Comptes rendus

Diane-Gabrielle Tremblay et Elena Mascova, Les avocates, les avocats et la conciliation travail-famille, Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2013, 175 p.[Record]

  • Dominique Tanguay

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  • Dominique Tanguay
    Université Laval

En 1995, le Barreau du Québec adopte la Déclaration de principe sur la conciliation travail-famille. Cette déclaration, innovatrice, affirme que le Barreau considère la conciliation travail-famille comme un enjeu collectif, qui peut non seulement avoir des répercussions sérieuses sur la santé de ses membres, mais aussi sur la qualité des services juridiques fournis à la population. La recherche exposée dans l’ouvrage intitulé Les avocates, les avocats et la conciliation travail-famille témoigne de la pertinence toujours actuelle de cette question pour les membres du Barreau, dont la majorité des membres sont maintenant des femmes. L’ouvrage de Diane-Gabrielle Tremblay et Elena Mascova présente les résultats d’une recherche qualitative qu’elles ont menée en collaboration avec l’Alliance de recherche université communauté sur la Gestion des âges et des temps sociaux (ARUC-GATS) et le Barreau du Québec, en vue de comprendre l’expérience de la conciliation travail-famille chez les avocates et les avocats québécois. Leur approche est particulièrement originale, puisque peu de travaux s’attachent à l’expérience vécue selon le groupe professionnel. Il en ressort une meilleure compréhension des dimensions professionnelles qui interfèrent avec la vie familiale et personnelle ainsi que des différents milieux de travail. De plus, les résultats invitent à une remise en question de pratiques adoptées dans ces milieux de travail qui peuvent être négatives pour le maintien en emploi ou pour la santé de ceux et celles qui ont de jeunes enfants. Les résultats éclairent également la façon dont les rapports sociaux de sexe sont à l’oeuvre au sein de cette population, tant dans le choix de la spécialisation juridique que dans les stratégies de conciliation travail-famille. Le premier chapitre décrit la situation actuelle de cette profession libérale au Québec, où sont survenus plusieurs bouleversements au cours des quatre dernières décennies. Le premier, significatif et très perceptible, est la féminisation de la profession. C’est en 1941 que les femmes sont admises en droit. Une soixantaine d’années plus tard, la parité est une réalité au Barreau : en 2010, 48,4 % des membres du Barreau sont des femmes, et elles représentent maintenant 60 % des membres ayant moins de dix ans de pratique. Cela ne signifie pas pour autant que le milieu soit aussi accueillant pour les femmes que pour les hommes : par comparaison avec leurs collègues masculins, les avocates sont toujours moins fréquemment associées ou cadres, ont des salaires inférieurs à l’intérieur d’un même segment de la profession et sont sous-représentées dans la pratique privée, mais surreprésentées dans les secteurs du droit les moins rémunérateurs, notamment dans le cas du travail salarié et du travail à forfait. La segmentation de la profession est un autre bouleversement qui mérite une attention particulière. Les besoins de la clientèle ont engendré une plus grande spécialisation des avocates et des avocats, ce qui a créé de nouveaux champs de pratique. Une reconfiguration des emplois a également eu lieu : les spécialistes du droit sont maintenant présents dans les cabinets, mais aussi au sein de l’État et dans les entreprises privées. Les statuts professionnels qu’ils occupent peuvent inclure notamment ceux : Cette diversité de statuts et de lieux d’emploi est responsable des différences observées dans les conditions de travail offertes aux membres du Barreau, en fait de rémunération, de flexibilité d’horaire et de tâches effectuées. Un élément crucial demeure par contre valorisé par la plupart de ces milieux, à savoir la culture des très longues heures de travail. Alors que la féminisation de la profession aurait pu amener une remise en question de cet élément de l’éthos professionnel, la recherche montre qu’il demeure vivement ancré dans la culture juridique. Or, les longues heures de travail pénalisent davantage …