IntroductionLes territoires du vieillissement[Record]

  • Vincent Caradec,
  • Aline Chamahian,
  • Patrik Marier and
  • Anne-Marie Séguin

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  • Vincent Caradec
    Professeur de sociologie — Université de Lille — CeRIES

  • Aline Chamahian
    Maître de conférences en sociologie — Université de Lille — CeRIES

  • Patrik Marier
    Professeur de science politique — Université Concordia — CREGÉS

  • Anne-Marie Séguin
    Professeure en études urbaines — INRS Urbanisation Culture Société — VIES

Le vieillissement est aujourd’hui une préoccupation montante des pouvoirs publics, une expérience vécue par un nombre croissant d’individus et un champ d’études qui, longtemps délaissé, suscite un intérêt grandissant des chercheurs en sciences sociales, tant en France qu’au Québec. Les travaux de recherche en gérontologie sociale, notamment ceux des sociologues et des géographes, s’intéressent depuis de nombreuses années à l’analyse des espaces et lieux de vie des personnes âgées et à la façon dont elles vivent leur vieillissement au sein de leur domicile, en institutions ou dans les espaces publics (Clément, Mantovani, Membrado, 1996 ; Cribier, Duffau, Kych, 1996 ; Harper et Laws, 1995 ; Mallon, 2004 ; Membrado, Rouyer, 2013 ; Rowles, 1978). Plus récemment, les travaux de recherche se sont montrés attentifs aux territoires en observant les effets du vieillissement démographique, ce qui a conduit à s’intéresser à la capacité des territoires à en relever le défi et à répondre aux besoins de la population âgée (Aveline-Dubach, 2015 ; Negron-Poblete, Séguin, 2012 ; Nowik, Thalineau, 2014 ; Séguin, 2011 ; Viriot-Durandal, Pihet, Chapon, 2012). Dans le prolongement de ces réflexions, ce numéro de Lien social et Politiques réunit des contributions qui explorent les « territoires du vieillissement ». Rapprocher ces deux termes revient à croiser la notion de territoire avec les différentes dimensions du vieillissement, à la fois au niveau macro et au niveau micro : comment les politiques de la vieillesse s’appliquent-elles aux différentes échelles territoriales et, sur ces territoires, comment se construisent la coordination et la coopération ou encore les tensions entre acteurs ? Comment les espaces, publics et privés, se transforment-ils, sont-ils aménagés, pour s’ouvrir à tous les âges de la vie et répondre plus particulièrement aux besoins de la population vieillissante ? Quelle place occupent les personnes vieillissantes dans ces transformations et quelles sont leurs marges de manoeuvre ? Comment se construisent leurs mobilités géographiques et résidentielles ? Pour ordonner ces questionnements et pour avancer dans l’analyse, il est utile de retenir deux grandes manières d’appréhender les « territoires du vieillissement », en reprenant la distinction entre « territoires de pouvoir » et « territoires de vie » (Imbert, 2010) : d’un côté, les espaces géographiques du vieillir tels qu’ils sont façonnés par l’action publique ; de l’autre, les territoires tels qu’ils sont parcourus et appréhendés par les personnes qui vieillissent, mais aussi, nous allons le voir, tels qu’ils sont investis par les professionnel(le)s qui accompagnent l’avancée en âge des vieilles personnes. Concernant tout d’abord les territoires d’action publique, on peut faire, tant en France qu’au Québec, un double constat : d’une part, celui de leur multiplicité, chaque institution disposant d’un certain périmètre d’intervention et proposant, à l’intérieur de ce périmètre, son propre découpage et, d’autre part, celui de la non-superposition de ces différents territoires d’action publique. Sur ce plan, plusieurs aspects méritent d’être soulignés. Premièrement, comme toute politique publique, les politiques gérontologiques sont traversées par une tension entre ce qui relève du niveau national (en France) ou fédéral et provincial (au Québec) et ce qui émane des territoires de proximité. Or, si ces derniers ont toujours joué un rôle, l’importance qui leur a été accordée et l’autonomie dont ont pu disposer les instances locales ont varié dans le temps. Ainsi, en France, la priorité donnée au maintien à domicile depuis les années 60 s’est longtemps accompagnée d’un fort pouvoir de cadrage des politiques gérontologiques par l’État central, laissant assez peu de place aux territoires locaux malgré les pouvoirs accrus qui ont été donnés aux départements à travers les lois de décentralisation des années 80 et 2000 (Argoud, 2012). Au Québec, le maintien à …

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