PrésentationAnthropologie et (post)socialismes : approches de la complexité[Record]

  • Sabrina Doyon and
  • Pierre Sean Brotherton

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  • Sabrina Doyon
    Département d’anthropologie
    Faculté des sciences sociales
    Pavillon Charles-De-Koninck
    1030, avenue des Sciences humaines
    Université Laval
    Québec (Québec) G1V 0A6
    Canada

  • Pierre Sean Brotherton
    Department of Anthropology
    Yale University
    P.O. Box 208 277
    New Haven, CT
    06520-8277

La chute de l’Union soviétique et du bloc de l’Est ont marqué avec flamboyance l’arrivée de l’ère du « post- ». Avec elle, une nouvelle réalité, habitée de rêves et de peurs, s’est déployée, ouvrant de nouvelles perspectives aux populations directement touchées, ainsi qu’au reste du monde. Les reflets que renvoient le socialisme et le postsocialisme à l’imaginaire collectif sont d’ailleurs distincts, que l’on se trouve en Europe, en Asie ou en Amérique. En Europe, on associe de plus en plus le postsocialisme au phénomène des migrations et à l’adhésion d’une vaste population à l’Union européenne, transformant entre autres les rapports à l’économie, au travail et à l’ethnicité de part et d’autre de cette nouvelle entité politique. En Asie, le postsocialisme est généralement pensé à la lumière des transformations capitalistes que vivent la Chine et le Vietnam, alors que le Laos cherche à s’insérer dans cette dynamique, que la Corée du Nord fait chambre à part et que le Cambodge vit sa période « post- » sous l’emprise du développement international. En Amérique du Nord, les réalités du socialisme et du postsocialisme sont moins prégnantes et, selon plusieurs, elles demeurent encore liées à une certaine vision de la Guerre froide. En Amérique latine, ces réalités renvoient encore largement à la figure mythique et rebelle du Che, à l’obstination de Castro, et aux symboles des révolutions brimées des années 1960 et 1970. Avec l’union des pays d’Amérique du Sud que tentent de consolider Lula et Chavez, on constate depuis quelques années une réémergence de la fibre socialiste, ancrée dans l’exploitation du pétrole et des biocarburants. Cependant, le succès et la forme que prendra ce néo-socialisme du 21e siècle demeurent encore incertains. Mais au-delà de ces lieux communs, qu’entend-on réellement par socialisme et postsocialisme? Si les conceptions populaires en font quelque chose de statique ou d’achevé, est-ce que les socialismes actuels et passés sont en rupture avec la réalité post- ou en sont-ils partie prenante? Quelles sont leurs places dans le contexte mondial? Comment se constituent ces réalités? Voilà certaines des questions qui guident ce numéro. Elles nous amènent à explorer la pluralité et la complexité de ce que sont le socialisme et le postsocialisme, soulignant leur caractère pluriel et leurs interrelations. De plus, cette exploration est motivée par la réflexion épistémologique qu’a entreprise l’anthropologie dans les dernières décennies, la menant à chercher des cadres conceptuels et analytiques toujours plus raffinés afin de mieux saisir la complexité de notre monde. Ainsi, nous souhaitons nous poser comme un point de relais dans cette quête de sens. Notre exploration des mondes socialistes et postsocialistes vise alors à initier un dialogue qui dépasse les approches analytiques ancrées dans un cadre géopolitique rigide et hermétique afin d’explorer les échanges et les relations existant entre ces mondes. Ce regard nous permettra d’aborder plus clairement leur richesse et leur complexité. Nous souhaitons par le fait même repenser l’étude du socialisme et du postsocialisme en suggérant une relative souplesse dans la portée du préfixe « post- ». D’un point de vue pragmatique, le postsocialisme représente la période suivant la chute des régimes soviétiques et communistes européens. Alors que tous les espoirs semblaient permis au début des années 1990, l’enthousiasme général a déchanté avec la succession d’évènements difficiles ayant accompagné ce moment important. Ainsi, les crises économiques profondes escortant la mise en place de « thérapies économiques choc » par les institutions internationales, de même que le passage complexe à la démocratisation, à des élections ouvertes, à l’émergence de la société civile, auxquelles s’ajoutent des situations de corruption et de violences terribles, ont certainement terni l’aura de cette période. …

Appendices