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La revue électronique en sciences de l’environnement
Volume 24, Number 1, July 2024 Aires naturelles protégées en Afrique francophone : entre conservation de la biodiversité et conflits environnementaux, quelles perspectives d’intégration et d’appropriation par les communautés riveraines ? Guest-edited by Nicolas Hubert, Stéphanie Leyronas, Jessica Andriamasinoro and Alexis Nagalo
Table of contents (16 articles)
Aires naturelles protégées en Afrique francophone : entre conservation de la biodiversité et conflits environnementaux, quelles perspectives d’intégration et d’appropriation par les communautés riveraines ?
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Introduction - Conflits environnementaux et gestions communautaires des aires naturelles protégées en Afrique francophone
Nicolas Hubert, Stéphanie Leyronas, Jessica Andriamasinoro and Alexis Nagalo
AbstractFR:
Dans la plupart des pays francophones d’Afrique subsaharienne, les espaces de conservation de l’environnement sont majoritairement des héritages des occupations coloniales. Pour les aires protégées plus récentes, leurs conceptualisations, implantations et programmes de gestion sont presque exclusivement réalisés par des acteurs internationaux, en collaboration plus ou moins étroite avec les autorités nationales, et avec une concertation et intégration plus ou moins importantes des communautés riveraines vivant au sein ou à proximité de ces espaces environnementaux. Présentés comme des projets internationaux de développement, ces aires protégées sont pour la plupart constituées de manière ex nihilo et ne sont que faiblement intégrées aux territoires et à leurs structures socio-environnementales, politiques et économiques. Cette introduction au numéro thématique effectue une synthèse non exhaustive de la littérature portant sur les aires protégées en Afrique francophone, les conflits environnementaux et les perspectives d’intégration et de gestion communautaire par et pour les communautés riveraines. Elle interroge en cela, d’une part, la manière dont les normes et pratiques environnementales, sociales et politiques endogènes des communautés riveraines peuvent contribuer à la conservation de la biodiversité et, d’autre part, comment leur intégration au sein des processus de gestion des aires naturelles protégées peut favoriser le renforcement des programmes de conservation de l’environnement et l’appropriation des services environnementaux qu’ils peuvent procurer.
EN:
In most French-speaking countries of sub-Saharan Africa, environmental conservation areas are largely the legacy of colonial occupation. For more recent protected areas, their conceptualization, establishment and management programs are almost exclusively carried out by international players, in more or less close collaboration with national authorities, and with varying degrees of consultation and integration of local communities living in or near these environmental spaces. Presented as international development projects, these protected areas are for the most part created ex nihilo, and are only weakly integrated into the territories and their socio-environmental, political and economic structures. This introduction to the thematic issue provides a non-exhaustive synthesis of the literature on protected areas, environmental conflicts and the prospects for community integration and management by and for riparian communities. It examines how, on the one hand, the endogenous environmental, social and political norms and practices of riparian communities can contribute to the conservation of biodiversity and, on the other, how their integration into the management processes of natural protected areas can help strengthen environmental conservation programs and the appropriation of the environmental services they can provide.
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Évaluation de la dynamique spatiale des forêts primaires au sein du Parc national de la Salonga sud (RD Congo) à partir des images satellites Landsat et des données relevées in situ
Héritier Khoji Muteya, Héritier Kaki Mokuba, Kouagou Raoul Sambieni, Yannick Useni Sikuzani, Apollinaire Biloso Moyene and Jan Bogaert
AbstractFR:
Le Parc national de la Salonga (PNS) et ses ressources biologiques revêtent une importance considérable tant sur le plan environnemental qu'économique pour les communautés riveraines qui dépendent de ses ressources pour leur survie. Cette étude vise à quantifier l'impact des activités humaines sur les forêts primaires de la partie sud du PNS en utilisant la classification d'images Landsat des années 2002, 2007, 2014 et 2020, combinée aux outils d'analyse de l'écologie du paysage. Les résultats ont révélé que le paysage reste prédominé par les forêts primaires entre 2002 et 2020, bien que leur superficie ait constamment diminué au profit des forêts secondaires et des zones agricoles. En effet, la superficie des forêts primaires est passée de 12 636,82 km² en 2002 à 11 266 km² en 2020. La perte totale des forêts primaires au cours de cette période s'élève à 10,4 %, soit un taux annuel de déforestation de 0,6 %. Le nombre total de fragments de la forêt primaire a également légèrement diminué, passant de 525 142 en 2002 à 524 584 en 2020. De plus, les résultats ont également révélé que la proportion de forêts primaires augmente à mesure que l'on s'éloigne des villages, indiquant un impact significatif des zones villageoises sur la dégradation forestière. L'anthropisation de la partie sud du PNS se manifeste clairement par la réduction des surfaces de forêts primaires, principalement due aux activités agricoles. Ces résultats soulignent la nécessité d'un suivi régulier des activités humaines au sein du PNS, ainsi que le développement d'une stratégie de gestion intégrée pour préserver cette zone d'une importance écologique cruciale.
EN:
The Salonga National Park (PNS) and its biological resources hold significant environmental and economic importance for the surrounding communities that rely on its resources for survival. This study aims to quantify the impact of human activities on the primary forests of the southern part of the PNS using Landsat image classification from the years 2002, 2007, 2014, and 2020, combined with landscape ecology analysis tools. The results revealed that the landscape remained predominantly covered by primary forests between 2002 and 2020, although their area consistently decreased in favor of secondary forests and agricultural zones. Specifically, the area of primary forests decreased from 12,636.82 km² in 2002 to 11,266 km² in 2020. The total loss of primary forests during this period amounted to 10.4%, with an annual deforestation rate of 0.6%. The total number of primary forest fragments also slightly decreased, from 525,142 in 2002 to 524,584 in 2020. Additionally, the results indicated that the proportion of primary forests increased as the distance from villages increased, suggesting a significant impact of village areas on forest degradation. The anthropogenic impact on the southern part of the PNS is clearly evidenced by the reduction in primary forest areas, primarily due to agricultural activities. These findings underscore the necessity for regular monitoring of human activities within the PNS and the development of an integrated management strategy to preserve this ecologically crucial area.
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Perceptions sociales et adaptation au changement climatique dans et autour de la Réserve de Biosphère de Yangambi (RBY) en République démocratique du Congo
Emmanuel Tamidribe Tanyobe, Papy Bambu Liena, Edmond Mokuinema Bomfie and Ben Israël Bohola Lufukaribu
AbstractFR:
Le présent article a pour objectif de démontrer que les perceptions locales du changement climatique et les stratégies d’adaptation développées par les communautés riveraines de la Réserve de Biosphère de Yangambi (RBY) en République démocratique du Congo sont influencées par l’autochtonie ou le lien ancestral ancré sur le sol et la faible acceptabilité sociale des actions de conservation de la nature. Cette faible acceptabilité sociale concerne, en effet, les projets y exécutés. Pour ce faire, des sources documentaires, des enquêtes par entretiens individuels ainsi que par groupes de discussion (focus group) ont permis de récolter les données. L’analyse des données collectées démontre que la construction de la perception locale du changement climatique est influencée par deux facteurs principaux : d’une part, l’autochtonie qui renvoie au sentiment d'appartenance des communautés locales à leur terre ancestrale dont une superficie de 225 000 hectares est occupée par la RBY et, d’autre part, la faiblesse d’acceptabilité sociale de ladite réserve, y compris de projets menés dans et autour cette RBY.
EN:
The aim of this article is to demonstrate that local perceptions of climate change and the adaptation strategies developed by communities living near the Yangambi Biosphere Reserve (RBY) in the Democratic Republic of the Congo are influenced by autochthony or ancestral ties to the land and the low social acceptability of nature conservation actions. This low level of social acceptability applies to all the projects carried out in the area. To this end, documentary sources, individual interview surveys and focus groups were used to gather the relevant data. After analysis, it was realized that the construction of the perception of climate change is influenced by two main factors. On the one hand, autochtony, which refers to local communities' sense of belonging to their ancestral land, of which an area of 225,000 hectares is occupied by RBY, and on the other, the low level of social acceptability of the said reserve, including the scientific projects carried out in and around RBY.
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Défis de l’intégration communautaire dans la conservation de la biodiversité en Afrique de l’Ouest : cas du site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon, Ghana
El hadj Bara Dème, Grégoire Touron-Gardic, Kieran Deane, Anthony Adeea Mba, Senyo Adza, Lawrence Tetteh-Ocloo, Richard Gyimah, Precious Agbeko D. Mattah, Pierre Failler and Paul Silaï Tendeng
AbstractFR:
L'objectif de cet article est d'analyser les perceptions des communautés locales vis-à-vis du site Ramsar du complexe lagunaire de Keta Lagoon et d'évaluer les principales menaces environnementales pesant sur ces écosystèmes. La méthode de recherche a combiné des entretiens semi-structurés avec des groupes de discussion pour recueillir des données qualitatives approfondies, représentatives des perceptions et des dynamiques locales, couvrant l'ensemble des six districts du complexe lagunaire de Keta Lagoon. Les résultats montrent que les principales menaces identifiées par les communautés locales autour du complexe lagunaire de Keta Lagoon sont la surexploitation des ressources naturelles (mentionnée par 70 % des répondants), le blocage des canaux, la salinisation et les perturbations climatiques. Ces menaces aggravent la dépendance des communautés à leur environnement et ont entrainé une dégradation importante de leurs conditions de vie au cours des 10 à 20 dernières années. Environ 46 % des personnes interviewées ont une connaissance insuffisante ou inexistante du site Ramsar, tandis que 42 % en ont une bonne connaissance. Ce dernier point remet en question l'idée courante selon laquelle les acteurs locaux ont une connaissance approfondie de leur aire protégée et un engagement naturel envers la protection de l'environnement. Malgré cette lacune, il existe une volonté manifeste d'adhésion aux lois de protection environnementale parmi les communautés locales. Ce diagnostic a conduit à la mise à jour du plan d'aménagement 2023-2032 du complexe lagunaire de Keta Lagoon, le premier depuis 1999, visant à restaurer les écosystèmes, atténuer les menaces identifiées, et améliorer les conditions de vie des communautés locales en renforçant leur implication dans la gestion durable du site.
EN:
The aim of this article is to analyze the perceptions of local communities towards the Ramsar site of the Keta Lagoon complex, and on the evaluation of the main environmental issues weighing on this ecosystem. The research method combined semi-structured interviews with focus groups to gather in-depth qualitative data representative of local perceptions and dynamics, covering all six districts of the Keta Lagoon complex. The results show that the main threats identified by local communities around the Keta Lagoon complex are overexploitation of natural resources (mentioned by 70% of respondents), blocked canals, salinization and climatic disturbances. These threats aggravate the communities' dependence on their environment and have led to a significant deterioration in their living conditions over the last 10 - 20 years. Some 46% of those interviewed have little or no knowledge of the Ramsar site, while 42% have a good knowledge of the site. This latter point calls into question the common belief that local stakeholders have in-depth knowledge of their protected area and a natural commitment to environmental protection. Despite this gap, there is a clear willingness among local communities to adhere to environmental protection laws. This diagnosis led to the updating of the 2023 - 2032 management plan for the Keta Lagoon complex, the first since 1999, aimed at restoring ecosystems, mitigating identified threats, and improving the living conditions of local communities by strengthening their involvement in the sustainable management of the site.
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Gouvernance de l’orpaillage dans le domaine de chasse de Bili-Uéré : entre application de la règlementation nationale et nécessités locales de survie dans la Province du Bas-Uélé en République démocratique du Congo
Justin Kyale Koy, Gloire Ganza Bamulezi, Matthieu Mamiki Kebongobongo, Serge Alebadwa Mombenga, Antoine Tabu, Jean-Claude Kalala, Camille Welepele, Theodore Tréfon and Elie Lamarre
AbstractFR:
La gouvernance de l’orpaillage artisanal se caractérise, dans la plupart des pays africains, par des pratiques informelles. Le Domaine de Chasse de Bili-Uéré (DCBU), l’aire protégée la plus vaste de la République démocratique du Congo (60 000 km2), est menacé par l’orpaillage artisanal dont la gouvernance mérite d’être questionnée. Cet article vise à démontrer comment les exigences locales de survie limitent l’application de la législation nationale dans la gouvernance de l’orpaillage dans ledit domaine. Pour y parvenir, la collecte des données a mobilisé une triple entrée d’instruments méthodologiques comprenant la documentation, le discours (entretiens individuels et de groupe) et l’observation directe. À l’issue de l’analyse des données, les résultats montrent que la gouvernance de l’orpaillage dans le DCBU se caractérise par une coexistence entre la règlementation nationale et les pratiques informelles. Cette coexistence est due aux nécessités socioéconomiques locales des parties prenantes, abandonnées par l’État dans ses fonctions régaliennes. Les acteurs impliqués dans la gouvernance de l’orpaillage ont ainsi développé des systèmes des relations autour des enjeux liés à cette activité. Ces résultats prouvent que la question de gouvernance de l’orpaillage dans le DCBU est complexe car les jeux des acteurs sont définis à tous les niveaux, notamment national, provincial et local. À chacun de ces niveaux, l’orpaillage repose sur une gouvernance de proximité très structurée, régie par la prédominance des règles informelles. Une réponse holistique de la part de l’État et des autres parties prenantes est donc nécessaire pour concilier les préoccupations socioéconomiques avec l’application de la règlementation minière et forestière.
EN:
The governance of artisanal gold panning is characterized, in most African countries, by informal practices. The Bili-Uéré Hunting Domain (DCBU), the largest protected area in the Democratic Republic of Congo (60,000 km2), is threatened by artisanal gold mining, the governance of which deserves to be questioned. This article aims to demonstrate how local survival requirements limit the application of national legislation in the governance of gold panning in the said area. To achieve this, data collection mobilized a triple input of methodological instruments including documentation, discourse (individual and group interviews) and direct observation. At the end of the data analysis, the results show that the governance of gold panning in the DCBU is characterized by a coexistence between national regulations and informal practices. This coexistence is due to the local socio-economic needs of the stakeholders, abandoned by the State in its sovereign functions. The actors involved in the governance of gold panning have thus developed systems of relationships around the issues linked to this activity. These results prove that the question of gold panning governance in the DCBU is complex because the stakeholder games are defined at all levels, notably national, provincial and local. At each of these levels, gold panning is based on very structured local governance, governed by the predominance of informal rules. A holistic response from the State and other stakeholders is therefore necessary to reconcile socio-economic concerns with the application of mining and forestry regulations.
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Conflits latents et manifestes dans les pêcheries artisanales de l’écorégion de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP) : tensions actuelles et défis futurs
El hadj Bara Dème, Grégoire Touron-Gardic and Pierre Failler
AbstractFR:
L’objectif de cet article est d’évaluer les facteurs exacerbant les conflits dans les pêcheries artisanales de l’écorégion de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP) et de questionner la capacité des cadres actuels de gestion à les résoudre. La méthode a consisté à mener des interviews auprès des différentes parties prenantes dans les pays de la CSRP, combinant des entretiens semi-directifs et des groupes de discussion afin d’analyser les perceptions et dynamiques des conflits dans les pêcheries artisanales. Les résultats montrent que les conflits dans les pêcheries artisanales de la CSRP ne sont pas uniquement liés à la compétition pour l'accès aux ressources, mais sont le produit d'une combinaison de facteurs structurels et facteurs interactionnels. D'une part, les facteurs structurels, tels que l'influence des industries extractives, l'extension des Aires marines protégées (AMP), et les politiques de gestion perçues comme inéquitables, renforcent des asymétries de pouvoir et des tensions liées à l'accès aux ressources. D'autre part, les facteurs interactionnels, comme les rivalités internes entre pêcheurs artisanaux, les frustrations face aux inégalités technologiques et les incertitudes provoquées par le changement climatique, aggravent les dynamiques conflictuelles. Ces tensions sont enracinées dans des rapports de domination, des perceptions d'injustice et des déséquilibres dans la distribution des bénéfices, révélant une complexité bien au-delà de la seule lutte pour les ressources. Ces conflits risquent de s’intensifier à l'avenir avec l'élargissement des zones de pêche protégées, comme les Aires marines protégées et les Zones d’importance écologiques et biologiques (ZIEB), l'intensification de la migration des pêcheurs artisans, et le chevauchement des industries extractives avec ces zones dans les pays en développement. Ces dynamiques, combinées aux effets du changement climatique et à l'absence de mécanismes régionaux de gestion des conflits dans des cadres comme la CSRP, créeront un environnement encore plus conflictuel et incertain pour les pêcheurs artisanaux.
EN:
The aim of this study is to assess the factors exacerbating conflicts in artisanal fisheries in the SRFC ecoregion, and to question the ability of current management frameworks to resolve them. The method consisted in conducting interviews with various stakeholders in the SRFC countries, combining semi-structured interviews and focus groups to analyse the perceptions and dynamics of conflicts in artisanal fisheries. The results show that conflicts in SRFC artisanal fisheries are not solely linked to competition for access to resources but are the product of a combination of structural and interactional factors. On the one hand, structural factors, such as the influence of extractive industries, the extension of Marine Protected Areas, and management policies perceived as inequitable, reinforce power asymmetries and tensions linked to access to resources. On the other hand, interactional factors, such as internal rivalries between artisanal fishermen, frustrations with technological inequalities and uncertainties caused by climate change, aggravate conflict dynamics. These tensions are rooted in relationships of domination, perceptions of injustice and imbalances in the distribution of benefits, revealing a complexity that goes far beyond the struggle for resources alone. These conflicts are likely to intensify in the future with the expansion of protected fishing zones, such as MPAs and EBSAs, the intensification of artisanal fishermen's migration, and the overlap of extractive industries with these zones in developing countries. These dynamics, combined with the effects of climate change and the absence of regional conflict management mechanisms in frameworks such as the SRFC, will create an even more conflict-ridden and uncertain environment for artisanal fishers.
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Dynamiques stratégiques autour de la forêt classée de l’Alibori Supérieur au Bénin
Yarou Guera Chabi Yoro and Rose Kikpa Bio
AbstractFR:
Les écosystèmes forestiers, qui fournissent de multiples services et biens aux humains, subissent diverses pressions anthropiques et climatiques. L’établissement de certaines aires protégées par les autorités modifie cependant le mode de vie et d’organisation des populations locales, notamment en Afrique. Cette recherche analyse les facteurs contribuant à la dégradation de la forêt classée de l’Alibori Supérieur au Bénin. Les techniques de collecte de données mobilisées ont été l’entretien semi-dirigé et l’analyse des données cartographiques. L’échantillonnage s’est basé sur la technique du choix raisonné visant un profil diversifié, suivi de la technique boule de neige qui a permis d’interviewer cinquante participants tels que des agents forestiers, des élus locaux, les populations riveraines. Cette recherche s’appuie sur la perspective stratégique de Crozier et Friedberg (2014). Les résultats géospatiaux démontrent une réduction significative des surfaces boisées de la forêt classée, avec la forêt claire et savane boisée passant de 57 911 hectares en 2000 à 4 740 hectares en 2022. Ensuite, les données révèlent que l’expansion clandestine des terres agricoles ainsi que les activités agropastorales au sein de la forêt par les populations riveraines sont les principales causes de cette dégradation. De plus, les règlements de gestion et de conservation mis en place ont conduit à des stratégies de contournement, accélérant ainsi la dégradation et la surexploitation des ressources naturelles. Les populations locales, installées depuis plusieurs générations bien avant la création de la forêt classée en 1955, entretiennent un sentiment enraciné d'appartenance et de droit légitime sur ces terres, qu'elles perçoivent comme leur héritage ancestral. Ce lien, associé à leur mode de vie axé principalement sur l’agriculture et l’élevage, constitue une menace persistante pour l’équilibre de l’écosystème tout en exacerbant les tensions entre les différents usagers de la forêt.
EN:
Forest ecosystems, which provide multiple goods and services to humans, face various anthropogenic and climatic pressures. However, the establishment of certain protected areas by authorities alters the lifestyle and organization of local populations, particularly in Africa. This research analyzes the factors contributing to the degradation of the Alibori Superieur Classified Forest in Benin. The primary data collection methods used were semi-structured interviews and cartographic data analysis. Sampling was based on purposive selection targeting a diverse profile, followed by the snowball technique, which enabled interviews with fifty participants, including forest rangers, local elected officials, and neighboring populations. This research draws on the strategic perspective of Crozier and Friedberg (2014). Geospatial results show a significant reduction in the forested area, with open forest and wooded savannah decreasing from 57,911 ha in 2000 to 4,740 ha in 2022. Furthermore, the data reveal that the clandestine expansion of agricultural lands and agropastoral activities within the forest by neighboring populations are the primary causes of this degradation. Additionally, the management and conservation regulations implemented have led to circumvention strategies, thereby accelerating the degradation and overexploitation of natural resources. Local populations, who have inhabited the area for several generations long before the forest was classified in 1955, maintain a deep-rooted sense of belonging and legitimate rights to these lands, which they perceive as their ancestral heritage. This connection, combined with their livelihood activities centered on agriculture and livestock farming, poses a persistent threat to the ecosystem's balance while exacerbating tensions among the forest's various users.
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Conservation coercitive et (in)visibilité sociale des conflits dans le district de Hwange, au Zimbabwe
Zénaïde Dervieux
AbstractFR:
Au Zimbabwe, les habitants des zones communales du district de Hwange ont été expulsés de leurs terres peu après le début de la colonisation à des fins d’exploitation minière (extraction de charbon), de production agricole (fermes coloniales) et de conservation de la nature (création des espaces protégés, dont le parc national de Hwange, le plus vaste du pays). En dépit de l’instauration d’un programme innovant de gestion communautaire, les injustices associées à la conservation de la nature demeurent prégnantes. Cette contribution examine, à partir de matériaux ethnogéographiques, l’a-conflictualité apparente des faits sociaux dans le district de Hwange en tenant compte des situations autoritaires qui entourent les espaces vécus quotidiens. Elle instruit une hiérarchie du visible entre des conflits passés sous silence (occupation de terres, revendications d’accès aux espaces protégés et aux anciennes fermes coloniales) et des conflits qui ne le sont pas (interactions humain-faune). L’entrée conceptuelle proposée met au jour une grille de lecture de la conflictualité en périphérie des espaces protégés d’Afrique subsaharienne interrogeant l’expression des conflits dans des zones soumises à une conservation aux formes coercitives.
EN:
In Zimbabwe, the inhabitants of the communal areas of Hwange District were evicted from their land shortly after the start of colonisation for the purposes of mining (coal extraction), agricultural production (colonial farms) and nature conservation (creation of protected areas, including Hwange National Park, the largest in the country). Despite the introduction of an innovative community management programme, the injustices associated with nature conservation remain prevalent. Based on ethno-geographic material, this paper instructs the apparent a-conflictuality of social facts in the Hwange district, taking into account the authoritarian situations that surround the daily lived spaces. It informs a hierarchy of the visible between conflicts that are silenced (land occupation, demands for access to protected areas and former colonial farms) and conflicts that are not (human-wildlife interactions). This conceptual approach reveals a framework for interpreting conflictual situations on the periphery of protected areas in sub-Saharan Africa, examining the expression of conflicts in areas subject to coercive forms of conservation.
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Aires protégées : Perseverare diabolicum. Remettre en cause les impensés de la gestion forestière publique en Afrique
Alain Bertrand, Guybertho Randrianarivelo, Pierre Montagne, Philippe Karpe and Jon Anderson
AbstractFR:
Ce texte est une analyse devant l’injustice plus que séculaire faite à travers le monde aux peuples autochtones et aux communautés forestières. Il interroge les droits historiques et les savoirs et pratiques traditionnels qui demeurent encore méconnus, ignorés, falsifiés ou manipulés. La conservation de la nature est fondée sur la notion de wilderness, la mise à l’abri de toute emprise humaine, c’est-à-dire la préservation des espaces naturels. Mais, la conservation est un mot ambigu tant en français qu’en anglais, qui masque cet a priori de la préservation. Depuis l’origine, la création des aires protégées fait l’objet de critiques sur son inefficacité, confirmée par maints exemples, parce qu’elle confisque les terres et les espaces naturels bien conservés des populations résidentes, des peuples autochtones et les exclut. La critique des aires protégées, des États et des ONG globales préservation dites de conservation, contraste avec la gestion conservatoire durable, pluriséculaire, des espaces naturels par les communautés forestières. Les peuples autochtones vivent dans des zones qui contiennent 80% de la biodiversité de la planète et subissent une véritable spoliation par la création des aires protégées. Leurs modes de gestion coutumiers qui ont conservé ces ressources depuis des siècles (voire des millénaires) sont ignorés, niés et bafoués par la logique ethnocentrique, étroitement scientiste et hégémonique des créateurs des aires protégées. Il faut repenser la gestion publique des espaces forestiers et remettre en question l’unanimité et les impensés des réglementations forestières. Il faut tenir compte de l’autre unanimité, opposée et diverse, celle des règles coutumières des communautés forestières et des peuples autochtones qui ont fait la preuve de leur durabilité.
EN:
This text is an analysis of the centuries-old injustice done throughout the world to indigenous peoples and forest communities, whose historical rights and traditional knowledge and practices remain unknown, ignored, falsified or manipulated. The conservation of nature is based on the notion of wilderness , the protection from all human influence, that is to say the preservation of natural spaces. But conservation is an ambiguous word in both French and English, which masks this a priori of preservation. From the beginning, the creation of protected areas has been criticized for its ineffectiveness, confirmed by many examples, because it confiscates the lands and well-preserved natural areas of the resident populations of indigenous peoples and excludes them. The criticism of protected areas, states and global conservation NGOs contrasts with the sustainable, centuries-old conservation management of natural areas by forest communities. Indigenous peoples live in areas that contain 80% of the planet’s biodiversity and are being dispossessed by the creation of protected areas. Their customary management methods that have preserved these resources for centuries (even millennial) are ignored, denied and flouted by the ethnocentric and hegemonic logic of the creators of protected areas. We must reconsider the public management of forest areas and challenge the unanimity and unthinkable forest regulations. We must take into account the other unanimity, opposite and diverse, that of the customary rules of forest communities and indigenous peoples that have demonstrated their sustainability.
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Entre conservation, survie et sécurisation : quel(s) modèle(s) de gouvernance dans le parc du W-Bénin ?
Amandine Gnanguênon and Abdel-Aziz Mossi
AbstractFR:
Ce papier examine l’évolution des agendas, des intérêts et des enjeux à différentes échelles (locale, nationale, régionale et internationale) autour du parc du W-Bénin. Il analyse comment la gouvernance de la zone est façonnée par la conservation des aires protégées (pour des raisons politiques, économiques ou idéologiques), la prise en compte des besoins fondamentaux des communautés, l’opportunisme des groupes armés et les efforts de sécurisation face aux attaques récurrentes contre l’État et les populations. Cet article est issu d’une recherche documentaire à partir de publications académiques et de rapport institutionnels ainsi que d’une vingtaine d’entretiens qualitatifs conduits à Cotonou et par téléphone en mars 2022 avec des acteurs clés impliqués dans la gestion du Parc et avec les communautés riveraines du Parc du W dans les communes de Karimama, Malanville et Banikoara en août 2022. Il révèle que, depuis son classement au Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO, la gestion du parc du W-Bénin concentre de nombreuses formes de gouvernance locales, nationales ou régionales. Cette gouvernance tantôt exclusivement étatique, tantôt participative, tantôt privatisée recèle des enjeux de pouvoir qui dépassent la simple question écologique. Autrefois placée au centre des préoccupations de conservation et de survie, la gestion du parc du W doit désormais prendre en compte les défis sécuritaires que fait peser sur elle la menace des groupes armés qui prolifèrent dans la région et dont la présence compromet les ambitions de gouvernance de cette aire protégée.
EN:
This paper examines how agendas, interests, and issues at local, national, regional, and international levels evolve around the W-Benin Park. It analyzes how governance in the area is shaped by the conservation of protected areas (for political, economic, or ideological reasons), the consideration of communities’ basic needs, the opportunism of armed groups, and security efforts in response to recurrent attacks on state representatives and local populations. This article is based on documentary research from academic publications and institutional reports and a dozen qualitative interviews conducted in Cotonou and by telephone in March 2022 with key stakeholders involved in the management of the park and with the communities bordering Park W in the communes of Karimama, Malanville and Banikoara in August 2022. It reveals that since its designation as a UNESCO World Heritage Site, the management of the Benin W-park has been the focus of numerous governance initiatives at local, national and regional. This governance, which is sometimes exclusively state-run, sometimes participatory and sometimes privatised, encompasses power issues that extend beyond mere ecological concerns. While conservation and survival were once the primary focus, the management of Park W-Bénin must now address security challenges posed by the presence of armed groups in the region, compromising the governance ambitions of this protected area.
Section courante
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Controverses environnementales sur la gestion d’espaces naturels protégés : le cas de zones humides littorales atlantiques françaises
Léa Paly, Nathalie Carcaud and Véronique Beaujouan
AbstractFR:
Les zones humides littorales ont fait l’objet de changements importants dans l’ouest de la France en particulier depuis le XVIIIe siècle et connaissent aujourd’hui des processus de protection de leur caractère naturel. Cet article, issu d’une recherche doctorale, interroge les patrimoines naturels de trois zones humides littorales atlantiques dans un contexte de changements globaux. La lecture des documents de gestion et la réalisation d’une enquête qualitative composée de 27 entretiens auprès des acteurs de la protection de la nature et des usagers des sites montrent dans un premier temps que ces patrimoines protégés sont issus de la convergence de réalités écologiques, politiques et sociales. Ces patrimoines sont aujourd’hui reconnus et appropriés par les gestionnaires et usagers. Dans un second temps, l’analyse des entretiens met en lumière différentes visions portées sur ces paysages et révèle des controverses quant au choix des états de référence de ces espaces naturels protégés et de leur évolution future. Ces controverses puisent leur origine dans la pluralité des représentations sociales de la nature entre usagers et gestionnaires, dans l’influence des paradigmes autour de la protection des milieux naturels, et de l’histoire environnementale des sites étudiés.
EN:
Coastal wetlands have undergone major changes in the west of France, particularly since the 18th century, and are now undergoing processes to protect their natural character. This paper, the result of doctoral research, examines the natural heritage of three Atlantic coastal wetlands in the context of global changes. Management documents and a qualitative survey of 27 interviews with nature conservationists and site users show that these protected heritages are the result of a convergence of ecological, political and social realities. These heritages are now recognized and appropriated by managers and users. Secondly, an analysis of the interviews highlights the different visions of these landscapes and reveals the controversy over the choice of reference states for these protected natural areas and their future evolution. These controversies have their origins in the plurality of social representations of nature held by users and managers, and in the influence of the paradigms surrounding the protection of natural environments, and the environmental history of the sites studied.
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Gouverner un territoire d’étangs en déprise par le lancement d’une filière locale de pisciculture extensive : cas d’étude en Isère (France)
Jacques-Aristide Perrin, Emmanuel Guisepelli and Joël Robin
AbstractFR:
Cet article analyse un projet de relance de la pisciculture extensive dans le Nord-Isère en France. En rendant compte de l’opinion des acteurs impliqués par ce projet et de l’état de la controverse par rapport aux enjeux de savoir, nous souhaitons comprendre comment un projet de pisciculture questionne le devenir de ce territoire de l’eau comprenant des centaines d’étangs et, plus généralement, les politiques environnementales. Pour ce faire, nous avons conduit une étude qualitative basée sur une analyse de discours des différents acteurs de ce territoire rencontrés par entretiens réalisés entre 2022 et 2023 sur ce territoire d’étangs. En raison des logiques sectorielles propres à chaque type d’acteurs et de l’absence de référence scientifique commune, ce projet de pisciculture fait face à des oppositions de principe et génère une controverse sur le plan du savoir. Puisque les acteurs se positionnent sans parler des mêmes enjeux, composantes et paramètres des paysages d’étangs, tout dialogue productif permettant de clarifier leurs positions et leur référentiel de savoir est rendu impossible. Nous proposons une base de discussion collective pour penser ce projet de pisciculture en tant que projet de territoire afin de composer avec des enjeux environnementaux, patrimoniaux et alimentaires capables d’appréhender sa faisabilité économique, agronomique et son éventuelle acceptabilité.
EN:
This article analyzes a project aiming to develop extensive fish farming in the Nord-Isère area of France. By reporting on the perceptions of the stakeholders involved in this project and the controversies related to knowledge, we aim to understand how a fish farming project questions the future of this water territory and, more generally, environmental policies. We have conducted a qualitative study based on an analysis of the various stakeholders’ discourses, interviewed between 2022 and 2023 in this territory of ponds. Because of the sectoral logics specific to each type of stakeholder and the weak scientific reference, this fish farming project faces opposition and generates controversies in terms of knowledge. Since the stakeholders position themselves without talking about the same issues, components and parameters of pond landscapes, any productive dialogue to clarify their positions and knowledge frames of reference is impossible. We are proposing a basis for collective discussion on how to think of this fish farming project as a territorial project, in order to deal with the environmental, patrimonial and food issues that will determine its economic and agronomic feasibility and eventual acceptance.
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Élaboration collaborative d’un dispositif d’enseignement sur l’aménagement des cours d’eau en géographie et éducation à la durabilité (Suisse)
Anne-Sophie Gavin, Alain Pache, Marianne Milano and Emmanuel Reynard
AbstractFR:
La géographie scolaire a le potentiel de former les élèves à réfléchir aux interdépendances complexes entre nos sociétés et l’environnement et à leur capacité à agir en tant que citoyen·nes dans des projets d’aménagement du territoire. Dans cette perspective, la thématique de l’aménagement des cours d’eau a été choisie pour créer de manière collaborative un dispositif d’enseignement basé sur la mobilisation de savoirs multiples. Cet article a pour objectif de rendre visibles les savoirs et les processus qui ont abouti à la création de ce dispositif. Dans une approche transdisciplinaire, nous avons mené des entretiens avec des expert·es de l’aménagement des cours d’eau et de didactique, ainsi que des séances de travail avec des enseignant·es de géographie. Les résultats ont montré l’émergence de différents types de savoirs en géographie (académiques, d’expert·es, vernaculaires), en didactique et en pédagogie. La chercheuse a joué un rôle de médiatrice de ces savoirs au sein de ce processus afin de favoriser la création d’un dispositif innovant sur l’aménagement des cours d’eau en géographie dans une perspective d’éducation à la durabilité.
EN:
The educational programme in geography has the potential to train students to think about the complex interdependencies between our societies and the environment and their capacity to act as citizens in spatial planning projects. In that respect, the theme of river planning was chosen to build, in a collaborative way, a teaching device based on the mobilisation of multiple types of knowledge. This paper aims to highlight the geographical and didactic knowledge used and the processes that led to its design. Based on a transdisciplinary approach, interviews were conducted with experts in river planning and in didactics, and work sessions were carried out with teachers in geography. The results showed the emergence of different types of knowledge in geography (academic, experts, vernacular), didactic and pedagogy. The researcher played, during this process, the role of mediator between these knowledges. This led to the construction of an innovative device in geography embedded in an education for sustainable development.
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Du bon usage des pesticides : analyse socio-politique de la formation Certiphyto auprès des agriculteurs français
Sonia Grimbuhler, Elisabeth Marcotullio, Théo Werlen, Marc Delanoë and Jean-François Viel
AbstractFR:
Depuis 2009, tous les professionnels français exerçant une activité en lien avec les pesticides ont l’obligation de détenir le Certiphyto, attestant de connaissances suffisantes pour vendre, conseiller ou utiliser les pesticides en sécurité et réduire leur usage. En parallèle, les autorités publiques ont enregistré non pas une diminution mais une augmentation de la consommation nationale de pesticides, interrogeant la pertinence et l’efficacité de cette formation. Les formateurs et les agriculteurs de 40 formations Certiphyto ont accepté l'enregistrement de leur session. Ces verbatims ont été analysés quantitativement et qualitativement. Ensuite, la formation Certiphyto « réelle » (telle qu'observée à travers les verbatims) a été comparée à la formation « prescrite » (recommandations émises par les autorités). Sur le plan quantitatif, la durée moyenne des sessions est inférieure aux référentiels. Sur le plan qualitatif, l'écart au prescrit est quasiment la règle. Des items sont abordés alors qu'ils ne le devraient pas et inversement des items prescrits sont passés à la trappe. L'analyse sémantique des verbatims montre des déroulés pédagogiques variables, des principes généraux de prévention ne recevant pas l'attention qu'ils méritent, des préoccupations techniques et réglementaires envahissantes, et cetera. La refonte du Certiphyto apparaît donc comme une absolue nécessité afin d'encourager un meilleur usage des pesticides en France. Les constats de cette recherche conduisent à l'émission de recommandations qui devront être discutées par les parties prenantes, déclinées en objectifs opérationnels et éventuellement appliquées et validées selon les agendas propres à chaque organisation.
EN:
Since 2009, all French professionals working with pesticides are required to hold the Certiphyto certificate, which attests to their sufficient knowledge to safely sell, advise on, or use pesticides and reduce their overall use. In parallel, public authorities have recorded not a decrease but an increase in national pesticide consumption, casting doubt on the relevance and effectiveness of this training. To address this issue, trainers and farmers who participated in 40 Certiphyto training courses agreed to have their sessions recorded. These recordings were analyzed quantitatively and qualitatively. Then, the « real » Certiphyto training, as observed through the recordings, was compared with the « prescribed » training as recommended by authorities. In quantitative terms, the average duration of the sessions is shorter than the guidelines. In qualitative terms, deviations from the prescribed standard are almost always present. Some topics are covered unnecessarily, while others that should be included are overlooked. A semantic analysis of the recordings also reveals inconsistencies in pedagogical approaches, a lack of emphasis on general prevention principles, and an excessive focus on technical and regulatory aspects. Based on these findings, it is clear that a redesign of the Certiphyto training is necessary to promote better pesticide use in France. Recommendations are developed and will need to be reviewed by stakeholders, translated into specific operational objectives, and ultimately implemented and validated according to each organization's unique timelines and priorities.
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Sociohistoire des « victoires » contre les infrastructures écocidaires (France, 1970-2022)
Juliette Piketty-Moine and Gaëlle Ronsin
AbstractFR:
Depuis 1970, en France, des centaines de projets d’aménagement écocidaires portés par l’État, des collectivités et/ou des acteurs privés ont été abandonnés suite à des mobilisations locales. L’objectif de cet article est de décrire la morphologie de ces victoires écologistes territorialisées. Pour cela une base de données des mobilisations considérées réussies par les militant·es écologistes a été constituée à partir de la presse, d’archives et d’entretien. Son analyse montre que la plupart des mobilisations remportées par les militant·es s’opposaient à de “petits projets inutiles” (plutôt qu’à de grandes infrastructures) et ont nécessité une grande diversité de tactiques, des plus légalistes au plus contestataires. L’histoire de ces victoires remet en cause l’idée d’un reflux des mobilisations écologistes dans les années 1990 et permet de comprendre leurs effets sur la structuration d’un mouvement social large. L’article s’interroge finalement sur la notion même de victoire, ses effets et le devenir des militant·es une fois la cause gagnée.
EN:
From 1970, in France, hundreds of ecocidal infrastructure projects led by the State, local government or/and private actors were abandonned due to local mobilisations. The aim of this article is to describe the morphology of these territorial ecological victories. To do this, a database of mobilisations considered successful by environmental activists was compiled from a newspaper review, archives and interviews. Its analysis shows that the main successful conflicts concerned "small projects" requiring a diversity of activists and tactics. The history of these victories calls into question the common idea of an environmentalist ebb in the 1990s and helps us understand their effects on the construction of a broad social movement. Finally, the article looks at the notion of victory, its effects and what happens to activists once a cause has been won.
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Perceptions et pratiques de gestion forestière en site Natura 2000 en France : une approche par photos-questionnaire
Élodie Brahic and Philippe Deuffic
AbstractFR:
En France et en Europe, le rapport ambigu que les propriétaires forestiers entretiennent avec le dispositif Natura 2000 a donné lieu à de nombreuses enquêtes qui en soulignent une réception plutôt négative. Cependant, peu d’entre elles s’intéressent à la façon dont ces espaces sont gérés une fois le site désigné et alors que très peu de contrats sont signés. Notre étude vise à cerner la façon dont les propriétaires forestiers entrevoient la gestion de ces espaces vingt ans après la mise en place de ce dispositif. Nous faisons l’hypothèse que l’écologisation des pratiques modifie partiellement le regard qu’ils portent sur les enjeux environnementaux, et que la matérialité, la configuration et la dynamique des lieux influencent leurs modes de gestion. Basée sur sept photographies de milieux caractéristiques de la vallée du Ciron (peuplements de pin maritime, de feuillus, zones humides, ripisylves, bois morts), notre étude vise à apprécier la perception de ces paysages au regard de plusieurs critères (esthétique, entretien, naturalité, sécurité, fonctionnement écologique et diversité biologique) et à identifier les actions que les enquêtés envisageraient sur ces milieux. Le traitement statistique des données d’enquête permet d’identifier quatre profils de propriétaires : les partisans de la libre évolution, ceux qui préfèrent une gestion multifonctionnelle, et les adeptes d’une gestion plus ou moins active, à travers des degrés divers d’extraction de bois. Si Natura 2000 continue de susciter quelques inquiétudes et critiques chez les propriétaires forestiers, notre étude montre que c’est aussi un dispositif qui s’est normalisé, qui leur laisse des marges de manœuvre suffisantes pour qu’ils y déclinent un bouquet de pratiques environnementales personnalisées. La zone protégée apparaît ainsi comme un lieu d’apprentissage réciproque où l’ensemble des communautés de pratiques s’approprient progressivement le dispositif.
EN:
In France and Europe, the ambiguous relationship that forest owners have with the Natura 2000 scheme has been the subject of numerous surveys, all of which point to a rather negative reception. However, few are interested in how these areas are managed once the site has been designated, and while very few contracts are signed. Our study aims to identify how forest owners see forest management twenty years after the implementation of this scheme. We hypothesize that the "greening" of practices partially alters the way they view environmental issues, and that the materiality, configuration and dynamics of the sites also have a significant influence on their management. Based on seven photographs of characteristic environments in the Ciron valley (stands of maritime pine, deciduous trees, wetlands, riparian forests, dead wood), our study aims to assess the perception of these landscapes with regard to several criteria (aesthetics, maintenance, naturalness, safety, ecological functioning and biological diversity) and to identify the actions that respondents would envisage in these environments. Statistical processing of the survey data reveals four landowner profiles: those who prefer free evolution, those who prefer multifunctional management, and those who prefer more or less active management, with varying degrees of timber extraction. Although Natura 2000 continues to arouse some concern and criticism among forest owners, our study shows that it is also a system that has become standardized, leaving them sufficient room for manoeuvre to implement a range of personalized environmental practices. The protected area thus appears to be a place of reciprocal learning, where all the communities of practice are gradually making the system their own.