Comptes rendus

Marie-Cécile Naves, La démocratie féministe. Réinventer le pouvoir, Paris, Calmann-Lévy, 2020, 281 p.[Record]

  • Diane Lamoureux

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  • Diane Lamoureux
    Université Laval

Dans cet ouvrage, Naves se propose d’examiner l’apport potentiel du féminisme à la démocratie en développant une lecture du pouvoir au prisme du genre. Le projet est intéressant, même s’il n’est pas entièrement original. Le développement en est cependant un peu tortueux, et c’est seulement dans la quatrième partie qu’est véritablement abordé le propos central. La première partie, sur l’opposition entre pouvoir prédateur et pouvoir émancipateur, se décline en trois chapitres. Les figures de repoussoir que sont Trump, Bolsonaro et Orban (les deux premiers ont été heureusement éjectés par les urnes même s’ils refusent de reconnaître cette situation, alors que le troisième sévit encore en Hongrie) incarnent ce pouvoir prédateur. Le premier chapitre porte sur la « politique viriliste du populisme néofasciste » et nous dévoile les diverses facettes de ces régimes peu ragoûtants qui pratiquent l’intersectionnalité des discriminations. Leurs cibles favorites sont les femmes et les LGBTQ+, ce qui leur permet d’afficher un virilisme de mâles alpha. De plus, ils prônent un nationalisme et une attitude prédatrice vis-à-vis de l’environnement tout en proclamant un climatoscepticisme de bon aloi. C’est ainsi qu’« un “ néo-libéralisme autoritaire ” triomphe chez des dirigeants qui ont en commun d’incarner, d’assumer et de promouvoir une masculinité hégémonique non dénuée de nationalisme, visant la perpétuation d’un système patriarcal, blanc et chrétien » (p. 41). Le deuxième chapitre oppose à cette politique viriliste les droits des femmes comme projet politique. Contrairement au chapitre précédent, qui était assez systématique, nous avons droit à un tableau plutôt impressionniste et très incomplet des féminismes, centré sur ce que rapportent les médias, et un plaidoyer en faveur d’un projet féministe à vocation universelle puisque « l’inclusion potentielle de toutes n’est pas évidente, même si elle est essentielle » (p. 82). Parce que « la solidarité, la sororité ne se décrètent pas » (p. 83), une partie de ce chapitre est consacré au féminisme noir et au féminisme décolonial. Le chapitre 3 porte sur l’opposition entre le récit féministe et le récit viriliste, et se révèle en quelque sorte le sommaire de cette première partie. Deux grands thèmes s’en dégagent : d’une part, les ruses de l’antiféminisme et la montée fulgurante du masculinisme dans plusieurs sociétés, ce qui reprend en grande partie les analyses développées par Nancy Fraser et Judith Butler et, d’autre part, le fait que le féminisme est porteur d’un projet de société « plus coopératif, plus égalitaire, plus à l’écoute » (p. 113). La deuxième partie, qui oppose un leadership de domination à un leadership féministe, est déclinée en deux chapitres. Le premier est consacré au bombage de torse du « national-populisme » et reprend des éléments que l’on trouvait dans le premier chapitre de la partie précédente. Il insiste sur la communication péremptoire, le clivage entre bons et méchants, le manque de respect vis-à-vis des règles et des usages, les fake news et l’absence de conversation démocratique. « Tout cela participe de l’entretien d’un climat violent » (p. 122). Plus encore, « il n’y a plus de civilité, de respect, d’humanité, parce qu’il n’y a plus de conversation » (p. 132). Le deuxième chapitre est consacré au leadership au féminin. Même si son existence est largement niée, quoique se soit développé un « marché » pour promouvoir le leadership ou le management « au féminin », Naves souligne que de telles préconisations ne reposent pas sur un principe égalitaire, « mais au contraire [sur] une biologisation des femmes renvoyées à leurs qualités prétendument “ naturelles ” maternantes, empathiques » (p. 141). Cependant, l’autrice fournit des exemples tirés de la gestion politique de certaines femmes qui montrent une …