Comptes rendus

Duncan Pritchard. Scepticism : A Very Short Introduction, New York, Oxford University Press, 2019, 116 pages[Record]

  • Thierry Laisney

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  • Thierry Laisney
    Université Paris Diderot

Avec ce livre, Scepticism : A Very Short Introduction, le professeur Duncan Pritchard, l’une des figures majeures de l’épistémologie contemporaine, s’est prêté à un exercice plutôt difficile : traiter en une centaine de pages un sujet vieux comme la philosophie. Pritchard met l’accent sur une forme particulière de scepticisme, le scepticisme radical, qui a pour but de nous faire révoquer en doute la moindre de nos croyances. Il examine les arguments qui jouent en faveur de ce scepticisme radical et ceux qui ont pu être avancés pour le rejeter. Pritchard ne cite pas Malebranche, mais il pourrait faire sienne la distinction que ce dernier opère entre deux sortes de doute : Ce « doute de lumière » s’accorde avec ce que Pritchard appelle le « scepticisme modéré », qu’il met au rang des vertus intellectuelles. Pour reprendre les exemples de l’auteur, il est raisonnable de ne pas ajouter foi aux prédictions des horoscopes, ou bien de manifester une certaine défiance à l’endroit des vendeurs de voitures d’occasion ; il sera encore judicieux de ne pas prendre pour argent comptant l’affirmation selon laquelle la reine d’Angleterre vient d’être arrêtée pour vol à l’étalage. Le scepticisme modéré est un antidote à la crédulité. Or Pritchard souligne qu’une attitude parfaitement crédule reviendrait à ne détenir aucune connaissance. Connaître, en effet, ce n’est pas seulement avoir une croyance vraie : c’est aussi avoir de bonnes raisons de croire, des raisons épistémiques et non prudentielles (un revolver sur la tempe, il me sera utile de croire à la religion de paix dont on veut me persuader, mais je ne croirai pas alors pour de bonnes raisons ; à vrai dire, je feindrai seulement de croire). Une personne qui serait totalement crédule ne formerait des croyances vraies que par hasard (il est difficile d’imaginer que quelqu’un n’entende que des propositions fausses) et ne saurait donc rien à proprement parler. Cette absence totale de connaissance, la crédulité la partage avec un scepticisme généralisé. Pritchard relève que, contrairement au doute localisé qui se fonde sur ce que nous savons par ailleurs, ce type de doute massif — qui, d’autre part, conduirait à une existence dépourvue de sens — ne se fonde plus sur rien. Si plus rien n’est tenu pour vrai, on aboutit à un relativisme à l’égard de la vérité. L’attitude relativiste, note Pritchard, peut s’expliquer de plusieurs façons : certaines questions sont affaire d’opinion personnelle (de gustibus…) ; le relativisme peut être interprété (faussement) comme une façon de respecter les vues des autres ; nos jugements ne sont ni infaillibles ni certains. Mais l’auteur observe que la certitude n’est pas une condition de la connaissance. Je peux dire que je sais que ma voiture est garée devant chez moi car j’ai de très bonnes raisons de le croire. Mais, après tout, je n’en suis pas absolument sûr : elle a peut-être été volée. Si tel est le cas, je saurai après vérification que ma croyance était fausse, mais elle n’en était pas moins justifiée. Le caractère faillible et incertain de nos croyances ne peut donc autoriser un scepticisme à tout-va. L’auteur montre que le scepticisme radical s’attaque moins à la vérité de nos croyances qu’à leur bien-fondé. Les hypothèses sceptiques radicales trouvent leur source dans l’oeuvre de Descartes (qui n’y recourait pas à des fins sceptiques, mais au contraire pour établir ce qui est indubitable) et présentent, selon Pritchard, deux caractéristiques principales : elles envisagent des expériences qui ne se distinguent en rien des expériences que nous vivons tous les jours ; elles rendent fausses la plupart de nos croyances, celles en particulier …

Appendices