Jean-Paul Brodeur

La pensée postmoderne et la criminologie (1993)[Record]

  • Jean-Paul Brodeur

Note introductive

Jean-Paul Brodeur fut, comme chacun sait, un immense intellectuel et un très grand chercheur. Pour cette raison, il n’est pas étonnant de retrouver dans la masse des écrits de Brodeur cette longue charge critique contre les abus du postmodernisme. Brodeur présente d’abord les origines historiques de la notion pour ensuite mieux en décrire les thèses récurrentes. Ce n’est que dans la deuxième partie du texte qu’il s’attaque enfin aux influences du postmodernisme sur la recherche en criminologie. Au début des années 1990, une telle démarche peut paraître étonnante, dans la mesure où le postmodernisme et ses protagonistes européens ont connu leurs heures de gloire surtout dans les années 1980, notamment parce qu’il a favorisé la création ou le renouveau de nombreuses disciplines, dont les cultural studies, surtout en Amérique du Nord (longtemps, l’université française a préféré l’oeuvre des morts à celle des vivants). En ce sens, il ne faudrait pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain et refuser de reconnaître l’apport immense que fut le postmodernisme, par exemple lorsqu’il s’agit de montrer en quoi un cadre méthodologique d’une science sociale donnée est lui-même orienté en fonction de normes dont les chercheurs se font en quelque sorte les défenseurs involontaires. Mais Brodeur aurait probablement reconnu ce fait, tout en continuant d’expliquer en quoi, dès lors qu’on tente d’en penser les cadres théoriques, le postmodernisme échoue à fournir autre chose qu’une « épistémologie à géométrie variable », dont l’effet pervers est de favoriser l’émergence de normes sociales – comme par exemple en justice pénale – si complexes qu’elles sont vite abandonnées pour laisser place à des transactions entre les parties où règne le droit du plus fort.

ChristianNadeau

Professeur, Département de philosophie, Université de Montréal

christian.nadeau@umontreal.ca

Appendices