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Canadian Journal of Regional Science
Revue canadienne des sciences régionales
Volume 48, Number 1, 2025 Les nouveaux territoires de l’économie Guest-edited by Yann Fournis and Antoine Police
Table of contents (7 articles)
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Les nouveaux territoires de l’économie : note éditoriale
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Comprendre les ressorts de la création de valeur territoriale. Vers une approche socioterritoriale des fonctionnalités
Muriel Maillefert and Lise Serra
pp. 7–14
AbstractFR:
La création de richesse repose aujourd’hui principalement sur les services qui mobilisent une dynamique de co-construction de la valeur. Cette propriété, mise en avant par les travaux sur l’économie des services mais peu exploitée dans les travaux d’aménagement et d’urbanisme, modifie les relations entre les acteurs, notamment entre le producteur et l’usager et introduit dans le cas de services territorialisés (comme la mobilité, l’alimentation, l’habitat, la santé) de nouveaux enjeux de création de richesse autour d’acteurs hétérogènes à l’échelle de territoires. Ce travail vise à définir ce qui apparaît comme original dans ces nouveaux modèles de développement rattachés à l’économie circulaire, en prenant l’exemple de l’un d’entre eux, le modèle de l’économie de la fonctionnalité. Il tente de le caractériser et d’en identifier les potentialités transformatives en proposant une approche territorialisée du fonctionnement des économies. Un des leviers est de réfléchir à une caractérisation des fonctionnalités comme rapport social. L’enjeu de cette réflexion autour des nouveaux modèles serviciels est de proposer des clés de lecture pour discuter de la dimension constructiviste et transformative de ces modèles spatialisés.
EN:
Wealth creation is now based mainly on services, which mobilise a dynamic of value co-construction. This characteristic has been highlighted in work on the service economy. However it has been little exploited in urban planning and development work. This specificity changes the relationships between actors, particularly between producers and users, and introduces new challenges for wealth creation in the case of territorialised services (such as mobility, food, housing and health), involving heterogeneous actors on a territorial scale. This paper aims to define what appears to be original in these new development models associated with the circular economy, taking the example of one of them, the functionality economy model. It attempts to characterise it and identify its transformative potential by proposing a territorialised approach to undestand the way economies work. One of the levers is to characterise functionalities as a social relationship. We show that this approach of the new service models offers keys for discussing the constructivist and transformative dimension of these spatialised models.
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La gouvernance des terres agricoles en Île-de-France. Une analyse des conflits d’usage des sols, dans un contexte de préservation des surfaces agricoles alimentaires
Brenno Fonseca and André Torre
pp. 15–26
AbstractFR:
L’objectif de cet article est de discuter de la question de la gouvernance des terres agricoles en proximité d’un grand centre urbain. L’analyse des conflits d’usage des sols permet de mettre en évidence les liens complexes entre le centre urbain et ses couronnes agricoles. Dans cette perspective, nous étudions le cas de la plus grande agglomération française, celle du Grand Paris (Île-de-France). Nous commençons par présenter les concepts et les enjeux qui imprègnent l’existence de cette agriculture périurbaine régionale, ainsi que notre approche méthodologique, développée à partir d’entretiens avec des experts locaux, d’une analyse de la presse quotidienne régionale et d’un suivi des réseaux sociaux, dans le but de croiser ces données pour mieux caractériser les conflits qui traversent les zones agricoles. L’étude montre en particulier qu’existent trois grandes sources de conflits, respectivement liées à l’étalement urbain et la spéculation immobilière, à l’installation d’infrastructures urbaines et à l’absence de gestion régionale des zones de production agricoles. Sur la base de ces résultats, nous discutons des relations entre acteurs locaux, des politiques publiques et des possibles restructurations organisationnelles afin de comprendre les enjeux sur la résilience alimentaire locale, les modes de production et les perméabilités entre systèmes urbains et ruraux dans la préservation de ces espaces de production agricole. Enfin, nous en tirons des conclusions sur l’avenir de ces zones agricoles.
EN:
The objective of this article is to discuss the governance of agricultural lands in proximity to a major urban center. The analysis of land-use conflicts highlights the complex relationships between the urban center and its agricultural peripheries. From this perspective, we examine the case of the largest French urban agglomeration, the Grand Paris metropolitan area (Île-de-France). We begin by presenting the concepts and challenges that characterize the existence of this regional peri-urban agriculture, along with our methodological approach, developed through interviews with local experts, analysis of regional daily press, and social media monitoring. Our aim is to cross-reference these data to better characterize the conflicts affecting agricultural zones. The study reveals, in particular, three primary sources of conflict, respectively related to urban sprawl and real estate speculation, the installation of urban infrastructures, and the absence of regional management of agricultural production areas. Based on these results, we discuss the relationships between local stakeholders, public policies, and potential organizational restructurings to understand the challenges of local food resilience, production modes, and the permeabilities between urban and rural systems in preserving these agricultural production spaces. Finally, we draw conclusions about the future of these agricultural zones.
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Expanding Economic Base Theory to informal and non-monetary income: Evidence from the State of Bahia, Brazil
Ludovica Milano and Magali Talandier
pp. 27–42
AbstractEN:
In this paper, we discuss an operational framework to quantify and analyze regional economic development through the application of economic base theory. This theory asserts that regional development hinges not only on capturing income from outside the region (the basic sector), but also on the region’s ability to retain this income and circulate it locally for community benefit (in the non-basic sector). Our study focuses on Bahia, the largest state in Brazil’s Northeast Region, with a particular emphasis on its regiões geográficas imediatas (commuting zones). The study’s original contribution is to apply the economic base model in a Global South context using income data rather than employment data as a proxy. The available Brazilian data allow us to include in our analysis income flows that are generally overlooked in mainstream economics and entirely omitted from applications of this theory in the Global North. The findings underscore the pivotal role of informality, non-monetary income, and transfers, prompting further examination of regional income and its diverse sources in economic development analysis. Based on our results, we argue for a broader understanding of territorial economies as complex systems of socially embedded practices. This perspective calls for regional studies to shift away from the prevailing productivist viewpoint and toward a more holistic approach that embraces the diversity and richness of territorial economies.
FR:
Dans cet article, nous proposons un cadre opérationnel pour quantifier et analyser le développement économique régional à partir de la théorie de la base économique. Cette théorie postule que le développement repose non seulement sur la capacité des régions à capter des revenus extérieurs (secteur basique), mais aussi sur la capacité de retenir ces revenus et les redistribuer localement, au profit des populations locales (secteur non basique ou domestique). Notre étude se concentre sur Bahia, le plus grand État de la région Nord-est du Brésil, en mettant l’accent sur ses regiões geográficas imediatas (bassins d’emploi). L’originalité de la démarche réside dans l’application du modèle de la base économique dans un contexte des Suds, en utilisant des données de revenu plutôt que d’emploi. Les données disponibles pour le Brésil permettent d’intégrer dans le modèle des flux de revenus souvent négligés par l’économie mainstream et généralement absents des applications de la théorie de la base dans les Nords. Les résultats mettent en lumière le rôle central de l’informalité, des revenus non monétaires et des transferts, soulignant la nécessité de prendre en compte la diversité des flux de revenus dans l’analyse du développement économique des régions. À partir de ces résultats, nous plaidons en faveur d’une conception élargie des économies territoriales, envisagées comme des systèmes complexes de pratiques enracinées dans des dynamiques sociales locales. Cette perspective invite les études régionales à s’éloigner du paradigme productiviste dominant pour adopter une approche plus holistique, mettant en valeur la diversité et la richesse des économies territoriales.
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La construction institutionnelle des niches par l’État incubateur : l’échec de la diversification maricole au Québec maritime (1995-2020)
Antoine Police and Yann Fournis
pp. 43–54
AbstractFR:
Au Québec, la diversification économique constitue un enjeu majeur pour les régions ressources caractérisées historiquement par un mode d’exploitation extractiviste et exportateur. À partir d’une approche relevant du néo institutionnalisme sociologique, cet article interroge le rôle des pouvoirs publics et des politiques publiques dans le processus d’institutionnalisation des niches productives émergentes. Deux facteurs importants de la stabilisation institutionnelle des niches sont analysés : d’abord, le travail institutionnel d’articulation entre un paysage extractiviste, des régimes de politique publique sectoriels et territoriaux, et des niches productives émergentes ; ensuite les processus de problématisation et d’instrumentation de la niche déployés par les acteurs. Ces propositions sont opérationnalisées par une étude de cas portant sur la mariculture québécoise, une niche productive émergente dans les régions maritimes québécoise au milieu des années 1990. Après s’être fortement cristallisée durant la décennie 2000, cette niche entre dans une période de stagnation à partir de 2010. L’analyse de ces trois périodes met en évidence le rôle des acteurs régionaux, professionnels et étatiques, mais aussi du contexte des politiques publiques dans l’émergence et l’arrimage de la niche à l’économie politique d’une région ressource. Cet article pointe le rôle majeur joué par l’État dans la stabilisation de la niche.
EN:
In Quebec, economic diversification is a major challenge for resource regions historically characterized by an extractivist, export-oriented mode of exploitation. Using a sociological neo-institutionalist approach, this article examines the role of government and public policy in the institutionalization of emerging production niches. Two important factors in the institutional stabilization of niches are analyzed: firstly, the institutional work of articulating an extractivist landscape, sectoral and territorial public policy regimes, and emerging productive niches; secondly, the processes of problematization and instrumentation of the niche deployed by actors. These propositions are operationalized through a case study of Québec mariculture, an emerging productive niche in Québec's maritime regions in the mid-1990s. After crystallizing strongly during the 2000s, this niche entered a period of stagnation from 2010 onwards. An analysis of these three periods highlights the role of regional, professional and state actors, as well as the public policy context, in the emergence and anchoring of the niche in the political economy of a resource region. This article highlights the major role played by the state in stabilizing the niche.
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Des régimes périurbains face à la métropole : analyse de trois cas dans l’aire métropolitaine de Lyon (France)
Bruno Loustalet
pp. 55–64
AbstractFR:
L’interdépendance des métropoles avec leurs périphéries périurbaines traduit une relation étroite à l’activité économique. En prenant pour exemple les territoires de la Côtière et de la Plaine de l’Ain situés à l’Est de la Métropole de Lyon, cet article interroge la périurbanisation sous l’angle de la capacité de la représentation politique locale à s’affranchir de la dépendance à l’égard de la métropole. En formulant la proposition théorique de « régimes périurbains ». Ce papier entend caractériser les jeux d’acteurs des territoires périurbains au sein de l’interterritorialité économique dominante des métropoles. Ces acteurs cherchent à constituer un agenda d’aménagement spécifique en tirant parti des agencements institutionnels de l’action publique territoriale, du développement économique et de l’aménagement.
EN:
The interdependence of metropolitan areas and their suburban peripheries reflects a close relationship with economic activity. With reference to the Côtière and Plaine de l'Ain areas located to the east of the Lyon metropolitan area in France, this article discuss suburbanization from the perspective of the capacity of local political actors to emancipate from metropolitan dependence. By formulating the theoretical proposition of "peri-urban regimes". This paper seeks to characterise the game of actors in suburban territories within the dominant economic inter-territoriality of metropoles. These actors seek to construct a specific agenda by institutional arrangements, economic development and urban planning.
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Changer de régime. Travail politique et développement territorial
Sébastien Ségas
pp. 65–74
AbstractFR:
Cet article interroge un angle mort relatif de la théorie des régimes urbains. Cette théorie, qui insiste sur la stabilité des coalitions territorialisées d’acteurs publics et privés qui pilotent l’action publique de développement des villes, est peu disserte quant à la façon dont ces régimes se construisent ou la façon dont ils se transforment. Comment passe-t-on d’un régime à un autre, c’est-à-dire à la fois d’une coalition à une autre et d’objectifs de développement à d’autres ? La thèse de cet article, qui s’appuie sur l’analyse de deux agglomérations françaises (Nantes et Rennes), est que la notion de travail politique, qui permet de désigner un ensemble, à la fois complexe et fragile, d’opérations visant à fabriquer des arguments et à construire des alliances, permet de mieux appréhender les processus de modification des régimes territoriaux de développement.
EN:
This article brings to light a blind spot in urban regime theory. Urban regime theory places its focus on informal public/private coalitions which rule cities. These coalitions share a common goal (for instance, urban growth) and are supposed to be stable overtime. Actually, this theory says little about how these regimes are constructed or how they are evolving. How does a city move from one regime to another, or, in other words, from one coalition to another, with a different shared goal? This article, based on an analysis of two French cities (Nantes and Rennes), argues that the notion of political work, which designates a complex and fragile set of operations that help build alliances, provides a better understanding of the processes involved in the transformation of urban regimes.