Comptes rendus : Théorie, méthodes et idées

I. William Zartman (dir.), 2009, Imbalance of Power. us Hegemony and International Order Boulder, co, Lynne Rienner, 289 p.[Record]

  • Thomas Juneau

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  • Thomas Juneau
    Département de science politique
    Université Carleton

L’analyse politique est en partie basée sur la quête d’une meilleure compréhension de la construction, du maintien et de l’effondrement de l’ordre au sein de communautés politiques. Au niveau mondial, la fin de la guerre froide a marqué la fin de l’ère bipolaire et le début d’un nouvel ordre dominé par les États-Unis. Quelle est la nature de cet ordre ? Comment évoluera l’ordre international au 21e siècle, qui seront les principaux acteurs et quelles politiques devraient-ils adopter afin de maximiser tant leur propre intérêt que la stabilité et la justice internationales ? Onze auteurs, dont plusieurs figures dominantes de la discipline des Relations internationales, tentent de répondre à ces questions dans cet ouvrage collectif dirigé par William Zartman. La principale caractéristique de l’ordre actuel est la prépondérance de la puissance américaine. Au-delà de cette conclusion, toutefois, l’ouvrage ne parvient pas à un consensus quant au statut des États-Unis. Pour le père du réalisme structurel, Kenneth Waltz, les États-Unis sont « seuls au monde » : le système bipolaire de la seconde moitié du vingtième siècle a été remplacé par un système unipolaire. En l’absence de contrepoids, la politique étrangère américaine est prévisible : elle est arbitraire et parfois destructrice. Selon Paul Schroeder, l’histoire montre que les grandes puissances doivent choisir entre hégémonie et ambitions impériales. Le mirage impérial est invitant, mais dans le système westphalien il ne peut que mener au désordre et à une perte de puissance, alors que l’hégémonie peut créer un ordre stable. Selon Schroeder, la politique américaine des dernières années s’apparente à une quête impériale ; elle a donc entraîné un déclin de la possibilité d’une hégémonie « utile » et a contribué à produire un désordre hobbesien au Moyen-Orient. Dans ce contexte de prépondérance américaine, la question de la réaction du reste de la communauté internationale continue d’alimenter les débats. Les différents contributeurs ne s’entendent pas à savoir si un contrepoids à la puissance américaine est en cours de formation, possible, ou même souhaitable. Selon Waltz, la domination américaine est telle qu’un État ou une coalition d’États ne peut s’y opposer avec succès. Pour Robert Jervis, Gustav Schmidt et Francis Fukuyama, par contre, un nouvel équilibre mondial est progressivement en train d’être créé. Charles Doran, cependant, considère qu’il est plus pertinent de s’intéresser à l’évolution des constellations régionales, qui sont de plus en plus autonomes dans la gestion de leurs conflits. Un débat émerge entre plusieurs chapitres : jusqu’à quel point les acteurs internationaux ont-ils la liberté de manipuler leur destinée ? Selon Waltz, les États bénéficient d’une marge de manoeuvre limitée ; le système international demeure le principal déterminant de leurs actions. Pour Farhang Rajaee, au contraire, l’humain doit faire face à un choix dans la construction de l’ordre international. Rajaee rejette le pessimisme des réalistes et considère que, face aux contraintes internationales, il est non seulement possible mais surtout impératif pour l’homme de construire un ordre basé sur un équilibre entre sécurité et justice. Devant un contexte international diffus et ambigu, plusieurs tentent de proposer des voies à suivre pour les États-Unis. Selon Seyom Brown, Washington devrait s’inspirer de ce qu’il appelle le higher realism, en faisant la démonstration que la poursuite de l’intérêt américain est également animée par le besoin de servir les intérêts politiques, sécuritaires, économiques et humanitaires d’une communauté internationale diversifiée. Selon Brown, en effet, l’environnement international au 21e siècle n’est pas multipolaire, mais plutôt – en empruntant à Robert Dahl – polyarchique. Dans un tel ordre, les États partagent la scène avec une pléthore d’acteurs non étatiques, tels que syndicats criminels, multinationales et organisations terroristes. …