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  • Patricia Toucas-Truyen

Le 7 novembre 2011, un forum-débat organisé par le Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale (Ceges) réunissait autour du thème « Pour une économie démocratique » des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) et des représentants des principaux candidats à l’élection présidentielle. Du côté de l’ESS , les enseignements tiré des expériences de terrain ont illustré le socle des douze propositions émises par le Ceges, lesquelles se répartissent entre « Donner le pouvoir aux personnes et non à l’argent » et « Partager collectivement la richesse produite ». L’ESS doit s’inscrire à contre-courant du discours dominant, qui insiste sur le coût financier de la solidarité collective, justifiant ainsi l’abandon du chantier de la dépendance par le gouvernement actuel. Facteur de richesses et créateur d’emplois, le secteur souffre pourtant d’un manque de visibilité et de reconnaissance, alors qu’il pourrait être une solution de sortie de crise. Son fonctionnement est toutefois grandement perfectible. Relevons, parmi d’autres, la remarque de Yannick Blanc (Fonda) sur la nécessité de mieux gérer la ressource humaine des bénévoles, « véritable richesse des organisations », ou l’appel (non relayé à la tribune) de Daniel Le Scornet au sujet de la précarité des jeunes, insuffisamment prise en compte par l’ESS. Celle-ci doit s’appuyer sur les connaissances des citoyens et les amener à être des « co-constructeurs des politiques publiques » (André Flageul, Unass). Pour cela, il faut multiplier les partenariats, non seulement entre les organisations de l’ESS, mais aussi entre l’ESS et l’économie publique… En somme, marginaliser l’économie capitaliste ? Sans surprise, les représentants des partis politiques  ont exprimé leur souhait d’augmenter la voilure de l’ESS. La réforme de la fiscalité en faveur du mieux-être sociétal, le positionnement des mutuelles au coeur de la définition des politiques de santé et la prise en charge de la santé et de l’éducation par l’ESS ont ainsi été évoqués, de même que la nécessité d’une loi-cadre pour le secteur. En substance, rien d’inédit par rapport au socle des propositions du Ceges, ce qui ne saurait surprendre : c’est l’ESS, produit de la capacité auto-organisatrice des populations, qui a vocation à être source d’inspiration pour les responsables politiques, et non le contraire. Si le constat est unanime sur la réduction de la marge de manoeuvre des politiques du fait de la crise, il n’a rien d’inéluctable. L’ESS n’attend rien moins du futur président de la République qu’une réorientation de l’économie au service des personnes et non du capital. « S’engager et coopérer : quel rôle donner à la confiance dans un projet commun ? ». La xxxi e rencontre nationale du Crédit coopératif s’organisait cette année autour de cette question résolument stimulante face à l’étendue de la crise économique, qui a suffisamment démontré – pour ceux qui en doutaient encore – que « l’autodiscipline des marchés ne fonctionne pas » (Jean-Louis Bancel). Tandis qu’institutions, politiques et experts peinent à proposer des solutions fiables aux populations désemparées, la défiance gangrène bien des projets individuels ou collectifs. L’économiste Yann Algan a souligné le lien entre le sentiment général de défiance et le retard économique, qui se traduit par un blocage des investissements et des innovations. Il suggère de décentraliser les processus de décision économique, qui sont, particulièrement en France, très hiérarchisés. Selon la philosophe Michela Marzano, le rétablissement de la confiance au centre des relations sociales passe par l’intégration d’une possibilité de défaut de la relation, d’un non-retour du don, ce qui implique une révision de la théorie de Marcel Mauss. Sont également intervenus dans les débats Michel Barnier (Commission européenne) et différents acteurs du monde de l’ESS : Florence …

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