Recensions

Lefebvre, C. (2022). À l’ombre de l’histoire des autres. EHESS

  • Kevin Péloquin

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  • Kevin Péloquin
    Université de Montréal

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Cover of Volume 50, Number 1, 2024, Revue des sciences de l’éducation

Dans cet ouvrage consacré à la mémoire familiale des siens, l’historienne et directrice de recherche au CNRS Camille Lefebvre expose les trajectoires de ses quatre grands-parents pour en restituer les déplacements qui mènent ultimement à leurs rencontres à Paris durant les années 1950. Pour mener cette enquête, l’historienne jongle avec une série de documents qu’elle fait entrer en dialogue pour mieux les approcher et les critiquer. C’est ainsi que sont retracés, analysés, opposés et critiqués des archives publiques (par exemple, actes notariés, archives militaires) et privées (par exemple, lettres d’amour, lettres personnelles), des entretiens avec des membres de sa famille et des travaux scientifiques récents afin d’en faire émerger des parcours de vie qui s’inscrivent dans la grande histoire. Cet essai n’est pas étranger à ceux réalisés par les historiens Yvan Jablonka et Benjamin Stora pour ne nommer qu’eux. La recherche de ce passé composé nous fait découvrir les contextes politique, économique et social dans lesquels ses grands-parents ont vécu, d’Odessa à Oran ou de Madrid à Bordeaux, de la fin du 19e siècle jusque dans les années 1950. De plus, la présentation de ces récits de vie nous offre l’occasion de prendre encore une fois conscience des bouleversements personnels causés par les pogromes, la colonisation, les guerres, la Shoah et l’engagement communiste ou dans la Résistance. Chacun des quatre chapitres est construit de la même façon. Une carte représentant les déplacements des membres de la famille sur les territoires ainsi qu’un arbre généalogique familial permettent de camper ces récits dans l’espace et le temps. Au fil de la reconstitution de ces expériences différenciées, l’historienne est confrontée aux traces laissées par ses proches et ce qu’elles disent et ne disent pas. Chacune de ces traces est replacée dans son contexte de production et celui de son analyse. Parfois, c’est le hasard qui trône sur la route de l’enquête, comme les archives trouvées au gré des recherches et qui ouvrent des chemins inattendus. Enfin, c’est au contact de ces sources que l’historienne affronte sa subjectivité de façon scientifique et qu’elle se distancie de ces passés pour interroger son objet d’étude, ce qui produit un effet méthodologique sur le processus d’enquête. En fait, le regard que porte l’historienne sur ces passés met en lumière le rôle d’une méthode d’enquête en histoire. Derrière chaque analyse des sources, l’historienne précise de quelle façon elle y a accès ainsi que les limites que cela suppose pour l’interprétation. Il est donc possible de voir en partie la façon dont se déploie cette méthode dans l’analyse d’un objet d’étude. L’historienne n’hésite pas à exposer les limites de la reconstitution des trajectoires ainsi que les lacunes des sources rencontrées, sans oublier celles qui manquent pour brosser un portrait juste d’un récit de vie. Sans données, elle n’invente pas. Elle ne craint pas d’exposer les silences qu’elle rencontre. Elle ne les comble pas, mais cherche plutôt à les contextualiser en émettant des hypothèses qui s’appuient sur des éléments du contexte politique, économique et social de l’époque. Bref, sa démarche nous ramène à l’importance de poser et de se poser des questions lorsque nous entrons dans l’enquête. En décrivant son objet d’étude, elle donne en fait une leçon du caractère construit de la discipline historique. La lecture de cet essai constitue un cours sur la méthode historienne. Les étudiant⋅e⋅s en enseignement ainsi que les professionnel⋅le⋅s qui oeuvrent dans les classes actuellement gagneraient à plonger au coeur de cette démarche qui se déploie de chapitre en chapitre. Ce serait l’occasion de s’approprier une démarche historienne pour concevoir des projets en classe, mais aussi pour accompagner les élèves dans la construction …