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Introduction

Les aires protégées jouent un rôle important dans la lutte contre la perte globale de la biodiversité, une priorité renforcée par les Objectifs de développement durable (ODD) et la Convention sur la diversité biologique (CBD) (Deme et al., 2021 ; Kriegl et al., 2021 ; Ba et al., 2019 ; Jones et al., 2016 ; Halpern et al., 2008). À ce titre, le nouveau cadre mondial pour la biodiversité, adopté lors de la COP15, fixe l’objectif ambitieux de protéger 30% des surfaces terrestres et marines d’ici 2030 (Dudley, 2024 ; Li et al., 2023). Cet engagement montre l’urgence de renforcer la gestion et l’efficacité des aires protégées pour répondre au défi de la dégradation importante des écosystèmes marins et forestiers, de la surexploitation des ressources naturelles et du changement climatique (Li et al., 2023). Cependant, la mise en place d’aires protégées, bien que nécessaire, n’est pas suffisante (Leadley et al., 2022). Leur succès dépend de la qualité de leur gestion et de l’accompagnement des communautés locales vivant à l’intérieur ou aux environs (à proximité) de ces zones (Beuret et al., 2021 ; Deme et al., 2021). Sans une gestion adéquate et l’appropriation des règles de gestion par les communautés locales, les aires protégées deviennent inefficaces, un phénomène bien documenté sous le concept d’« AMP papier », ces aires protégées qui existent « sur le papier » mais échouent à protéger réellement la biodiversité sur le terrain (Beuret et Cadoret, 2021 ; Blackman et al., 2015 ; Bonham et al., 2008). L’articulation des aires protégées avec les enjeux locaux, notamment dans les pays en développement, est un défi majeur. Dans ces régions, les objectifs de conservation entrent souvent en concurrence avec des priorités telles que le développement économique, la souveraineté alimentaire, et la construction d'infrastructures majeures comme les barrages et les routes. Ces tensions compliquent la gestion des aires protégées, surtout dans des contextes où les besoins immédiats des populations locales semblent entrer en contradiction avec les objectifs de conservation à long terme (Fa et al., 2020). Bien que reconnu pour sa stabilité politique et sociale, le Ghana n'échappe pas à ces défis. Malgré ce contexte favorable, les aires protégées ghanéennes rencontrent de nombreux obstacles qui entravent leur efficacité (Karakara et al., 2024 ; Ayivor et al., 2020 ; Failler et al., 2020a ; Failler et al., 2020b ; Agyare et al., 2015). C’est dans ce contexte que cet article se penche sur une étude de cas d'une aire protégée de grande importance biologique sur la côte ghanéenne, le complexe lagunaire de Keta Lagoon. Les résultats de cette étude montrent des lacunes dans la connaissance des communautés locales concernant le rôle de l’aire protégée, limitant leur engagement dans la conservation (Fa et al., 2020). La surexploitation des ressources et les perturbations climatiques sont identifiées comme les principales menaces. Pour surmonter ces défis, la réactualisation du plan d’aménagement du site s’avère essentielle pour intégrer les besoins des populations locales et assurer la durabilité de l'aire protégée.

L'article vise à identifier les menaces environnementales et à évaluer leur impact sur les communautés locales, en soulignant l'interdépendance de ces communautés vis-à-vis de leur environnement. Il interroge le rôle et la légitimité de l’aire protégée du point de vue des populations locales, en explorant les attentes de ces communautés. Ce diagnostic a permis de déboucher sur un Plan d’aménagement et de gestion (PAG) actualisé du site. Cette analyse s'appuie sur différents outils méthodologiques, notamment des entretiens semi-structurés et des discussions de groupe, permettant de recueillir des données qualitatives approfondies sur les perceptions locales et les dynamiques socio environnementales autour du complexe lagunaire de Keta Lagoon. De plus, une revue narrative approfondie de la littérature a été réalisée pour contextualiser les résultats et situer le cas de Keta Lagoon dans le cadre plus large des défis de conservation dans les pays en développement.

La recherche sur les aires protégées en Afrique de l’Ouest se concentre majoritairement sur les aspects écologiques, négligeant souvent la gouvernance et le rôle crucial des communautés locales (Assis et al., 2021 ; Ayivor et al., 2020 ; Weigel et al., 2018 ; Zupan et al., 2018). La plus-value de ce travail réside dans son approche novatrice qui met en avant l’interdépendance entre les communautés locales et leur environnement, tout en examinant comment cette relation influe sur la gestion et l’efficacité des aires protégées. En intégrant des aspects socioéconomiques et en questionnant la participation des populations locales dans la gouvernance environnementale, ce travail comble une lacune importante dans la littérature actuelle, apportant ainsi une contribution essentielle à la compréhension et à l'amélioration de la gestion durable des aires protégées en Afrique de l’Ouest.

L’article est structuré en quatre sections. La première section présente le contexte de la recherche, notamment l’historique et les enjeux en matière de gouvernance du site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon. La deuxième section détaille la méthode de recherche, en décrivant les outils mobilisés, les acteurs interviewés, et les formats des entretiens. La troisième section expose les résultats de la recherche, notamment les principales menaces environnementales identifiées, la dépendance des communautés locales à leur environnement et les impacts socioéconomiques induits en contexte de crise écologique. Du reste, cette section analyse les lacunes en termes de connaissance et d’adhésion vis-à-vis du site protégé. Enfin, la dernière section propose une discussion sur les implications de ces résultats pour la gestion future du site à l’horizon 2032, en mettant l’accent sur la réactualisation du PAG et l’amélioration de l’engagement des communautés locales.

Contexte de création et gouvernance du site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon

Contexte historique de création du site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon

En 1991, un document stratégique pour la gestion des zones humides côtières du Ghana a été formulé. Sur la base de ce document, le projet de Gestion des zones humides côtières du Ghana (CWMP) a été lancé, couvrant la période de 1993 à 1999 (Peters, 2019). Ce projet, financé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), a été mis en œuvre par la Division de la Faune (WD) de la Commission des forêts (FC) du Ghana (Wiegleb, 2019). Les objectifs du CWMP étaient de renforcer la conservation et la régénération des écosystèmes et de la biodiversité dans cinq zones humides du Ghana, à savoir : le complexe de lagunes de Keta, la lagune de Songor, la lagune de Sakumo, le Delta de la Densu et la lagune de Muni-Pomadze (Peters, 2019 ; Wiegleb, 2019). Ce projet visait également à impliquer les communautés locales qui dépendent de ces zones humides dans la planification et la mise en œuvre de stratégies de gestion sur site.

En août 1999, le ministre des Forêts, en vertu de l’article 11 de la loi sur la préservation des animaux sauvages de 1961 (Acte 43), a officiellement déclaré le complexe de lagunes de Keta Lagoon, comme zone protégée, en application de la loi LI16-59 (Donatus et al., 2022 ; Kondra, 2019 ; Agyare et al., 2015). L’objectif principal était d’identifier les ressources communes bénéfiques pour les populations humaines et la faune, et de développer les capacités du gouvernement et des communautés locales à les gérer tout en maintenant la biodiversité et l’intégrité écologique, ainsi que la capacité des populations à tirer profit de ces ressources à court et à long terme (Donatus et al., 2022). En parallèle à cette déclaration, une législation nationale sur les zones humides a été initiée par le ministère des Forêts conformément à la Convention de Ramsar. En conséquence, le complexe lagunaire de Keta Lagoon a été doté d’un plan de gestion formel la même année (Kondra, 2019). Bien que la Convention de Ramsar ne possède pas de pouvoir coercitif international, ses directives sont intégrées dans la législation nationale du Ghana (Kondra, 2019 ; Agyare et al., 2015).

Importance écologique et sociale

Le site Ramsar de la lagune de Keta Lagoon est d’une importance écologique capitale en raison de sa biodiversité riche et variée (Mattah et al., 2024 ; Nortsu, 2018 ; Olesu-Adjei, 2002). Il abrite une multitude d’habitats, y compris des lagunes saumâtres, des plaines inondables, des marécages, et des mangroves étendues (Duku et al., 2021 ; Nortsu, 2018 ; Brinks, 2017). Ces écosystèmes fournissent des services écologiques essentiels, tels que la séquestration du carbone, la protection contre l’érosion côtière, et le soutien des cycles hydrauliques locaux (Trégarot et al., 2021). La lagune est également un site crucial pour de nombreuses espèces migratrices d’oiseaux, ainsi que pour des espèces menacées comme le sitatunga (une antilope amphibie), les lamantins, et plusieurs espèces de tortues marines (Mattah et al., 2024 ; Dogbey, 2015 ; Boateng, 2009). Tout cela justifie que la conservation de ces habitats soit essentielle pour maintenir la diversité biologique et les services écosystémiques qu’ils fournissent (Brinks, 2017).

Sur le plan social, le complexe lagunaire joue un rôle vital pour les communautés locales. La lagune et ses environs offrent des moyens de subsistance pour les habitants, notamment à travers la pêche, l'agriculture, et l'exploitation des ressources naturelles comme le sel et les mangroves (Brinks, 2017 ; Dogbey, 2015). La pêche, en particulier, est une activité économique clé qui soutient des milliers de familles. Les mangroves sont utilisées pour le bois de chauffage et le fumage du poisson, une pratique traditionnelle dans la région.

En outre, le site a une importance culturelle significative. De nombreuses communautés locales ont des liens historiques et culturels profonds avec la lagune, avec des pratiques et des croyances traditionnelles qui sont intégrées dans la gestion et l'utilisation des ressources naturelles (Dogbey, 2015). Par exemple, certaines zones sont considérées comme sacrées et sont protégées par des tabous locaux, ce qui contribue indirectement à la conservation de l'environnement (Olesu-Adjei, 2002).

La gestion efficace du site est importante non seulement pour la conservation de la biodiversité, mais aussi pour le bien-être économique et culturel des communautés locales. Un plan de gestion bien conçu peut aider à équilibrer les besoins de conservation avec ceux du développement local, assurant ainsi la durabilité des ressources naturelles tout en améliorant la qualité de vie des habitants.

Gouvernance : acteurs, organisation et contributions

La figure ci-dessous présente le système de gestion de la lagune de Keta Lagoon, notamment les différents acteurs et entités impliqués dans la conservation du site (Figure 1). L’approche de cogestion adoptée repose sur un partenariat collaboratif entre les autorités locales et la communauté, avec cette dernière au centre du dispositif. La communauté locale, composée de pêcheurs, coupeurs de bois, propriétaires terriens et producteurs de sel, participe aux décisions de gestion et à la mise en œuvre des activités de conservation. Cette cogestion se situe au niveau consultatif et participatif, où les utilisateurs directs des ressources naturelles de la lagune jouent un rôle actif dans la prise de décisions et la gestion durable du site. Autour d’eux, il y a les entités de gestion locale, telles que l’équipe de gestion du site de Ramsar de la division de la faune, les agents des pêches au niveau des districts, les assemblées de district et le conseil élu, ainsi que les zones de gestion des ressources communautaires (CREMA) et les chefs communautaires traditionnels (Figure 1).

Figure 1

Description des parties prenantes et leur relation dans le système de gouvernance du complexe lagunaire de Keta Lagoon, Site Ramsar, Ghana

Description des parties prenantes et leur relation dans le système de gouvernance du complexe lagunaire de Keta Lagoon, Site Ramsar, Ghana

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En périphérie de ces entités locales, plusieurs autres acteurs et institutions jouent un rôle dans la gestion du site. L’État est représenté par diverses commissions et agences, dont la Commission des pêches, la Commission des forêts, la Division de la faune et l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Il est donc à noter que deux systèmes hiérarchisés de gouvernance coexistent : les services déconcentrés/décentralisés de l’État et le système traditionnel de chefferies. Les entités de recherche académique, telles que le Centre de recherche pour la conservation de la biodiversité de l’Université du Ghana, et les ONG internationales, y compris l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), apportent leur expertise et leur soutien. La coopération internationale, avec les agences de l’ONU et d’autres agences nationales, joue également un rôle important dans le système de gestion. Enfin, l’approche de cogestion intègre les autorités traditionnelles, notamment les chefs traditionnels et les conseils locaux.

Méthode

Présentation du site

Le site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon est le plus grand site Ramsar au Ghana, couvrant une superficie totale de 1360 km2 (Mahu et al., 2023 ; Duku et al., 2021). Il s’étend sur 40 kilomètres le long de la côte, séparé de la mer par une crête côtière étroite, variant de 2,5 kilomètres à son point le plus large à 0,92 kilomètre à son point le plus étroit (Gordon et al., 2009). Situé à l’extrême sud-est du pays, il est bordé à l’est par la frontière internationale avec le Togo, à l’ouest par le fleuve Volta, et au nord par l’autoroute Tema-Aflao (depuis le pont de Sogakope à l’ouest jusqu’à la ville de Tokor à l’est (Figure 2). Le complexe Keta Lagoon englobe six districts : Anloga, South Tongu, Keta, Akatsi, Ketu North, et Ketu South. Ce site Ramsar comme le montre la Figure 2, est caractérisé par une vaste étendue de lagunes ouvertes avec de l’eau saumâtre, des plaines inondables, des marais et de vastes mangroves (Sekey et al., 2023 ; Duku et al., 2021). Les principales sources d’eau du site comprennent la lagune Avu, la rivière Todzie, les ruisseaux Aka et Belikpa, le fleuve Volta, ainsi que l’eau de la mer provenant du golfe de Guinée (Figure 2).

Figure 2

Localisation du complexe lagunaire de Keta Lagoon, Site Ramsar, Ghana

Localisation du complexe lagunaire de Keta Lagoon, Site Ramsar, Ghana

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La recherche met en lumière une perte importante de biodiversité au sein du complexe lagunaire de Keta Lagoon, principalement due à la diminution des habitats naturels tels que les mangroves, les marécages, et les prairies (Karakara et al., 2024 ; Mattah et al., 2024 ; Sekey et al., 2023 ; Duku et al., 2021 ; Gordon et al., 2009). La couverture de mangroves a perdu environ 47 km2 entre 1991 et 2020, ce qui reflète une dégradation écologique préoccupante, avec des impacts négatifs sur les écosystèmes et les services qu'ils fournissent, tels que la protection contre l'érosion côtière et le soutien à la biodiversité marine (Figure 3) (Sekey et al., 2023). La couverture de mangrove est passée de 70 km2 à 58 km2 en 2020, indiquant une perte de 12 km2 sur cette période (GMES et Africa, 2020). Cette perte de végétation naturelle affaiblit la résilience des écosystèmes face aux perturbations, y compris les effets du changement climatique, et menace les moyens de subsistance des communautés locales qui dépendent de ces ressources (Figure 3) (Failler et al., 2020a).

Figure 3

Couverture de mangrove pour 2015 (rouge, 70km2) et 2020 (vert, 58km2)

Couverture de mangrove pour 2015 (rouge, 70km2) et 2020 (vert, 58km2)
GMES et Africa, 2020

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En parallèle, l'urbanisation rapide de la région, en particulier entre 2007 et 2020, exerce une pression croissante sur les écosystèmes locaux (Figure 3) (Mahu et al., 2023 ; Duku et al., 2021). L'augmentation de près de 400 % des zones urbaines a conduit à une réduction drastique des habitats naturels, les zones bâties remplaçant les marécages, prairies, et autres écosystèmes (Puplampu et al., 2023). L’ensemble des zones de bâti constituent désormais une ceinture urbaine qui entoure la quasi-totalité du site (Figure 4).

Figure 4

Zones urbaines (en couleur rouge) pour les zones autour des KLCRS en 2022

Zones urbaines (en couleur rouge) pour les zones autour des KLCRS en 2022
Brown et al., 2022

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Cette urbanisation, exacerbée par une croissance démographique rapide et l'expansion des activités économiques, menace l'intégrité écologique du site (White et al., 2008). L'étalement urbain non contrôlé contribue non seulement à la perte d'habitats, mais aussi à l'érosion côtière, à une perte de connectivité avec les habitats naturels environnants et à la dégradation des plages, soulignant l'urgence d'une gestion intégrée qui concilie développement urbain et conservation de la biodiversité. (Damte et al., 2023 ; White et al., 2008).

Collecte des données de terrain

Cette recherche s’inscrit dans le cadre plus large de la mise à jour du plan de gestion du complexe lagunaire de Keta Lagoon, qui a servi de catalyseur pour mobiliser l’ensemble des parties prenantes. La collecte des données s’est déroulée en plusieurs phases, organisées pour assurer une compréhension approfondie et représentative des dynamiques locales.

La première phase a consisté en un atelier de démarrage, organisé afin d’informer les principales parties prenantes (institutions de l’État, chefs traditionnels, Organisation Socio Communautaire (OSC) et communautés) des projets de mise à jour du plan de gestion. Cet atelier visait non seulement à présenter les objectifs de la recherche, mais aussi à instaurer un climat de confiance et à faciliter un dialogue ouvert. La méthodologie de l’atelier incluait des tables rondes et des séances interactives permettant aux participants d’exprimer leurs préoccupations et leurs attentes. Ces échanges initiaux ont fourni des informations contextuelles et précieuses qui ont guidé les étapes suivantes de la collecte des données.

Dans la phase suivante, une immersion sur le terrain a été réalisée, comprenant des entretiens approfondis avec l’équipe de direction du Keta Lagoon, ainsi que des acteurs clés. Les entretiens ont été conduits dans les six districts qui ceinturent le complexe lagunaire, couvrant un échantillonnage géographique représentatif de la région et un échantillonnage varié en fonction des caractéristiques socioprofessionnelles. Au total, 18 communautés ont été consultées entre juin et juillet 2022, afin d’assurer une couverture adéquate des différentes zones d’étude. Cette consultation a inclus plus d’une quarantaine d’entretiens de groupe et plus d’une vingtaine d’entretiens semi-structurés avec un échantillonnage diversifié d’acteurs, comprenant des informateurs clés, des leaders d’opinion, des usagers directs, des agents administratifs, des dirigeants communautaires, de la communauté scientifiques, et diverses autres parties prenantes (Tableau 1).

Tableau 1

Répartition par catégories socioprofessionnelles des groupes d'acteurs interviewés

Répartition par catégories socioprofessionnelles des groupes d'acteurs interviewés

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Les entretiens de groupe ont permis de recueillir des perceptions collectives et de favoriser des discussions interactives, tandis que les entretiens semi-structurés ont offert une flexibilité pour approfondir certains sujets tout en suivant un guide prédéfini (Figure 5).

Figure 5

Exemple du travail d’entretien de groupe

Exemple du travail d’entretien de groupe
Enquêtes de terrain, 2024

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Les entretiens avec les groupes communautaires et les acteurs clés ont permis d'aborder plusieurs aspects essentiels liés à la gestion du site. Tout d'abord, les discussions ont porté sur l'identification des principales menaces perçues par la communauté, mettant en lumière les préoccupations locales. Ensuite, les causes sous-jacentes de ces menaces ont été explorées pour mieux comprendre les facteurs qui les alimentent. Les participants ont également évalué la fréquence de chaque menace et son impact sur la vie quotidienne des usagers directs ainsi que sur l'écosystème local. Par ailleurs, des solutions pratiques ont été proposées pour atténuer ces menaces, accompagnées d'une définition claire des rôles et responsabilités des différentes parties prenantes dans la mise en œuvre de ces solutions. Enfin, les discussions ont abouti à une priorisation des actions à entreprendre, en identifiant les étapes nécessaires pour garantir une mise en œuvre efficace des solutions proposées.

Analyse des données

Cet article est descriptif et qualitatif. Les données recueillies lors des entretiens et des discussions de groupe ont été analysées en suivant une méthode qualitative simple. D’abord, les réponses des participants ont été transcrites et des points clés ont été identifiés durant cette phase. Ces points ont ensuite été regroupés en grands thèmes, comme les menaces pour l’environnement et les facteurs qui les causent. Les entretiens entre les différents groupes d’acteurs (pêcheurs, agriculture, et autres) ont été confrontés pour évaluer leur similitude. Les menaces – ainsi que leurs facteurs – ont ensuite été quantifiées selon leur récurrence dans les réponses pour savoir lesquelles étaient les plus fréquentes et donc les plus préoccupantes.

Une fois ce travail achevé, une seconde étape importante a permis d’évaluer la dépendance des communautés à l’environnement et l’impact sur leurs conditions de vie. Chaque menace clairement identifiée a été évaluée en termes de dépendance des communautés locales aux ressources naturelles (par exemple, si elles dépendent beaucoup de la pêche) et en termes de dégradation des conditions de vie (comme la perte de revenus, ou de ressources naturelles pour leur subsistance). Des actions afférentes ont été extraites, afin d’accroitre la résilience des communautés locales face aux menaces identifiées en amont. Cette double évaluation a permis de comprendre globalement quelles menaces sont les plus graves pour les communautés locales et comment celles-ci affectent leur quotidien.

Résultats de la recherche

Menaces et facteurs de dégradation environnementale au complexe lagunaire de Keta Lagoon

Les acteurs interviewés sur le site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon ont identifié les principales menaces pour leur environnement. La surexploitation des ressources naturelles, comprenant la surpêche et la déforestation, est la menace la plus récurrente (Figure 6). Le blocage des canaux et des rivières, qui empêche l’eau de s’écouler librement et d’atteindre des zones importantes pour la biodiversité (fonds de plans d’eau, canaux de connexion entre l’estuaire constitué d’eau de mer et plans de la plaine alluviale), représente la deuxième menace majeure (Figure 6). La salinisation et les perturbations des précipitations affectent également l’environnement et les activités humaines. En outre, les pratiques de chasse non contrôlées, y compris les brûlis, dégradent les zones cultivées et les forêts (Figure 6).

Figure 6

Occurrence des principales menaces et facteurs pour l'environnement identifiés par les acteurs interviewés du site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon

Occurrence des principales menaces et facteurs pour l'environnement identifiés par les acteurs interviewés du site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon
Données issues des enquêtes de terrain, 2024

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Les facteurs principaux des menaces environnementales identifiées par les acteurs locaux incluent les stratégies de subsistance et la pauvreté, qui forcent les populations à s’engager dans des activités nuisibles à l’environnement. Les changements climatiques et les processus environnementaux naturels, tels que l’élévation du niveau de la mer, l’érosion côtière et les régimes de précipitations erratiques, constituent le deuxième facteur le plus mentionné. Enfin, la faible application des lois et le manque de sensibilisation sur les habitats naturels contribuent également à la dégradation de l’environnement au niveau du complexe lagunaire de Keta Lagoon.

Forte dépendance des communautés locales à l’environnement et dégradation des conditions de vie

Le tableau présente une vue d’ensemble des menaces environnementales affectant les communautés locales autour du complexe lagunaire de Keta Lagoon, en mettant en évidence leur dépendance à l’environnement et la dégradation des conditions de vie qui en découle. La surexploitation des ressources naturelles révèle une dépendance très élevée des communautés, avec une dégradation correspondante sévère de leurs conditions de vie, marquant une relation étroite entre ces deux aspects. L’étouffement des estuaires[1] et des cours d’eau montre également une forte dépendance, bien que certaines capacités d’adaptation restent possibles. Le brûlage de brousse et les précipitations irrégulières, liés à l’agriculture, accentuent encore la vulnérabilité des communautés, entrainant une dégradation des sols et une baisse de la productivité.

Tableau 2

Analyse de la dépendance environnementale et de la dégradation des conditions de vie des communautés locales autour du complexe lagunaire de Keta Lagoon

Analyse de la dépendance environnementale et de la dégradation des conditions de vie des communautés locales autour du complexe lagunaire de Keta Lagoon

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La salinisation des terres et l’utilisation des produits chimiques dans l’agriculture montrent l’importante dépendance des communautés locales à l’agriculture pour leur subsistance. Ces pratiques nuisent à la fertilité des sols et ont des impacts négatifs importants. Bien que coûteuses, certaines adaptations sont possibles, comme l’utilisation de variétés résistantes au sel et des pratiques écologiques. De plus, les activités destructrices des grandes entreprises menacent l’emploi local. Enfin, l’empiétement des animaux sauvages et du bétail montre une dépendance et une dégradation modérée.

Manque de connaissance de l’Aire protégée et attentes inappropriées des communautés locales

L’analyse de la figure 8 révèle que des disparités importantes dans la compréhension du site Ramsar du complexe Keta Lagoon et de la mission portée par la Wildlife Division (WD) par les communautés. Environ 42% des personnes interrogées possèdent une bonne connaissance du site et de ses pratiques de gestion, tandis que 12% ont une connaissance moyenne avec des informations limitées. Cependant, 21% n’ont qu’une connaissance très superficielle, connaissant seulement l’existence du site ou du WD, et 25% n’ont aucune connaissance du tout.

Figure 7

Niveau de connaissance des communautés locales sur le site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon

Niveau de connaissance des communautés locales sur le site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon
Données issues des enquêtes de terrain

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Ainsi, une proportion importante de la communauté locale, soit 46%, a une connaissance insuffisante ou inexistante du site Ramsar du complexe lacunaire de Keta Lagoon, Ghana.

Discussion

Le complexe lagunaire de Keta Lagoon, bien que protégé et désigné comme site Ramsar depuis 1992, est confronté à des menaces majeures qui remettent en question l'efficacité de sa protection. La surexploitation des ressources naturelles, exacerbée par la forte dépendance des communautés locales à ces ressources, accélère la dégradation de l'écosystème. Parallèlement, l'urbanisation rapide autour du site, qui transforme les habitats naturels en zones bâties, intensifie la pression sur les ressources et complique la gestion de l'aire protégée. De plus, la connaissance limitée des populations locales concernant l'importance de cette aire protégée freine leur participation aux efforts de conservation, réduisant d’autant l'efficacité des mesures de protection. La dégradation des conditions de vie des communautés locales souligne l'urgence de mettre en place une gestion intégrée écosystémique et participative, spécifiquement appliquée aux zones côtières, visant à concilier impérativement la protection environnementale avec les besoins socioéconomiques des communautés locales. Cette gestion intégrée peut constituer une réponse efficace, mais son succès dépendra de sa mise en œuvre rigoureuse, de l’engagement des parties prenantes et de l’adaptation aux réalités locales. Ce diagnostic révèle quatre problématiques majeures communes aux aires protégées en Afrique de l'Ouest : la forte interdépendance entre les communautés locales et leur environnement, tant sur le plan socioéconomique que culturel ; l'absence d'une véritable intégration des communautés dans la gestion et l'appropriation des mesures de protection ; la difficulté à concilier développement socioéconomique et préservation de la biodiversité dans un contexte de sous-développement ; et enfin, la fragilité des cadres de gouvernance, affaiblie par des facteurs humains, économiques et logistiques, qui entravent la gestion durable de ces zones.

À l’échelle du complexe lagunaire de Keta Lagoon, comme à l’échelle régionale, l’interdépendance entre les communautés locales et leur environnement est un phénomène profondément ancré, tant sur le plan socioéconomique que culturel. Cette interdépendance est particulièrement marquée dans les zones côtières et autour des zones humides, où les moyens de subsistance des populations dépendent largement de l’exploitation des ressources naturelles. Des activités telles que la pêche, la collecte de bois de mangrove, l’agriculture, et l’ostréiculture sont essentielles pour ces communautés, qui tirent directement leurs ressources des écosystèmes environnants. Cette relation de dépendance est exacerbée par des contextes socioéconomiques fragiles, caractérisés par des taux élevés de pauvreté et un manque d’opportunités économiques alternatives. Ces conditions contraignent les communautés locales à exploiter intensivement les ressources naturelles disponibles. Par exemple, les poissons représentent plus de 60 % de la consommation de protéines animales dans les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest (Déme et al., 2024 ; Belhabib et al., 2015 ; Gordon et al., 2013). Dans un contexte de forte croissance démographique, la demande en poissons ne cesse d’augmenter (Déme et al., 2024). Cette dépendance vis-à-vis des ressources halieutiques, combinée à la rareté des alternatives en protéines animales, rend les zones protégées particulièrement vulnérables à l'exploitation, surtout lorsque les ressources halieutiques traditionnelles se raréfient (Failler et al., 2019 ; Sambou et al., 2015 ; Cazalet, 2004). De plus, cela expose les communautés locales à une vulnérabilité accrue face à la dégradation des écosystèmes, limitant leur capacité à s’adapter lorsque les ressources diminuent (Sambou et al., 2015). L’exploitation du bois de mangrove pour répondre aux besoins quotidiens, comme le fumage du poisson ou la construction, illustre également cette interdépendance (Déme et al., 2023 ; Naidoo, 2023). En plus des aspects économiques, l’environnement joue un rôle central dans les pratiques culturelles et thérapeutiques des communautés ouest-africaines (Karakara et al., 2024). Les mangroves, par exemple, sont souvent considérées comme des lieux sacrés, abritant des divinités locales et servant de sites pour des rituels traditionnels. De nombreuses plantes des espaces terrestres des aires protégées sont également utilisées dans la pharmacopée traditionnelle (Failler et al., 2020b). Cette dimension culturelle renforce l’attachement des populations locales à leur environnement, mais rend complexe la mise en œuvre de mesures de gestion qui sont souvent perçues comme une intrusion dans les pratiques traditionnelles et une entrave à l’amélioration des conditions de vie des communautés locales.

Il est souvent courant de penser que les acteurs locaux ont une bonne connaissance de leur aire protégée et un engagement naturel envers la protection de l’environnement (Sallemi, 2021). Cependant, la réalité sur le terrain montre que de nombreuses communautés locales manquent de connaissances sur l’existence, l’importance, et les objectifs des aires marines protégées (AMP) (Failler et al., 2020a ; Failler et al., 2020b). Cette situation n’est pas propre à l’AMP de Keta Lagoon, mais comme le soulignent Failler et al. (2020), elle est répandue dans la plupart des AMP d’Afrique de l’Ouest (Singh, 2022 ; Deme et al., 2021 ; Oberosler et al., 2020). Ce manque de sensibilisation limite la capacité des communautés à s’engager efficacement dans les efforts de conservation et crée un décalage significatif entre les politiques de conservation et les pratiques locales (Deme et al., 2021). À cela s'ajoute l'absence d'un mécanisme efficace d'intégration des communautés locales dans la gestion des aires protégées. Les décisions de gestion sont souvent prises de manière centralisée, sans consultation adéquate des populations locales, ce qui peut entrainer un manque d'appropriation des mesures de protection (Dème et al., 2022 ; Ayivor et al., 2020 ; Cinner et al., 2012). Sans une compréhension claire des bénéfices des AMP, les communautés peuvent percevoir les restrictions imposées par ces aires protégées comme une menace à leurs moyens de subsistance, plutôt que comme une nécessité pour la préservation des ressources à long terme. Cela peut mener à des résistances passives ou actives, voire à des pratiques clandestines qui compromettent les objectifs de conservation (Dème et al., 2022). Par exemple, on observe des intrusions de pêcheurs migrants sénégalais dans les AMP de Mauritanie ou de Guinée-Bissau, ainsi que des incursions de pêcheurs migrants ghanéens au sein du complexe lagunaire de Keta Lagoon (Amalatchy et al., 2023). La cogestion, qui implique une participation active des communautés locales dans la gestion des ressources naturelles, commence à faire son chemin en Afrique de l’Ouest (Dème et al., 2022 ; Gnansounou et al., 2022 ; d'Aquino et Bah, 2013). 

Par ailleurs, il est observé dans le complexe lagunaire de Keta Lagoon et dans les AMP d’Afrique de l’Ouest une difficulté à concilier le développement socioéconomique et la préservation de la biodiversité, un défi souvent illustré par des contradictions flagrantes observées lors de la phase de terrain. Par exemple, bien que les communautés locales expriment le souhait de reboiser pour compenser la perte de couvert forestier, elles continuent simultanément à abattre des arbres dans d’autres zones, révélant une tension entre leurs intentions de conservation et leurs besoins économiques immédiats. De même, l’autre constat est que chaque groupe d’acteurs, qu’il s’agisse de pêcheurs, de coupeurs de bois ou d’agriculteurs, se concentre sur son secteur d’activité, sans considérer les interconnexions entre ces différentes pratiques et leurs impacts cumulatifs sur l’ensemble de l’écosystème. Cette approche fragmentée se retrouve également dans la protection des bosquets sacrés, où les efforts pour préserver ces zones culturellement importantes coexistent avec des pratiques agricoles intensives à base d’engrais de synthèse, menaçant ainsi les écosystèmes voisins. Ces contradictions observées sur le terrain et dans la littérature scientifique illustrent le manque de coordination et de vision intégrée dans la gestion des ressources naturelles, limitant l’efficacité des actions de conservation, malgré la bonne volonté des communautés.

Un autre point crucial est la fragilité du cadre de gouvernance des Aires marines protégées (AMP), y compris le complexe lagunaire de Keta Lagoon. Cette fragilité se manifeste par des structures institutionnelles faibles, un manque de coordination entre les autorités étatiques et traditionnelles, et une application souvent inadéquate des réglementations. Ces lacunes conduisent à une faible appropriation des mesures de gestion par les communautés locales, réduisant ainsi l'efficacité des efforts de conservation. Dans le cas du complexe de Keta Lagoon, cette situation a entrainé une méconnaissance des objectifs de conservation et une perception erronée des rôles et responsabilités de la Wildlife Division. Souvent, les attentes des populations sont disproportionnées ou hors sujet, englobant des demandes telles que le développement économique ou l'adduction d'eau potable. Cette confusion sur les objectifs réels de l'aire protégée complique encore davantage la gestion et souligne la nécessité d'une meilleure gouvernance impliquant activement les communautés locales.

La démarche de recherche-action utilisée dans cette étude a permis de définir, de manière participative, les mesures et solutions avec les acteurs locaux interviewés. Cette approche, en plus de cerner les défis environnementaux du complexe lagunaire de Keta Lagoon, a également permis de capitaliser sur les savoirs locaux dans l’élaboration des stratégies de gestion. En intégrant les avis et les connaissances des acteurs locaux, elle a conduit à des solutions plus adaptées aux besoins des populations, tout en tenant compte des réalités socioéconomiques et culturelles du terrain.

Figure 8

Diagramme de Sankey montrant les liens entre les principales menaces, les moteurs et les solutions identifiés par les communautés locales

Diagramme de Sankey montrant les liens entre les principales menaces, les moteurs et les solutions identifiés par les communautés locales

Les cases et les flux sont proportionnels au nombre de mentions

Données issues des enquêtes de terrain

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La figure 8 montre les liens entre les causes profondes des menaces environnementales et les solutions proposées pour y remédier. Elle révèle que des facteurs comme la pauvreté, le manque d'alternatives économiques, les changements climatiques et une gouvernance faible entrainent des menaces majeures, telles que la surexploitation des ressources naturelles, la pollution chimique et l'obstruction des canaux. En réponse, des solutions spécifiques sont associées à chaque menace, notamment des projets de régénération, des campagnes de sensibilisation et la création de nouvelles sources de revenus. Cette analyse met en lumière l’interconnectivité des écosystèmes : chaque cause peut entrainer plusieurs menaces, et chaque menace peut être atténuée par diverses mesures. Cela souligne l'importance d'une approche globale et de la participation des acteurs locaux pour garantir des solutions durables.

Conclusion

Cette étude sur le complexe lagunaire de Keta Lagoon met en lumière les défis majeurs de la conservation de la biodiversité dans un contexte de sous-développement, en soulignant l’importance cruciale d’une gouvernance adaptée et de l’implication active des communautés locales. Le diagnostic effectué a révélé une forte interdépendance entre les communautés locales et leur environnement, exacerbée par une surexploitation des ressources naturelles, des perturbations climatiques, et un manque de coordination institutionnelle. Ces facteurs ont conduit à une dégradation significative des écosystèmes, mettant en péril la durabilité des moyens de subsistance locaux. La recherche-action participative menée dans cette étude a permis de développer des solutions en collaboration avec les acteurs locaux, en intégrant leurs savoirs et leurs perceptions dans les stratégies de gestion. Cependant, la fragilité des cadres de gouvernance, caractérisée par des structures institutionnelles faibles et une application inégale des réglementations, a été identifiée comme un obstacle majeur à l’efficacité des efforts de conservation. Cette situation est aggravée par une méconnaissance des objectifs de conservation par les communautés locales, ce qui limite leur engagement et leur appropriation des mesures de protection. Ces défis sont d’autant plus pressants dans le contexte actuel, marqué par l’adoption du traité sur la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales (BBNJ) et les engagements pris lors de la Convention de Kunming-Montréal. Ces nouvelles obligations internationales renforcent l’urgence d’une gestion efficace des ressources marines et côtières, tout en complexifiant les tâches des gestionnaires d’aires protégées, qui doivent désormais concilier des objectifs de conservation ambitieux avec les besoins socioéconomiques des populations locales. En définitive, pour répondre aux enjeux complexes de la conservation dans des contextes similaires à celui de Keta Lagoon, il est indispensable d’adopter une approche intégrée et participative, soutenue par des cadres de gouvernance solides et une collaboration étroite entre toutes les parties prenantes. La mise en œuvre de ces recommandations contribuera non seulement à la préservation des écosystèmes, mais aussi à la sécurité alimentaire et au bien-être des communautés locales, rendant ainsi les aires protégées plus résilientes et efficaces à long terme.