Un mochav est un village coopératif à fonctions multiples, qui n’existe qu’en Israël et dont le fonctionnement comptable et financier présente une particularité liée à l’existence de différents départements. Jusqu’ici très peu étudié, ce modèle a pourtant des caractéristiques spécifiques, que nous entendons décrire. Le présent article revient sur le fonctionnement du mochav et souligne comment les exercices financiers annuels des départements ne montrent ni excédents ni pertes, à l’inverse de ceux de nombreuses coopératives dans le monde, qui terminent leur exercice annuel soit avec d’importants excédents budgétaires non redistribués aux membres, soit avec des pertes couvertes par les réserves de la coopérative ou par ses bénéfices non répartis. Enfin, l’article expose le cas d’un mochav israélien dans lequel la situation financière de chaque département repose sur la participation des membres à son activité économique, puis nous nous interrogerons sur le caractère équitable de ce mode de fonctionnement. Les mochavim sont des villages coopératifs, dont le premier a été fondé en Israël en 1921. Ce modèle présente la particularité d’être à la fois un village et une coopérative. Cette dernière remplit des fonctions multiples, telles que la production agricole, l’épargne et le crédit, l’approvisionnement en intrants, le marketing, l’approvisionnement en eau et l’irrigation, la consommation, le stockage, la construction, le logement, le transport agricole, la comptabilité, la retraite, l’assurance ou encore les services techniques (Galor, 2014). Dans un mochav, village et coopérative forment une entité unique : les habitants du village-mochav sont tous membres de la coopérative, et tous les membres de la coopérative-mochav, égaux entre eux, habitent dans le village, dont le maire est également président de la coopérative (Galor, Sofer, 2011). Chaque adulte a une parcelle de terre, en général de trois hectares, pour environ cent parcelles et autant de membres dans un village, où une parcelle d’environ 50 hectares est destinée à des usages collectifs (Galor, 2014). Le mochav est essentiellement voué à la production agricole. Il peut être décrit comme une association de fermes individuelles où chaque cellule familiale exploite sa parcelle, sur laquelle elle a construit son logement, des bâtiments d’exploitation (étable, poulailler, grange, etc.) et son propre système d’irrigation. La production de chaque ferme doit lui permettre de subvenir à ses propres besoins (Sofer, 2001). La coopérative remplit surtout une fonction de soutien pour les membres. Elle leur procure crédits et intrants pour leur production, commercialise leurs produits au prix le plus élevé possible, fournit de l’eau potable pour la consommation et pour l’irrigation et gère un magasin. Elle propose également des services de stockage des intrants et des produits agricoles prêts à la commercialisation, dirige les travaux et la construction dans le village, fournit des logements et s’occupe du transport des intrants et de la production des membres vers les marchés. En outre, elle opère la comptabilité des fermes agricoles de tous les membres, ainsi que celle de tous les départements de la coopérative. Elle gère un fonds de retraite pour les membres et leur propose par ailleurs des services d’assurance (sur les personnes, les biens et l’activité). Enfin, la coopérative offre à ses membres des services techniques pour répondre à tous leurs besoins (Schwartz, 1999). Elle déploie donc des fonctions multiples très élaborées, au service d’un groupe dont la vie communautaire est très développée. Les coopératives, particulièrement celles à fonctions multiples, ont différents départements. Une coopérative de commercialisation de tomates, par exemple, en aura un pour le transport, un pour le triage, un pour le conditionnement, un pour la vente, etc. Il est important de noter que chacun d’entre eux a une comptabilité propre et un budget divisé en deux : un …
Appendices
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