Abstracts
Résumé
Tandis que le théâtre profite de temps immémoriaux des avancées de la technologie et des ressources d’autres pratiques artistiques pour « représenter » plus efficacement l’intermédialité qui, justement, traite de ces mouvements complexes et omnidirectionnels entre médias, arts et technologies, s’est jusqu’à présent peu préoccupée du théâtre. Et, de leur côté, les études théâtrales commencent à peine à s’ouvrir à l’approche intermédiale. Qualifié d’« hypermédia » (Kattenbelt) ou de média « combinatoire et intégrateur » (Elleström), le théâtre pourrait pourtant bien être, historiquement parlant, la pratique intermédiale par excellence. Comment alors expliquer cette rencontre si lente et si tardive entre le théâtre et l’approche intermédiale ? La réponse réside en partie dans l’élaboration et la prégnance d’un discours de résistance médiatique qui fait de la présence — de l’acteur et du spectateur — un trait distinctif et originel de la pratique. Suivant cette logique essentialiste, les technologies de reproduction sont présentées comme des dangers et le recours à certaines d’entre elles comme une « trahison de la promesse ontologique du théâtre » (Phelan). En raison de la primauté qu’elle accorde aux relations, l’approche intermédiale est évidemment peu préoccupée par les questions d’identité et de territoire — et donc de frontières. Elle est, elle-même, une menace au discours essentialiste qui a marqué le champ du théâtre pendant près de trois quarts de siècle.
Abstract
Theatre has always benefited from technological developments and from the inputs of different artistic practices in the staging of effective “representation.” However, intermedial research—precisely based on such complex exchanges between media, arts and technologies—has yet to fully consider theatrical activity. As for theater studies, they are just beginning to really open up to intermedial approaches. And yet, whether by being hypermedia (Kattenbelt) or “combinatory and integrating” media (Elleström), theater could turn out to be, historically speaking, the intermedial practice par excellence. How then to explain such a slow and late encounter between theatre and intermedial approaches? The answer lies in part in the elaboration and in the importance of a media resistance attitude which regards presence—that of the actor and of the spectator—as a distinctive and fundamental aspect of theatre activity. According to such an essentialist logic, reproduction technologies are seen as dangers, and the use of some of them as a “betrayal of theater’s ontological promises” (Phelan). Because intermedial approaches give a lot of importance to relationships, they do not tend to consider identity and territorial issues—limits and borders. Intermedial approaches are in turn a threat against the essentialist views that have influenced theatre for almost three quarters of a century.