Abstracts
Résumé
L’occitan, dont l’assise traditionnelle concerne une grande partie du sud de la France, ne bénéficie que de très peu de possibilités dans l’enseignement. Cette situation résulte de plusieurs facteurs qui ne tiennent pas tous du centralisme et d’anciennes incitations au monolinguisme national. La faiblesse de l’aménagement favorable aux langues régionales rencontre maintenant une langue occitane très minoritairement pratiquée, dont la présence sur les médias publics en région n’est que symbolique. Les difficultés de l’occitan, non contrebalancées par une forte demande sociale ni par un volontarisme politique, bien qu’il y ait une évolution favorable dans certaines régions concernées, sont aussi alimentées par un faible niveau de standardisation. Or, ce handicap, qui témoigne d’un maintien de la variation historique, est intégré positivement dans les procédures de l’enseignement avec une conception dynamique du diasystème d’oc assurant pour l’heure des avancées pédagogiques basées sur un équilibre entre bases linguistiques communes, dont l’orthographe, et caractéristiques de la diversité géolinguistique.
Abstract
The Occitan language, which has traditionally been used over a generous swath of Southern France, has not been the subject of much educational consideration. This is the result of several factors that are not all rooted in French centralism and former incentives to promote national monolingualism. However, weak regional language planning has reduced the Occitan language to use by a very small minority and to an all-but-symbolic place in the public media. The difficulties faced by Occitan have not been counterbalanced by strong social pressures or political will, despite positive developments in some of the concerned regions, and are exacerbated by a low level of language standardization. Yet this handicap, which is rooted in the maintenance of historical variation, has been positively integrated into teaching practices through a dynamic conceptualisation of the Occitan diasystem. This approach ensures, for the time being, pedagogical progress founded on a balance between linguistic similarities, such as shared spelling, and features of geolinguistic diversity.
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Appendices
Notes
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Une deuxième manifestation s’est déroulée le 17 mars 2007 sur le même thème à Béziers et a rassemblé plus du double de personnes en présence, entre autres personnalités, du capoulier du félibrige.
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« Un enseignement de langues et cultures régionales peut être dispensé tout au long de la scolarité selon des modalités définies par voie de convention entre l’État et les collectivités territoriales où ces langues sont en usage ».
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Cette académie venait en premier en 2003 parmi celles de l’ensemble du domaine d’oc avec 17 sites bilingues publics. Venaient ensuite celle de Bordeaux avec 10 sites et celle de Montpellier avec 3 sites. Il n’y en avait pas dans les autres. Celle d’Aix-Marseille connaissait une situation particulière avec un enseignement de langue et en langue de 3 à 6 heures hebdomadaires concernant alors 3 774 élèves (renseignements enquête nationale du Ministère de l’Éducation nationale -Direction de l’enseignement scolaire DESCO, 2003).
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Renseignements Rectorat de l’Académie de Toulouse - Conseil académique pour l’enseignement de l’occitan (CAEO).
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Voir, à ce sujet, les résultats de l’enquête IFOP réalisée auprès d’un échantillon de 804 personnes pour le compte de la Section régionale de l’Institut d’études occitanes de l’Auvergne Pratiques et représentations des langues régionales en Auvergne (IFOP, 2006). Les tendances qui émanèrent de sondages similaires, quoique réalisés par d’autres organismes spécialisés, dans les régions Languedoc-Roussillon et Aquitaine, vont dans le même sens en affichant une compréhension moyenne de la langue qui se situe autour de 50 %. 6 % des Auvergnats interrogés déclarent savoir parler bien ou très bien (3 % et 3 %). Par ailleurs, une demande majoritaire de reconnaissance de la langue et de sa prise en compte institutionnelle s’aligne sur les mêmes tendances repérées ailleurs pour l’occitan et pour d’autres langues régionales en France.
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Signalons comme un fait remarquable l’emploi de cette langue dans la signalétique interne des bâtiments administratifs du Conseil général du département des Pyrénées-Atlantiques (64), conjointement au basque et au français, en traduction de ce dernier.
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L’écrit littéraire n’a ainsi que partiellement contribué à favoriser, jusque-là, la standardisation de l’occitan, si ce n’est à travers l’usage de graphies consacrées, mistralienne puis alibertine. Cette dernière est devenue dominante, mais au-delà de tendances standardisatrices auxquelles elle contribue, les usages littéraires n’ont pas signé depuis le Moyen Âge une distinction quant aux normes linguistiques de référence entre usages écrits et usages oraux traditionnels. L’écrit transcrit fondamentalement l’oralité en souscrivant en surface aux tendances standardisatrices minimales que son emploi est susceptible d’induire par l’emploi de l’écrit, particulièrement depuis un siècle et demi. Chaque écrivain occitan, depuis le XVIe siècle au moins, écrit dans la variante primaire qui correspond à l’endroit ou à la zone géographique dont il est issu ou bien où il a vécu. Une variété résultant d’une normativisation compositionnelle comme le rumantsch grishun pour le romanche, ou un dialecte codifié et reconnu dans un rôle de code transversal de communication n’ont finalement pas prévalu tout au moins pour une partie de l’écrit formel. D’une part, le languedocien ou occitan central est quelques fois choisi pour remplir ce type de fonction sur une base normativisatrice demeurée d’ailleurs imprécisée depuis son émergence dans les années 1930. D’autre part, l’écrit littéraire contribue à valoriser et à légitimer les dialectes en tant que tels qui apparaissent comme les supports prestigieux, réels ou postulés, des oeuvres littéraires. Un des éléments à prendre en compte dans une sociologie de la littérature occitane est justement la répartition géolinguistique de cette création en occitan.
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C’est par exemple le cas sur une carte schématisée où l’indication « langues d’oc » apparaît comme le pendant de « langues d’oïl » (Francard, 2000 : 9). Ailleurs, deux pluriels pour le présent et pour le passé ont pu être assignés à l’ensemble d’oc à travers « les divers modes sur lesquels ces langues sont représentées, celles qui sont parlées dans le sud de la France, et que l’on appelle depuis quelques décennies occitan, alors qu’au XIXe siècle elles étaient simplement les « langues d’oc » », sans que l’on soit plus informé que dans le cas précédent sur les sources de cette assertion (Poche, 2001 : 28).
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w.dglflf.culture.gouv.fr
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On retiendra à l’appui de cette émergence des langues d’oïl, les résultats concernant le picard dans l’enquête Étude de l’histoire familiale, réalisée en 1999 par l’INSEE et l’INED que le recensement fait apparaître un maintien relatif du picard dans le Nord de la France : 8,7 % chez les agriculteurs, 3,5 % chez les ouvriers et 3,7 % dans les professions intellectuelles (Blot et al., 2004).
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Depuis 1999, Diwan (écoles immersives en breton) a ouvert un second centre opérateur propre à Quimper.
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