Comptes rendus bibliographiques

THOMAS, Frédéric (dir.) (2013) Industries minières. Extraire à tout prix ? Paris, Éditions du Syllepse et Centre Tricontinental, 216 p. (ISBN 978-2-84950-385-0)[Record]

  • Mesmin TCHINDJANG

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  • Mesmin TCHINDJANG
    Département de Géographie, Université de Yaoundé I, Yaoundé (Cameroun)

Ce numéro d’Alternatives Sud vient à point nommé face à l’extractivisme ambiant dans les pays du Sud. Avec l’augmentation de la demande mondiale en ressources naturelles, l’exploitation des richesses du sous-sol s’est généralisée dans les pays du Sud, suscitant moult inquiétudes quant à la conduite des opérations dans un contexte de paupérisation des communautés riveraines. Certes, les travaux, les publications, les rapports sur la façon dont l’extraction est faite abondent, mais il manque des analyses pointues sur les impacts socioéconomiques et environnementaux de la gestion et la gouvernance minière. L’ouvrage décrit les enjeux et les conflits issus de l’exploitation minière dans quelques pays du Sud en mettant en exergue le paradigme de la malédiction des ressources. Les articles de cet ouvrage ont été regroupés en trois sections réparties sur trois continents: l’Amérique, l’Afrique et l’Asie. La conclusion axée sur l’Initiative de transparence pour les industries extractives (ITIE) et la Banque mondiale (BM) soulève la question des jeux d’intérêts cachés, des solutions vieilles (BM et entreprises minières) et nouvelles (organisations de la société civile [OSC]) et de la bénédiction donnée par ces organismes internationaux qui financent l’extractivisme. Si, d’entrée de jeu, l’extractivisme est bien défini, il subsiste des pierres d’achoppement quant à son élargissement aux ressources agricoles et forestières. Néanmoins, l’industrie minière et l’extraction pétrolière traduisent une mondialisation dans les pays du Sud où l’on constate que les emplois supposés s’ensuivre, non seulement sont de mauvaise qualité, mais ne satisfont pas nécessairement les attentes placées en eux. En Amérique latine, l’ambivalence du progressisme et les conflits miniers sont plus exacerbés, l’extractivisme y conduisant à des impasses. Les axes développés dans cette section apportent des connaissances sur le modèle latino-américain présenté sous le prisme de l’extractivisme progressiste et de la reprimarisation de l’économie de ces pays. Pour l’Afrique, la malédiction des ressources est illustrée par les cas de deux géants miniers : l’Afrique du Sud et la République démocratique du Congo (RDC). Si l’on peut regretter l’angle abordé de la gouvernance, le constat est clair que les lois minières des pays du Sud font la part belle aux investisseurs et que les conflits miniers sont étouffés. Ainsi, des gouvernements, des entreprises minières et des organismes financiers se réfugient sous le label de la transparence et de la bonne gouvernance pour démontrer leur bonne foi. Brandie comme permis d’exploiter par les gouvernements du Sud, cette transparence cache en réalité l’impunité, le spectre de la faim et de la misère qui se propage dans les chantiers miniers à cause des conditions de vie indécentes. La faible qualification des emplois (Marikana en Afrique du Sud) engendre des conflits armés pour le contrôle des richesses minières (Est de la RDC, Sierra Leone, Afghanistan, Birmanie) sous prétexte de corruption. Pour les cas étudiés, l’ouvrage occulte malheureusement les exploitations minières artisanales à petite échelle (EMAPE) qui, dans le contexte environnemental du XXIe siècle, sont toutes aussi dangereuses avec leurs incidences sociales : migrations intra et inter États mal organisées et déperdition scolaire dues à l’extractivisme, dont le contrôle échappe totalement aux États, qui ont tôt fait de considérer les territoires miniers comme des eldorados pour des populations croupissant dans la misère. La partie sur l’Asie présente les modèles indonésien, philippin et afghan. Elle met l’accent sur les scandales géologiques, la question des indemnisations et la participation des populations et masses paysannes, par des consultations communautaires, aux prises avec des décisions sur l’exploration et l’exploitation de leur territoire. Elle soulève le paradoxe mines / agriculture et survie. L’Asie et les autres pays du Sud voient, dans le développement du secteur minier, à la fois de nombreuses …