Comptes rendus

Marie Cabadi, Lesbiennes et gays au charbon. Solidarités avec les mineurs britanniques en grève, 1984-1985, Aubervilliers, Édition EHESS, 2023, 274 p.

  • Fallon Rouiller

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  • Fallon Rouiller
    Université du Québec à Montréal

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Cover of Psychologisation de l’oppression, Volume 36, Number 2, 2023, pp. 1-274, Recherches féministes

Dans son ouvrage Lesbiennes et gays au charbon. Solidarités avec les mineurs britanniques en grève, 1984-1985, publié en 2023, Marie Cabadi aborde l’histoire du groupe Lesbians and Gays Support the Miners (LGSM) avec nuance. Alors que la création d’un groupe de soutien spécifiquement gai et lesbien pour soutenir les mineurs en grève peut sembler improbable et relayée au rang d’exception, l’autrice éclaire habilement, au fil de ses chapitres, le contexte qui se prête à la mise sur pied d’un tel groupe et l’insère, par le fait même, à l’intérieur d’un réseau de soutien tout aussi vaste que diversifié. Située au croisement entre histoire des mouvements sociaux, histoire ouvrière et histoire des sexualités et du genre, l’autrice a « [c]herché dans ce livre au moins autant à combler certains vides laissés par les témoignages les plus diffusés qu’à rendre accessible le contenu de ceux-ci en français » (p. 12). Car si la sortie du film Pride en 2014 a permis non seulement de faire connaître l’histoire de ce groupe à un large public, mais aussi de raviver l’intérêt des chercheur·es, comme Marie Cabadi, à en faire leur sujet d’étude, peu de sources sont disponibles en français. Le romantisme historique qui entoure par ailleurs l’existence de ce groupe en fait un sujet d’étude délicat qui nécessite une rigueur particulière. Non seulement la grève des mineurs de 1984-1985 en Grande-Bretagne est inscrite dans les mémoires comme fort symbole de résistance contre le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher mais, avant même la fin du groupe LGSM, les membres se disaient avoir réussi un pari improbable, celui du soutien gai et lesbien aux mineurs. Cette idée d’une rencontre improbable et victorieuse, si elle a été nuancée par l’historiographie, teinte néanmoins autant les sources de première main que les mémoires militantes (Tate 2017). En s’appuyant sur des entretiens ayant été effectués à partir de 1984 avec les actrices et acteurs historiques liés à la grève, Cabadi ne s’est pas facilité la tâche. Comme elle l’avance, « [c]es sources orales produisent elles-mêmes un discours historique et analytique que j’accueille » (p. 21). La qualité et la précision des documents internes conservés par LGSM puis légués à un centre d’archives communautaires sur l’histoire ouvrière témoignent de la conscience historique des membres du groupe. « Lorsque LGSM se forme, le mouvement est donc encore en train d’écrire sa propre histoire, et oeuvre à la préservation de son passé et de son présent, déjà pensés comme historiques » (p. 18). Malgré cette conjoncture, autant en ce qui a trait au potentiel romantique de l’histoire de LGSM, notamment propulsé par le film Pride en 2014, qu’à son corpus de sources, Cabadi relève le défi d’une histoire humaine et touchante sans toutefois se limiter à l’auto-histoire et s’appuie sur un corpus de sources externes qui donnent à son étude toute son originalité. Partant du constat que la grève des mineurs de 1984-1985 a été le catalyseur de soutiens variés et continus, Cabadi explore comment LGSM et, dans une moindre mesure, d’autres groupes de soutien se sont identifiés à cette cause et par quel moyen ils se sont solidarisés. Son livre est divisé en cinq chapitres d’une trentaine de pages. Entre histoire interne du groupe, liens intersyndicaux, scène gaie londonienne et tensions idéologiques et identitaires, Cabadi structure son ouvrage autour de deux thèmes : les solidarités et les sociabilités. Le premier chapitre, « D’une marche des fiertés à l’autre », se concentre en détail sur la première et seule année d’existence du groupe. L’exploration des principales activités de LGSM, de son mode de fonctionnement ainsi que de ses débats internes rend compte …

Appendices