Comptes rendus

Manon Tremblay Québécoises et représentation parlementaire. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2005, 328 p.[Record]

  • Marie Malavoy

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  • Marie Malavoy
    Université de Sherbrooke

Belle épopée que la conquête du pouvoir politique par les femmes! Dans un ouvrage extrêmement bien documenté, à l’aide de ses propres recherches et de toutes celles qui sont à la fine pointe du sujet, Manon Tremblay nous fait voyager dans le temps et dans l’espace. Ce périple à travers l’histoire et à travers le monde nous amène à nous remettre en question quant à nos propres avancées, à nos réussites et à nos doutes, à nos défis et à nos espoirs. L’auteure nous offre un portrait riche et aussi très nuancé des caractéristiques des femmes en politique active, des obstacles qui leur sont propres; elle nous invite à aller au-delà des évidences ou des préjugés, afin de porter un jugement précis sur la question de la représentation des femmes. De nombreuses mesures sont analysées, sous toutes leurs coutures et, là encore, le jugement porté nous oblige à dépasser nos impressions premières, voire nos certitudes. Nous entrons dans un monde complexe, souvent fait de demi-teintes. Les conclusions ne sont pas tranchées, mais elles indiquent toutefois les questions à se poser et, en conséquence, la voie à suivre. C’est pourquoi cet ouvrage nous laisse sur une impression positive, sinon optimiste. Les embûches demeurent, le chemin sera long, et il n’est pas tracé d’avance, mais nous savons qu’il y a quelque chose d’irréversible dans la représentation parlementaire des femmes. Nous savons également que les moyens de progresser existent, nous connaissons leurs avantages et leurs limites, nous circonscrivons mieux au terme de la lecture du livre les leviers les plus prometteurs. Un nombre impressionnant d’exemples empruntés à d’autres pays nous inspirent; la comparaison avec notre propre situation nous console parfois, mais souvent aussi elle nous fait douter et nous fouette. Car nous avons bien des progrès à faire! Dans sa préface, Louise Harel situe d’emblée le sujet. Elle souligne l’approche rigoureuse de Manon Tremblay, doublée d’un objectif militant, soit celui de la correction de la sous-représentation parlementaire des femmes. Elle note également que l’ouvrage transcende les modes et les engouements, l’auteure faisant une analyse critique de certaines pistes comme celle de la représentation proportionnelle. Elle retient le rôle crucial des partis politiques, qui peuvent freiner ou promouvoir la place des femmes. L’introduction générale donne quelques clés de lecture pour saisir la terminologie employée le plus souvent dans le texte. On retient particulièrement la notion de « représentation descriptive » (plus il y a de femmes au Parlement, plus les femmes sont représentées) et celle de « représentation substantielle » (centrée sur les positions défendues par les femmes parlementaires, en fonction des besoins, des demandes et des intérêts de toutes les femmes). L’auteure offre du même souffle une très belle image, au sens où elle est fort parlante. L’univers de la représentation politique serait semblable à un jeu d’échecs : les cases, ce sont les circonscriptions; les joueurs, les partis politiques; les pièces, les parlementaires; et, bien sûr, il y a les règles du jeu! Nous voici donc conviées, dans un premier chapitre, à retracer l’histoire du droit de vote et d’éligibilité des femmes au Québec et au Canada. Quelle histoire! Nous avons droit à un compte rendu détaillé de nos progrès et de nos reculs, à travers les multiples pérégrinations des femmes. Notons, dans tout l’ouvrage d’ailleurs, l’intérêt de prendre en considération la trajectoire des sénatrices, souvent oubliées dans les études. C’est ainsi que l’on obtient des précisions sur des questions connues, mais qu’il est bon de resituer dans leur véritable contexte. Il faut se rappeler, par exemple, que le droit de vote était acquis aux femmes répondant à certains critères de propriété …