Abstracts
Mots-clés :
- musique classique,
- musique populaire,
- genres musicaux,
- pluralité,
- numérimorphose
Keywords:
- classical music,
- popular music,
- musical genres,
- plurality,
- digital media
Musicologue, professeur à l’Université du Québec à Montréal (uqàm), membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (oicrm) et du comité scientifique de la Société québécoise de recherche en musique (sqrm), Danick Trottier consacre la majeure partie de ses travaux aux musiques classiques et populaires des xxe et xxie siècles. Le classique fait pop ! Pluralité musicale et décloisonnement des genres retrace ainsi l’évolution de l’opposition entre classique et populaire à travers le déploiement d’une trame musicale et historique démontrant une grande érudition dans les deux domaines. Si la première partie de l’ouvrage s’attache aux « grandes dichotomies qui ont façonné notre rapport à la musique en Occident du xviiie siècle au xxe siècle » (p. 13), la seconde a pour objet « les formes de décloisonnement qui se sont imposées depuis l’arrivée du numérique et qui permettent d’en arriver au constat qu’il y a dépassement des hiérarchies dévolues jusque-là au classique et au populaire » (p. 14). Enfin, le livre se veut un plaidoyer en faveur de la pluralité musicale et du décloisonnement des genres annoncés en sous-titre, confirmant ainsi comment le titre Le classique fait pop ! cautionne, voire célèbre cette vision plus fluide et inclusive de la musique. D’emblée, soulignons les qualités d’un livre dont le souffle et l’enthousiasme intéresseront tant l’initié que le non-spécialiste, le premier trouvant de nombreuses références bibliographiques pour approfondir le contenu musicologique déjà généreux, le second ayant accès à une source vive d’information pour mieux comprendre la complexité de la réalité musicale souvent faussement familière. Et pour tous, une occasion d’identifier des éléments concrets à la base d’un questionnement sur les genres musicaux qui n’a de cesse d’alimenter bien des conversations plus ou moins formelles entre amis, collègues ou dans la sphère publique. L’ouvrage de Trottier cherche principalement à expliquer comment les hiérarchies et les catégories structurent de façon plus ou moins explicite notre rapport à la musique, puis à expliquer l’effritement de ces facteurs de division et d’exclusion. Les dichotomies qui polarisent le xxe siècle entre classique et populaire remontent ainsi à l’émergence de la figure du « génie » vers la fin du xviiie siècle (chapitre 1), où l’exemple de Beethoven donne le ton : animé d’un désir d’expression artistique libérée des obligations de la musique fonctionnelle, le compositeur trouve appui à son talent auprès d’un « cercle de fidèles collaborateurs issus des plus hauts échelons de la société », et une nouvelle « idéologie de la musique sérieuse » voit le jour, fondée sur l’idée qu’une telle musique « élève l’esprit » (p. 28). Le discours de cette « aristocratie du goût » s’enracine alors pour la postérité sous forme de clivage en faveur des initiés : « ce n’est pas Beethoven qui est compliqué, c’est plutôt vous qui n’avez pas compris » (p. 28). Ce filon narratif nous conduit, via Platon, Schiller et Hegel, à l’idée « d’Art avec une majuscule » (chapitre 2) : si l’Art a le pouvoir de « changer l’homme et l’attitude morale qui le définit, autant investir en l’artiste comme promesse d’un nouvel ordre social, culturel et politique » (p. 33). La notion de « classique » apparaît ainsi graduellement au xixe siècle (chapitre 3) alors que « des institutions de musique, principalement d’enseignement […] et de diffusion […], se consacrent désormais à la musique du passé, c’est-à-dire à ce qui possède une valeur parce que établi comme étant intemporel et indépassable » (p. 48). Les notions de canon et de répertoire s’avèrent utiles pour désigner, respectivement, …
Appendices
Bibliographie
- Adorno, Theodor W. (1941), « On Popular Music », avec l’assistance de G. Simpson, Studies in Philosophy and Social Science, vol. 9, no 1, p. 17-48.
- Rancière, Jacques (2000), Le partage du sensible. Esthétique et politique, Paris, La Fabrique.
- Scarpetta, Guy (1985), L’impureté, Paris, Bernard Grasset.
- Schnittke, Alfred ([1971]2002), « Polystylistic Tendencies in Modern Music (c. 1971) », dans Alexander Ivashkin (dir.), A Schnittke Reader, traduit par John Goodliffe, Bloomington, Indiana University Press, p. 87-90.