Disputatio

Réponses à mes critiques[Record]

  • Kevin Mulligan

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  • Kevin Mulligan
    Université de Genève

Le commentaire de Guillaume Fréchette va droit au coeur d’un des présupposés de WPAA et montre bien que, au Canada au moins, la philosophie de Brentano et de ses héritiers est bien connue. L’Introduction de WPAA affirme que, selon Brentano et ses héritiers, les propositions philosophiques sont des propositions non contingentes bien que la nature non contingente de ces propositions soit comprise par eux de deux façons très différentes. Selon Husserl et ceux qui le suivent, une proposition qui est nécessairement vraie l’est en vertu de la nature ou de l’essence des objets ou des propriétés sur lesquels porte la proposition ou en vertu de la nature des concepts dont la proposition est composée. Selon Brentano et ceux qui le suivent, cette conception essentialiste de la modalité n’est pas la bonne (même si le langage essentialiste n’est pas toujours écarté). L’Introduction de WPAA affirme également que, selon Husserl et ceux qui le suivent, les vérités nécessaires et essentielles, formelles ou matérielles, ne sont pas des normes. Malgré la différence entre les vérités essentielles et les normes, il y aurait un rapport intime entre les deux. Les normes logiques seraient partiellement fondées par les vérités essentielles. Si on appelle « normativisme » l’erreur de voir ou de mettre les normes au mauvais endroit, comme le pharisaïsme est l’erreur de voir ou de mettre l’éthique au mauvais endroit, on peut dire que, pour Husserl, identifier les vérités essentielles à des normes est un exemple de normativisme. Fréchette se demande en effet si Brentano et ceux qui le suivent échappent à ce qu’est le normativisme du point de vue de Husserl. Si ce n’est pas le cas, on ne peut pas dire que, selon Brentano et tous ses héritiers, les vérités philosophiques sont non normatives ni que ces vérités sont au plus un fondement partiel pour des normes. Si ce n’est pas le cas, alors, du point de vue de Husserl, la philosophie de Brentano, de ceux qui le suivent de près ainsi que des néo-kantiens (mais pas de Kant lui-même) est coupable de normativisme. On pourrait même dire que cette forme de normativisme est un précurseur mentaliste du normativisme linguistique de Wittgenstein et de ceux qui le suivent. Fréchette cite Brentano, son éditeur et fidèle élève, Kraus, ainsi qu’un élève qui n’est que partiellement fidèle au maître, Marty (un Suisse qui rejette l’autorité habsbourgeoise) comme exemples de philosophes qui n’acceptent pas que le normatif ait un fondement partiel qui soit non normatif. Or toute la question est de savoir si, selon l’un ou l’autre de ces trois philosophes, la propriété de rectitude (Richtigkeit) est ou n’est pas normative, si elle est ou n’est pas fondamentale et si elle peut ou non être identique à la propriété de vérité. Notons d’abord que la rectitude selon Brentano et tous ses élèves directs est une propriété non seulement de la croyance et du jugement (et de l’inférence, des réponses, etc.) mais aussi du désir et des émotions. Cette conception très large de la rectitude, comme une propriété non seulement des états ou « actes » intellectuels » mais aussi des états non intellectuels, se trouve déjà chez Platon et Aristote. Mais à part quelques applications chez Anselme et Thomas, elle semble avoir été très largement ignorée jusqu’à ce que Brentano la réintroduise avec force dans la discussion philosophique. Dans la philosophie analytique récente, la notion de « correctness » joue un rôle important dans la philosophie dummettienne de l’affirmation. Ailleurs dans cette tradition, l’idée que les désirs ou émotions puissent être « fitting » occupe une place toujours plus importante. Brentano et ses …

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