteurs de l’immobilier, de la maîtrise d’oeuvre et de collectivités. Elle est l’autrice de 2 ouvrages et de 11 articles la dimension environnementale de l’urbanisme, le territoire et le handicap.
Dr. Rey Dang est un professeur associé en Finance à ISTEC école de commerce, France. Ses principaux domaines de recherche sont la gouvernance d’entreprise, la représentation des femmes au conseil d’administration et la performance de l’entreprise. Il a déjà publié de nombreux articles de recherche dans des revues, telles que Management international, Journal of Applied Accounting Research, Applied Economics Letters ou Management & Avenir.
Notes
-
[1]
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[2]
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[3]
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-
[4]
https://www.leshandipreneurs.org/page/qui-sommes-nous-7.html (consultée le 20 juin 2022)
-
[5]
Ces trois listes sont élaborées par des organismes indépendants et servent à évaluer la politique de recherche des universités et écoles de commerce en France et en Europe.
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Appendices
Biographical notes
Julien Billion holds a doctorate in management science (Institut Polytechnique de Paris) and a doctorate in sociology (EHESS with co-supervision at Columbia University). He is a professor-researcher at ISC Paris, specializing in social innovation and social entrepreneurship. He is the author of two books, a documentary and articles on homeless youth and entrepreneurs with disabilities.
Jean Michel Sahut (PhD) is a Professor at IDRAC Business School, France. He teaches entrepreneurial finance, corporate finance, financial market, electronic payments, Fintech, research methodology, and serious game. Previously, he was Professor at University of Applied Sciences and Arts Western Switzerland (Ch), Professor and director of the RESFIN Laboratory at Institut Mines-Telecom. He has been a main organizer of 31 international conferences. He has published more than 150 scientific papers about finance, Fintech, Bitcoin, entrepreneurship, artificial intelligence and innovation in international peer review journals and five books. https://www.researchgate.net/profile/Jean-Michel_Sahut (more than 200 000 reads).
Claire Doussard (Ph.D.) is an Assistant professor at the Ecole Spéciale d’Architecture, France. She teaches urban and landscape design, geomatics, and research methodology. She was previously a researcher at the University of Lausanne in Switzerland, and a lecturer at the University of Cergy Pontoise in France. She is also an entrepreneur and carries out action research studies for real estate and design firms, as well as local authorities. She is the author of 2 books and 11 articles on the environmental dimension of urban planning, territory and disability.
Dr. Rey Dang is Associate Professor of Finance at ISTEC Business School, France. His main research areas cover corporate governance, board gender diversity and firm performance. He has published in many different journals, such as Management International, Journal of Applied Accounting Research, Applied Economics Letters or Management & Avenir.
Appendices
Notas biograficas
Julien Billion es doctor en Ciencias de la Gestión (Instituto Politécnico de París) y doctor en Sociología (EHESS, codirigido con la Universidad de Columbia). Es profesor-investigador en el ISC de París, especializado en innovación social y emprendimiento social. Es autor de dos libros, un documental y artículos sobre jóvenes sin hogar y empresarios con discapacidad.
Jean Michel Sahut (PhD) es profesor en IDRAC Business School, Francia. Enseña finanzas empresariales, finanzas corporativas, mercado financiero, pagos electrónicos, Fintech, metodología de investigación y serious game. Anteriormente, fue profesor en la University of Applied Sciences and Arts Western Switzerland (Ch), profesor y director del Laboratorio RESFIN en el Institut Mines-Telecom. Ha sido uno de los principales organizadores de 31 conferencias internacionales. Ha publicado más de 150 artículos científicos sobre finanzas, Fintech, Bitcoin, emprendimiento, inteligencia artificial e innovación en revistas internacionales de revisión por pares y cinco libros. https://www.researchgate.net/profile/Jean-Michel_Sahut (más de 200 000 lecturas).
Claire Doussard (Doctora) es profesora adjunta en la Ecole Spéciale d’Architecture, Francia. Imparte clases de diseño urbano y paisajístico, geomática y metodología de la investigación. Anteriormente fue investigadora en la Universidad de Lausana (Suiza) y profesora en la Universidad de Cergy Pontoise (Francia). También es empresaria y realiza estudios de investigación-acción para empresas inmobiliarias y de diseño, así como para autoridades locales. Es autora de 2 libros y 11 artículos sobre la dimensión medioambiental del urbanismo, el territorio y la discapacidad.
El Dr. Rey Dang es un profesor asociado de finanzas en la escuela de comercio ISTEC, Francia. Entre sus principales temas de investigación destacan: la gobernanza empresarial, la representatividad de las mujeres en las juntas ejecutivas, y el rendimiento de la empresa. Ya ha publicado numerosos artículos de investigación en revistas, como por ejemplo en Management International, Journal of Applied Accounting Research, Applied Economics Letters o Management & Avenir.
List of tables
Tableau 1
Liste des revues sélectionnées et nombre d’articles identifiés par catégorie - mots-clés
Tableau 2
Evolution du nombre d’articles sur l’entrepreneuriat et le handicap (2000 - 2020)